POLITIQUE DE CIVILISATION

Lundi 6 avril 2009
La retraite : une étape symbolique
Retraite, c’est un mot que l’on entend de plus en plus. D’abord parce que ceux qui sont concernés sont plus nombreux, mais aussi parce que ses effets ont considérablement évolué en un demi-siècle. Rappelons-nous qu’en 1950, l’espérance de vie correspondait approximativement à 65 ans. Aujourd’hui la retraite est devenue le passage symbolique d’une activité professionnelle à une « autre vie ». Celle-ci peut cependant être abordée soit positivement comme permettant une vie de loisirs et de réalisation de ses aspirations, soit négativement comme une mise à l’écart de la société, sorte d’antichambre de la vieillesse.

Autres temps, autres mœurs
La vie de nos contemporains vient d’être bouleversées par un allongement de près d’un quart de sa durée. On mesure bien les conséquences économiques de cette brusque évolution démographique par rapport au financement des retraites. Cependant, on évalue encore mal ses conséquences psychologiques sur les individus concernés, sur les rapports familiaux ou sur le rôle nouveau que peut jouer cette population émergente de seniors nombreux et actifs.
De plus le terme « retraite » est devient inadapté : il évoque qu’on se retire ou qu’on fuit (retraite monastique, retraite Russie). Désormais il devient impropre pour les seniors dynamiques qui entament une deuxième vie. D’autant que la connotation pénible du travail (qui dérive étymologiquement d’un instrument de torture) ne s’oppose souvent plus à celle, agréable, de loisir. On peut, en effet, éprouver du plaisir et de la gratification dans son travail lorsqu’il permet de se réaliser, tout autant qu’on peut s’adonner à des loisirs éprouvants ou dangereux.
Il reste néanmoins difficile d’intégrer une nouvelle signification au terme « retraite » car les habitudes sont tenaces et il subsiste des emplois ou la pénibilité, si elle est moins physique a été remplacée par le stress, sans compter certains « dysfonctionnements » :
- dans les entreprises : culte naïf du jeunisme, incapacité à employer honorablement des seniors…
- crainte du vieillissement : c’est une hantise pour ceux qui se sentent dévalorisés, malgré qu’ils soient encore en pleine forme physique et intellectuelle, et même s’il y des seniors actifs n’ont rien à voir avec les « personnes du grand âge ».

Le verre à moitié vide ou à moitié plein ?
Certains peuvent se désoler de n’avoir plus que 25 ans (ou moins) à vivre. D’autres peuvent considérer que c’est là une opportunité merveilleuse, impossible à nos parents. Cette différence d’appréciation relève de :
- la psychologie : quelle capacité personnelle ai-je de réagir dans la vie ?
- la philosophie : quelle conception ai-je de l’existence ?

L’une et l’autre sont largement tributaires de l’environnement culturel des individus, de leur motivation et peuvent conditionner largement leur manière de concevoir, préparer et vivre leur retraite et leur vieillissement.
Il est cependant possible d’aider les gens à positiver leur retraite. Savoir, en effet, que l’on va passer d’une position « d’acteur » (productif et surmené) à celle de « spectateur » (libre et décontracté), permet de porter sur la société un regard nouveau, plus bienveillant et compréhensif.

Il vaut mieux y penser avant
Une retraite réussie se prépare longtemps à l’avance :
- intellectuellement : celui qui a tout misé sur sa carrière et qui n’a pas cultivé de vie intellectuelle ou sociale, risque d’être désemparé quand son univers professionnel lui échappera brusquement. Celui qui, au contraire, a toujours eu des centres d’intérêt multiples sera heureux de pouvoir s’y adonner plus librement.
- physiquement : lorsqu’on a la chance de jouir d’une bonne santé, une hygiène de vie correcte permet d’aborder la retraite avec optimisme. Beaucoup sont cependant très inconséquents… ne serait-ce que ceux qui oublie que ce qui est marqué sur leurs paquets de cigarettes n’arrive pas qu’aux autres, et risque de ne pas avoir le loisir de profiter longtemps de leur retraite.
- affectivement : on n’a  jamais rien trouvé de plus utile qu’un environnement familial et amical harmonieux. Bien sûr, celui-ci dépend autant  du hasard que de notre mérite personnel. Cependant en cette matière, l’adage : « plus on donne plus on reçoit » se vérifie toujours. Ainsi, lorsque les retraités ont la chance d’être grands-parents, ils ont l’opportunité de jouir d’un privilège incomparable : celui de transmettre à leurs petits-enfants non pas une expérience (intransmissible par nature) mais un « savoir être » (s’ils ont su l’acquérir eux-mêmes), des repères familiaux ou simplement une connivence inter génération, ce qui est l’objectif d’associations comme l’EGPE.
- matériellement : si l’argent ne fait pas le bonheur, une bonne pension de retraite y contribue singulièrement… merci Part’Ages !

Rôle  valorisé des caisses de retraite, assurances, sécurité sociale…
Si leur vocation sociale est parfaitement implicite, leur rôle est d’abord la collecte, la préservation et la redistribution financière, leur rôle ne doit plus seulement limité à cette dimension. Elles ont désormais à jouer un rôle complémentaire de préparation à la retraite et d’accompagnement très gratifiant pour les intéressés :
- Etape 1 - préparation : nul mieux que ces instances ne peuvent aider les futurs retraités à se préparer à leur nouvelle vie, et ce au moins 5 ans à l’avance. Cette aide peut consister à donner des informations sur toutes les activités ou associations diverses qui existent, mais aussi a donner quelques recommandations psychologiques, éventuellement en coopération avec les RH des entreprises. On notera à cet égard que la vocation des entreprises n’est pas de s’occuper de leurs retraités, ni avant ni après la retraite. Si certaines le font plus ou moins timidement c’est plus dû à des initiatives personnelles ou à visée « publicitaire ».
- Etape 2 - accompagnement : pour aider les retraités à découvrir toutes les opportunités qui s’offrent à eux, il faut leur faciliter l’accès à l’information, aux offres des villes, des associations et autres clubs qu’ils ne peuvent vraiment découvrir aujourd’hui que par hasard ou en étant très curieux. L’accompagnement des retraités nécessite le même effort intellectuel et la même organisation que la préparation.
On notera que ce volet « social » nécessite plus un investissement en imagination et initiative que de coût économique, d’autant qu’il peut induire des économies substantielles en matière de santé. Des retraités plus sereins sont moins sujets aux problèmes psychosomatiques.
La relation avec le monde associatif est à cet égard primordiale car les organismes à vocation financière ou administrative pourront y trouver le supplément humaniste dont ils ont besoin.

Vis comme si chaque jour était un cadeau inespéré
A quelque étape de l’existence où l’on se place, c’est largement le sens que l’on donne à sa vie qui nous vaut de la vivre avec bonheur, tristesse ou ennui. C’est encore plus vrai à l’âge de la retraite où quelques règles de bon sens peuvent être recommandées comme :
- participer : à son environnement familial et social. Des associations multiples proposent d’innombrables activités gratifiantes et utiles. La participation bénévole à leurs actions peut compenser largement et de manière plus amusante le temps passé antérieurement au travail salarié, avec en moins : le stress, la subordination, ou l’aliénation inhérente à beaucoup d’emplois.
- communiquer avec les autres : la plupart des petits plaisirs de la vie sont issus des rapports que nous entretenons avec notre entourage : famille, amis, voisins et jusqu’aux rencontres de hasard qui nous font échanger quelques mots ou un sourire avec des inconnus. Les associations sont souvent des lieux d’échange où, comme dans les auberges espagnoles, on trouve ce qu’on y amène.
- Philosopher : il est primordial, avant de prendre sa retraite, autant qu’après, d’essayer de comprendre qui on est, comment on fonctionne, qu’est-ce qui nous motive ou nous rebute. Cette démarche, aussi modeste et fragmentaire soit-elle s’appelle philosopher. Quand Montaigne nous dit « que philosopher c’est apprendre à mourir » il sous-entend que c’est surtout apprendre à vivre le mieux possible, avec ses angoisses existentielles normales dont celle de la mort (la nôtre autant que celle de nos proches) est la principale. Seule la réflexion permet de se décomplexer, de se trouver une identité et de goûter à un bonheur raisonnable.
Dans la mesure où l’on observe ces recommandations pour vivre le plus pleinement possible, la retraite peut devenir une période de la vie merveilleuse car on a conscience que chaque jour est un cadeau inespéré.

Conclusions
On peut dire de la retraite exactement la même chose que de la vie d’adulte ! Plus elle se prépare, se réfléchit et s’organise et plus elle a de chance d’être gratifiante. Si elle est favorisée par des « droits » (pension de retraite, droits sociaux), elle est aussi soumise à des « devoirs » dont la solidarité et l’altruisme dans le cadre de la famille, la cité ou les associations ne sont pas les moindres.
En dépit des aléas ou des accidents de la vie, comme le bonheur, la retraite est une nouvelle vie qui ne va pas de soi, elle se construit et se mérite.

Jacques NOZICK
EGPE (Ecole des Grands-Parents Européens)

Par JEN
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Mardi 12 août 2008

De toutes les manières que les sociétés ont inventées pour se gouverner, la démocratie apparaît comme la plus intéressante. Elle supplante tous les autres systèmes connus depuis la nuit des temps : des plus courants comme la monarchie, l’aristocratie ou la dictature et jusqu’aux expériences plus ou moins malheureuses du communisme et autres collectivismes.
Pour mieux réfléchir aux difficultés et aux atouts de la démocratie, il n’est pas inutile de chercher à comprendre comment cette invention est née.

Définition
Nous appelons démocratie un régime fondé sur l’élection des gouvernants par les gouvernés. Elle peut être par représentation directe des électeurs (cas des cités grecques) ou par délégation à des mandataires élus. Les modes d’élection, de représentation et de délégation sont définies par des lois.

Origine
Depuis toujours des dominants, souvent des chefs de guerre, de tribus ou de sectes religieuses, ont imposé leur loi pour gouverner leurs sociétés.
L’origine des cités grecques provient sans doute du rassemblement de guerriers autour d’un chef, dans un lieu où ceux-ci pouvaient s’exprimer lors d’assemblées. L’habitude prise par le débat sur ce qui allait devenir l’agora, cœur de la cité, s’est progressivement éloignée des seules préoccupations militaires pour s’intéresser aux questions civiles. La société guerrière est devenue aristocratique (aristo : les meilleurs) avec entre ses membres une égalité de droits et de devoirs, et l’élection des responsables. L’excellence et le courage du guerrier au combat se sont transformés en une excellence et un courage civiques devant la loi que les membres se sont choisis et qui autorise une vie communautaire efficace.


Spécificité de la démocratie grecque
La démocratie grecque fut assez restreinte, si l’on considère que les femmes, les métèques (étrangers) et les esclaves en étaient exclus. En fait, elle n’excédait pas quelques milliers de citoyens libres désignant eux-mêmes par roulement ou tirage au sort leurs divers chefs et magistrats. Elle fut assez éphémère et fragile.

La religion et les lois sacrées y sont omniprésentes et accompagnent la vie quotidienne. Il était, par exemple, normal de consulter les oracles. Cependant la prêtrise n’est pas une vocation mais une fonction. Les dieux, maîtres du destin des hommes dont évoqués dans les fêtes et le théâtre où se mêlent sacré et profane.

S’il y a eu un « miracle » athénien, il est plus dû à la richesse économique de la cité (en 454 avant JC les fonds procurés par le tribut annuel versé par les cités alliées - pour être défendues par Athènes contre les Perses – sont détournés par Athènes qui en disposera à sa guise). Cette richesse, son habileté politique et commerciale lui permet de lancer de grands travaux comme ceux de l’Acropole. C’est aussi dû à l’excellence des « artisans » et des artistes que peuvent s’offrir les plus fortunés.

Théoriquement, le peuple était souverain, mais en fait, la cité est gouvernée par le stratège. Périclès l’un des plus éclairés n’en exerce pas moins un pouvoir quasi royal, mais pour le bien commun, et avec une vertu exemplaire.

Athènes était cependant une cité éminemment guerrière et « impérialiste » qui s’est aussi enrichie par les armes. Ceci qui lui vaudra quelques déboires, par exemple en 415 lorsqu’elle décide une expédition militaire pour coloniser la riche Sicile qui connaît un échec dramatique (20 000 morts), et annoncera la fin de la démocratie.

De Solon au siècle de Périclès est promu un idéal d’excellence. L’action législative de Solon (594 av JC) a été décisive. Elle est fondée sur l’idée de la justice sociale. Chacun a le devoir de défendre la loi, en la respectant soi-même et en ne tolérant pas qu’elle puisse être bafouée.

Le sophisme, produit de la démocratie
Philosophie (spéculation intellectuelle) et démocratie (action politique) sont concurrentes à Athènes, leur seul point commun est une certaine universalité. La première vise à « hausser par l’esprit » la condition humaine, la seconde à la niveler par le droit et les devoirs.
Les sophistes, sont les promoteurs d’un enseignement adapté au citoyen souhaitant exceller par la pensée et par le verbe pour s’imposer dans la vie de la cité. Leur enseignement est ouvert à tous ceux qui ont les qualités intellectuelles et les moyens financiers pour les recevoir. Dans l’assemblée athénienne, le succès appartient, en effet, à ceux qui ont l’éloquence pour convaincre et pour montrer qu’ils sauront bien administrer les affaires publiques.
Le succès des sophistes occulte la tradition « aristocratique » qui mettait en valeur les représentants des « grandes familles » ou des pouvoirs de nature religieuse, au profit des seules qualités intellectuelles des acteurs politiques.
C’est en particulier la leçon de Protagoras « l’homme est la mesure de toute chose ». Selon lui, les hommes dont les aptitudes et les talents diffèrent, ne sont pas égaux par nature. Ils ne le sont que par l’égalité issue des lois qu’ils se donnent, et par la force de leur adhésion à celles-ci.
Rappelons que le fondement de la démocratie est l’égalité de tous les citoyens devant :
- La loi
- Le pouvoir
- Le droit de voter (un homme une voix)
- La liberté de parole (liberté d’expression)

Une vision actuelle de la démocratie
Si le concept de démocratie fût inventé par les grecs, leur modèle est très éloigné des nécessités de la démocratie des pays modernes. Nous avons une représentation humaniste de la démocratie, alors que celle d’Athènes était fondée sur l’esclavage et la conquête guerrière.
Dans un pays de 60 millions de citoyens comme la France, le modèle grec de démocratie directe est bien sûr inapplicable. Les citoyens ne peuvent qu’élire des représentants et n’avoir sur eux aucun contrôle direct, si ce n’est de manière différée par la sanction des urnes.
Le problème se pose alors pour l’individu de savoir si son mandataire saura bien le représenter car chaque électeur n’a qu’une infime influence sur le choix des élus. Sachant que la motivation qui fait agir les individus est essentiellement l’intérêt ou le plaisir, ceci induit de nombreuses et délicates questions :
- Les élus vont-ils se dévouer au bien commun ou défendre des intérêts particuliers ?
- Qui recueille le plus de suffrages : le vertueux ou le démagogue ?
- L’avis de l’électeur sot vaut-il celui du sage ?
- Que faire quand sa confiance est trompée ou déçue ?
- Où s’arrête le débat démocratique et où commence la discorde ?
- n’y a-t-il rien à craindre d’un gouvernement d’une « populace » idéologisée ou un clientélisme entraînant des dérives mafieuses possibles ?

Une démocratie ne peut fonctionner que si les lois qu’elle se donne sont justes et respectées. Ceci implique que les citoyens soient animés d’une vertu civique qui ne s’acquiert que par l’éducation. Enfin pour bien fonctionner toute démocratie doit imaginer des dispositifs de régulation et de contrôle (séparation des pouvoirs, gestion irréprochable, égalité devant la loi…).

Par JEN
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Mercredi 23 janvier 2008



Résumé
Ce forum est un espace convivial multi usages permettant la réalisation d’activités culturelles, éducatives ou liées au divertissement. Ces activités peuvent être soit nouvelles, soit complémentaires à celles déjà existantes des communes.
Le projet s’inscrit dans la perspective d’une « politique de civilisation » privilégiant, l’échange d’expérience, les rencontres, les réseaux, le multimédia et le dynamisme du monde associatif pour l’animation culturelle.
Il permet enfin une mutualisation des coûts de conception, des talents disponibles, des modes de gestion.



Politique de civilisation ?

La plupart des gens trouvent à l’intérieur de leur famille ou du cercle restreint des amis ou de quelques collègues, la chaleur humaine, l’aide et le réconfort dont ils ont besoin. Rien n’est plus gratifiant qu’une famille harmonieuse, et la tentation de se replier sur sa vie familiale est grande, ne serait-ce que pour se protéger de l’agressivité de notre environnement.

Dans une société pluriculturelle comme celle qui compose la France, il y a une diversité considérable d’origine sociale ou géographique, de religions, d’éducation, ou d’usages. Cette diversité, dont on dit parfois qu’elle est enrichissante, pousse souvent les citoyens à des replis communautaires.
Tous ceux qui s’intéressent à la vie publique cherchent comment lutter contre le malaise que nous constatons, par exemple dans les « banlieues ». Il y a bien sûr des causes économiques : il faut permettre au plus grand nombre de vivre décemment et en sécurité, mais il y a aussi des causes culturelles auxquelles il faut avoir le courage de faire face. Est-ce un hasard si le Président Sarkozy a lancé un débat sur une « politique de civilisation » fondée sur la laïcité, condition première pour garantir la liberté civique et religieuse pour le bien commun de tous ? Certains trouvent qu’il en fait trop, d’autres pas assez. Cependant une « politique de civilisation » ne se décrète pas par des lois. Elle résulte d’innombrables actions permettant d’envisager la vie sociale, professionnelle, religieuse et intellectuelle de manière harmonieuse et non comme le résultat hasardeux de rapports de forces. Son objectif est de concilier les exigences et les besoins du plus grand nombre, dans le respect des valeurs et des spécificités pouvant apporter le maximum de chance de bonheur...

Il n’y a pas de remède miracle, sinon il y a longtemps qu’il aurait été trouvé et appliqué. Il y a par contre des chemins meilleurs que d’autres pour favoriser une « politique de civilisation ». Pour identifier ces chemins, il est sage d’essayer de comprendre ce qui détermine le plus le comportement du commun des mortels. Nous constatons, par exemple, que : la famille, la religion, le divertissement, ou le rêve, sont de puissants moteurs. Bien d’autres motivations peuvent être prises en compte à titre accessoire. Cependant les relations entre les individus, les générations, les communautés, et l’état sont d’une grande complexité et d’une opacité certaine. C’est pourtant ce qui caractérise le mieux le concept de « civilisation ».  Il est difficile d’avoir une hauteur de vue, une objectivité, et une capacité de compréhension complète des problèmes à résoudre. Par où commencer l’immense chantier d’une « politique de civilisation » volontaire ? Comment associer l’initiative publique et privée ? Quels financements mobiliser ? Quelles actions favoriser pour faire évoluer les mentalités, éviter les sectarismes, la défense d’avantages acquis, les conservatismes excessifs, les rancoeurs, les préjugés, ou simplement la peur naturelle que chacun peut avoir du changement ?

Tous les élus locaux ou nationaux se posent ce genre de questions, mais leurs moyens d’actions sont limités tant sur le plan financier qu’humain.

Que peut-on inventer pour faire sortir les gens de chez eux, pour leur redonner le plaisir de se rencontrer, de s’informer, d’échanger ? Comment briser les sectarismes ? Comment défendre la laïcité ?  Comment intéresser les citoyens à la vie de leur cité ou de leur quartier ? Comment diffuser une culture divertissante à ceux qui en sont exclus ? Comment favoriser la vie associative à moindre coût ? Comment aider et motiver les jeunes défavorisés ? Comment permettre aux seniors d’apporter leur contribution à la vie de la cité ? Comment permettre à une municipalité sans grands moyens financiers de favoriser une animation culturelle ? Comment aller à la rencontre des administrés dans un autre contexte qu’électoral ?


Peut-on mutualiser un espace d’animation culturelle ?

 Le concept d’un Forum est une « solution en quête des problèmes à résoudre ».

Avant de  rentrer dans les détails, notons que beaucoup des fonctions que peut assumer ce Forum moderne sont (fort heureusement) déjà remplies parfois très bien, mais dans des sites dédiés et par un personnel qui doit se débrouiller tout seul. Souvent, elles ne sont que partiellement remplies ou de manières coûteuses et lourdes à gérer. Elles le sont, par exemple, par entités aussi diverses que  :

- Salles de réunion communales, de conférence ou de spectacle,
- Bibliothèques et médiathèques municipales
- Cyber-bases
- Cyber-cafés
- Lieux de cultes traditionnels
- Loges maçonniques
- Associations les plus diverses
- Maisons de la culture
- Écoles
- Théâtres
- Cinémas,
- Les médias
- Services hôteliers
- Les forums multimédias accessibles sur le net
- Les réseaux sociaux internet
-  etc.

 Nous allons aborder le principe du Forum, à la lumière de ce qui fait fonctionner les humains et peut participer à une « politique de civilisation », car ce concept de Forum intéresse simultanément : la famille, la religion, le divertissement, le rêve (voir notes), ainsi que toutes les communautés qui constituent notre société. Cette polyvalence et cette diversité lui confèrent toutes les chances de succès car ce qui peut réussir ici, à la faveur d’initiatives et de bonnes volontés locales, peut échouer ailleurs, et inversement. Plus le panel des possibilités offertes est donc vaste et plus un nombre important d’entre elles rencontreront le succès. Enfin la pluralité des offres nous permettra de se concentrer sur ce qui fonctionne le mieux.


Considérations préliminaires sur le concept de Forum

Le concept de Forum repose sur une meilleure adéquation des lieux, et des animations offertes, à ses utilisateurs.

En ce qui concerne les lieux de réunion proprement dits (autres que scolaires ou universitaires),  on peut les définir fonctionnellement comme des espaces de grandes dimensions pouvant accueillir les spectateurs ou les fidèles. Cet espace est avantageusement équipé d’éclairage, de sonorisation, de chauffage, de fermetures en sécurisant l’accès, et d’une tribune depuis laquelle officie un orateur.

À l’intérieur de cet espace commun s’ajoutent des spécificités propres aux lieux généralement consacrés à une activité particulière, par exemple à une religion. Seront alors dédiés : décors, objets de cultes, autel etc. dont il est aisé de faire l’inventaire précis.

À l’extérieur de l’espace, mais contigus, se trouvent généralement des locaux annexes : vestiaires, salle de réunion, sacristie, zone pour les ablutions, de catéchisme ou le rangement d’équipements spécifiques comme des objets de culte.

On se rend parfaitement compte que, si l’on trouve les moyens techniques pour que l’espace commun recevant les spectateurs ou les fidèles puissent s’adapter de manière simple et automatique aux spécificités des divers utilisateurs potentiels, cet espace peut devenir immédiatement polyvalent. Quant aux locaux annexes, qui sont extérieurs à ce volume principal, compte tenu de leur spécificité et de leurs faibles dimensions, il suffit de les affecter de manière privative aux différents acteurs susceptibles d’utiliser l’espace commun.

Le lieu est  une condition nécessaire mais non suffisante. C’est surtout la qualité de l’animation qui sera primordiale. Avant d’envisager le concept de forum, il est indispensable que l’on fassent déjà un bilan des animations qui fonctionnent de manière satisfaisante, et de constituer un groupe de travail autour de l’animation existante, de ses succès et de ses difficultés.

Reste la question fondamentale à définir : à l’extérieur de leur cocon familial, de quoi les gens ont-ils vraiment besoin ?


Qui peut bénéficier ou utiliser le forum ?

Tout citoyen est un visiteur potentiel pour tout ou partie des activités offertes par le Forum. En ce qui concerne les bénéficiaires, la seule limite pour leur agrément à se servir des installations du forum est donnée d’une part par la capacité du postulant à respecter les conditions de la charte d’admission et par la législation sur les associations et les cultes.
Le respect des conditions concerne : le mode de fonctionnement, de jouissance des espaces communs et des installations (réseau local bureautique, accès, entretien…), de la participation financière nécessaire (fonction de l’utilisation).
À titre indicatif on peut citer les bénéficiaires suivants :

- Toutes les associations culturelles ayant besoin d’une implantation locale.
- Associations professionnelles et syndicales
- Lieux de cultes secondaires pour des cultes ne disposant pas de sites dédiés à proximité ou souhaitant un lieu complémentaire.
- Des obédiences maçonniques qui ne seraient pas hébergées dans la région du forum.
- Les sociétés caritatives ou d’action sociale pour organiser leurs manifestations
- Des organismes de formation ou d’aide aux citoyens (par exemple contre le sur-endettement : comment apprendre au familles à gérer un budget et les pièges du crédit)
- Organisations politiques pour des débats ou réunions publiques
- Des clubs de théâtre, musique, généalogie, activités multimédias, rencontre seniors…
- Scouts,    patronages nécessitant un lieu de réunion…

On notera que parmi les milliers d’associations en France, nombreuses sont susceptibles d’avoir une audience nationale et de bénéficier à titre temporaire ou plus souvent permanent du concept de Forum.
 

Les bénéfices de la polyvalence

Bénéfice économique :
Sur le plan fonctionnel : il est évident que l’investissement principal correspond au grand espace et à tout ce qui est structurel, à savoir : le bâtiment proprement dit, les systèmes techniques de gestion, chauffage, éclairage, sureté, sanitaires, réseau local bureautique, etc. Les locaux dédiés sont, quant à eux, de tailles réduites, donc peu coûteux et profitent des moyens techniques de l’ensemble. Ils peuvent se limiter à une pluralité de casiers privatifs fermés à clés.

Sur le plan de l’amortissement financier de l’ouvrage et de ses équipements :
Si un même espace, du fait de sa destination polyvalente est plus utilisé, son amortissement financier sera d’autant plus rapide que plusieurs lieux sous-utilisés.
Si l’on considère que le concept de Forum peut intéresser de nombreuses municipalités, et donc être largement reproduit, sa conception peut être modélisée et donner lieu à un cahier des charges réalisé une bonne fois pour toutes. Une fois financé, celui-ci peut être reproduit à faible coût et mis à la disposition de toutes les communes intéressées. Cette mutualisation des dépenses de conception donne généralement d’excellents résultats et permet de capitaliser l’expérience acquise pour en faire profiter la collectivité.

Bénéfice en termes de gestion, d’animation et de compétence
Les salaires des personnels de gestion ou d’animation constituent généralement un poste de dépense important dans tous les lieux culturels.
Le coût de gestion peut être aussi réduit que possible dans la mesure où une charte et un règlement intérieur astucieux régleront le maximum de situations sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir trop de personnel (contrôle d’accès, nettoyage des parties privatives, affichage, calendrier de réservation des espaces communs, organisation des manifestations, solution des litiges, etc).

L’animation nécessite du talent qui n’est pas  souvent disponible localement. Cependant un réseau de forums peut être constitué pour faire profiter à tous les Forums qui le souhaitent des expériences, spectacles, idées d’animation, formations… commandées au niveau national, mises au point par d’autres ou issus de la collaboration avec des associations, universités, mais aussi en faisant appel à des jeunes retraités (voir  note) dont beaucoup ont du temps, de l’expérience et de la bonne volonté, mais peu d’occasion de bénévolat gratifiant.

 L’idée est aussi de mutualiser l’organisation et l’animation des Forums en faisant appel à des associations les plus autonomes possible et surtout responsables du contenu de leurs animations. On pourra aussi s’associer à toutes les initiatives nationales comme les cyber-bases (initiative de la Caisse des Dépôts) qui disposent d’un portail Internet www.cyber-base.org , de près de 700 sites, avec1500 animateurs et 300 dossiers pédagogiques, sans compter un réseau de partenaires et de sponsors.
L’exemple des cyber-bases est très intéressant car il montre comment une initiative nationale peut être relayée au niveau local. On notera que la compétence réunie par la Caisse des dépôts, maître d’ouvrage du projet, a modélisé l’ingénierie du concept sous la forme d’un cahier des charges. La mise en œuvre a été assurée par un partenaire national agréé www.arcbe.com  puis a été proposé aux collectivités locales sous forme d’une assistance pour le démarrage, la formation des animateurs et le partage des expériences.
Créés en 2000 les cyber-bases avaient comme objectif de favoriser l’utilisation d’Internet auprès du plus grand nombre. La mission semble parfaitement réussie,
le nombre de  400 sites  prévus au départ a été doublé. Cependant, il serait judicieux de choisir de nouveaux objectifs pour l’avenir, capitalisant l’expérience acquise, et les perspectives du concept de Forums.

Bénéfice culturel
Plus le panel de manifestations de tous types est large, et plus il y aura de personnes intéressées par une ou plusieurs activités. Cette polyvalence, réunie en un même lieux, peut inciter des personnes qui ne s’intéresseraient à priori pas à une des activités à découvrir celle-ci. Il peut en résulter : une ouverture d’esprit accrue, des rencontres et des échanges qui sans cela auraient été improbables voire impossibles. Ce peut être une source de découvertes entre des communautés voisines, mais qui s’ignorent. Ce peut être aussi pour certaines personnes l’opportunité de découvrir des activités culturelles ou divertissantes offertes par certaines associations locales.

Le bénéfice culturel est lié d’abord à la richesse culturelle intrinsèque et à l’audience des communautés du forum. Certaines associations sont très efficaces.
Le bénéfice tient aussi aux possibilités d’échange et d’interaction entre des individus, des associations, divers organismes publics, voire des entreprises régionales. Par exemple une association de généalogie, peut intéresser les membres d’autres associations comme celle de seniors, mais aussi une association pour la conservation du patrimoine, les fidèles d’un culte, une loge maçonnique, etc. et inversement. Une cyber-base peut intéresser tous les membres de toutes les communautés mais aussi servir à initier des personnes du troisième âge ou mieux des jeunes en difficulté, ceux-ci pouvant être aidés par les membres d’une association caritative.  On peut aussi créer des liens et des animations avec la presse, les syndicats professionnels, certains services publics.
Le Forum peut bénéficier d’une organisation réticulaire qui s’auto alimente au modèle de ce qui se passe sur Internet.


Bénéficie social

Concernant l’emploi des seniors :
Cette communauté est de plus en plus importante, en raison de l’allongement de la vie, ce qui n’est pas sans poser de problèmes. Il est probable que les emplois des personnes au-delà de 60 ans devront être aménagés vers du travail  à temps partiel, surtout si l’on porte l’âge de la retraite à 67 ans comme en Allemagne ou 68 comme il est prévu en Angleterre. Or il y a parmi les seniors des personnes ayant des compétences remarquables dont elles seraient heureuses de faire profiter les jeunes. Il y a là un gisement de talent considérable encore mal utilisé. 

Concernant les jeunes
Le forum peut apporter des compléments éducatifs aux jeunes sur des sujets traités de manière marginale à l’école, ou sur tous les déficits que on peut constater chez de nombreux jeunes. Cela peut aller du soutien scolaire à des promenades commentées par des seniors, du théâtre, des ateliers d’écriture ou de dessin, des discussions sur des sujets de société particuliers, etc.
Le forum peut être utilisé comme un appoint par les maîtres des écoles, qui peuvent coopérer avec les animateurs, et relayer l’information concernant les activités offertes auprès de leurs élèves. Sans doute n’est-ce qu’une réponse très partielle et limité au problème de la désocialisation flagrante de nombreux jeunes désabusé, chômeurs ou « laissés pour compte ». Le problème est d’abord éducatif et économique.


Limites du concept, précautions à prendre

Le concept de Forum permet surtout de réduire les coûts et de compenser les déficits d’équipements et de services culturels en apportant une animation locale, qui fait parfois défaut, malgré la bonne volonté des élus et du personnel municipal, qui ont déjà beaucoup de taches administratives. Même s’il est largement modélisé et alimenté nationalement par un réseau d’échange d’expérience, il devra être géré et animé par un responsable local.

Beaucoup de communes ont déjà des animations associatives, culturelles ou sportives, qu’il est inutile de vouloir remettre en cause soit parce qu’elles sont déjà optimisées, soit parce qu’elles impliquent des lieux et des équipements dédiés ou de grandes dimensions.

Le respect du règlement intérieur est d’une importance cruciale. En particulier en ce qui concerne les cultes dont certains pourront avoir tendance à un prosélytisme excessif qu’il  faudra contenir avec vigilance. On notera à cet égard que le Forum est un lieu où doit s’exercer et même s’illustrer le civisme. Vouloir installer d’emblée un forum dans un lieu de non-droit serait le vouer à l’échec.

En ce qui concerne les lieux ayant un rapport avec les cultes. Les critiques peuvent être nombreuses et contradictoires, soit des tenants de la laïcité qui ne conçoivent pas qu’un lieu public puisse recevoir, même à temps partiel un activité religieuse, soit à l’inverse des religieux qui n’acceptent pas de lieux qui ne leur soient pas dédiés et sacralisés. Dans ce cas il vaut mieux s’abstenir. Ce qui est par contre possible, c’est de dispenser une instruction religieuse traitant à part égales : les trois monothéismes, le bouddhisme et l’athéisme. Ceci pemettant aux jeunes d’acquérir des rudiments de culture religieuse pouvant déboucher sur des réflexions sur le civisme, la morale, la tolérance.

Les forums doivent être audités régulièrement pour vérifier que les espaces et les équipements sont correctement utilisés.

Au XXI ème  siècle, le recours à internet et à l’audiovisuel est primordial pour  faire connaître le concept de Forum, fournir des animations mutualisables (voir sur les cultes), faire s’échanger des expériences. Galilée Production (agence de presse et spécialiste de la fabrication de DVD personnels ou pour entreprises) peut rendre ce service à moindre coût www.galileeproduction.com


Éléments de réflexion

Politique et civilisation
Vouloir instituer une « politique de civilisation » semble une gageure. On se limite généralement, et avec bien des difficultés, à élaborer des politiques économiques, fiscales, culturelles, sociales, éducatives, énergétiques, etc. La liste des compartiments de nos activités pour lesquelles il est nécessaire à un gouvernement d’imaginer des projets politiques est vaste.
 Cependant l’ampleur de la tâche est significativement compliquée par le fait que tous ces thèmes que l’on avait l’habitude de voir traités par des « spécialistes » de manières distinctes, sont soumis à des interactions permanentes et complexes. Nous en avons vraiment pris conscience grâce à la prise de conscience écologique.
Pour Edgar Morin qui est le promoteur du concept, la politique de civilisation vise rien de moins « qu’à remettre l'homme au centre de la politique en tant que fin et moyen et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être". Elle résulte d’une méthode complexe (exposée en 6 volumes…), fort éloignée de la simple annonce d’un voeu pieu auquel toute personne sensées ne peut qu’adhérer. De plus cette ambition est imbriquée dans des contraintes qui ne sont plus seulement nationales mais essentiellement internationales, avec des disparités nord-sud considérables, des états émergents qui vont changer les règles du jeu, des mentalités archaïques, fondamentalismes religieux délirants, des civilisations incompatibles, des égoïsmes forcenés…
On ne peut, bien sûr pas faire un procès d’intention à M. Sarkozy de proposer que la France soit un modèle, un guide et que, par son exemplarité elle induise des comportements vertueux auprès des autres pays occidentaux. Ceci est très louable. Cependant entre l’effet d’annonce, et la réalité du terrain, le chemin est long et difficile. Il y a tout à parier que ses concurrents politiques de tous bords attendront des actions concrètes et visibles.
Aussi modeste soit-il le concept de Forum par sa polyvalence peut être l’une d’elles. Il ne faut cependant pas trop rêver, personne ne sait quel modèle de société nous sommes en train d’inventer…

Le divertissement
Nous aspirons tous au divertissement. Les Romains voulaient « du pain et des jeux », nous avons l’équivalent pour notre époque : ça devient le Smic + la sécurité sociale et la télé + le foot. On notera qu’avec l’évolution sociale, l’urbanisation, les banlieues dortoirs, les médias, le développement de l’informatique personnelle, on a connu, en moins d’un siècle, une évolution sans précédent dans l’histoire des modes de divertissements. En raison de l’urbanisation, cette évolution a pour constante une perte de la convivialité qu’il y avait à se divertir. Les veillées familiales ou villageoises, les petits bals des fins de semaines, les vendanges, la moisson, l’enterrement du voisin, la messe où tout le monde allait… Ceci date d’une époque révolue. Les tentatives pour renouer avec les occasions de divertissements conviviaux existent, mais ne donnent pas toujours les résultats escomptés : fête de la musique, buffet annuel des habitants d’un même immeuble…

L’important n’est pas de créer de nouveaux modes de divertissements. Le marché concurrentiel s’en charge fort bien en proposant de multiples produits et services. Il y aurait même, dans les pays occidentaux, pléthore de divertissements, comme : les jeux vidéo ou les gadgets électroniques et tout ce qui concerne Internet.

Ce qui importe, par contre, c’est de favoriser toutes les initiatives qui créent du lien social et du divertissement convivial, ce qui est désormais ressenti comme utile, voire indispensable. La société urbaine s’est, en effet, montrée incapable de créer de nouvelles formes de relations humaines comme celles des habitants d’un même village.    

Le rêve
Quel que soit le nom qu’on lui donne : projet, espérance ou désir, le rêve nous permet d’espérer un bonheur futur, des conditions de vie meilleures, une plus grande sécurité, un statut social plus gratifiant, une promesse de plaisir ou de divertissements nouveaux.
Depuis la nuit des temps, certains hommes plus habiles que les autres profitent de la propension naturelle de nos semblables à rêver. Ils nourrissent leur imaginaire, pour obtenir d’eux obéissance, dons d’argent, etc. qu’ils paient en illusions. Beaucoup s’en satisfont car  comme écrit Nietzsche : « l’important, ce n’est pas ce qui est vrai, c’est ce qui aide à vivre ». D’où la crédibilité que l’on donne aux promesses des gourous, guérisseurs, de certains politiciens ou prêtres. Très souvent, faute de mieux, nous nous contentons de nourrir nos fantasmes car le rêve est déjà un commencement de bonheur.
Si le rêve est le plus souvent centré sur l’individu, il peut aussi devenir altruiste et envisager, par exemple, une société plus juste, pacifique, tolérante ou fraternelle. D’innombrables individus ont donné leur vie pour cette forme de rêve parfois utopique que l’on nomme idéal.
Plus on avance en âge, et plus les rêves deviennent réalistes. Beaucoup ne souhaitent que l’assurance d’un revenu suffisant, d’une vie « normale », avec un peu de confort, des soins médicaux, et le luxe de quelques divertissements. Nous n’aborderons pas ici la complexité des questions économiques qui les conditionnent. Elles sont largement débattues par les économistes, politiciens, entreprises, syndicats, et les médias. Nous soulignerons seulement qu’en dessous d’un certain seuil de pauvreté et de désespérance, il n’y plus de rêve possible. On se contente de survivre.

Considération sur les religions
Nous savons qu’aucune politique de civilisation n’est possible sans tenir compte du fait religieux, que l’on y soit favorable ou non. Il semble donc raisonnable de s’intéresser à cette réalité incontournable. Or que constate t-on en France en cette matière ?
- Certains lieux de cultes sont désertés faute de fidèles motivés. D’autres sont insuffisants pour accueillir les leurs, ce qui induit des frustrations et dérives sectaires. Par exemple, certains musulmans français sont tentés d’accepter l’aide de « généreux donateurs » qui ne vont pas toujours dans le sens d’un « islam des lumières » progressiste et tolérant.
- Certains lieux sont devenus inadaptés à leur fonction (coût d’entretien inacceptable, confort médiocre…)
- Il y a une inadéquation entre la répartition des lieux de culte, et celle de la population des banlieues.
- Les lieux de cultes sont toujours exclusifs à une religion ce qui entretient les replis communautaires.
- Racisme et préjugés existent entre les communautés ethniques et religieuses d’origines diverses, ce qui génère des tensions exacerbées par l’exclusion d’une part de la population des « quartiers » comme disent les journalistes pour désigner les banlieues à problème.

À première vue, l’idée d’ouvrir, même très partiellement les Forums aux cultes peut sembler saugrenue, voire dangereuse. Cependant le projet peut être de leur permettre de trouver des conditions acceptables de cohabitation. Des exemples nous ont déjà été donnés, qui montrent que la chose n’est pas impensable. Il y a, en effet :
- Des chapelles multi cultes comme celle que l’on trouve à Roissy où chrétiens, juifs et musulmans peuvent venir se recueillir.
- Les rassemblements œcuméniques sont relayés par la presse internationale.
- Des cérémonies religieuses sont régulièrement retransmises sur les ondes.
- La morale et le civisme peuvent être communs à toutes les obédiences.

Il est évident que la plupart des cultes restent très conservateurs sur les aspects liturgiques et que certains religieux seront surpris de ne plus être dans une église traditionnelle. Cependant, il est probable que quand ils découvriront les possibilités offertes par le multimédia, ils seront amenés à réfléchir. On peut en effet, avec un vidéo projecteur reproduire sur un mur en guise d’écran géant, les plus beaux décors des arts religieux du monde, voire introduire des animations audiovisuelles de très haute qualité alliant des musiques sublimes ou des témoignages, à toutes les images possibles. Le temps de vitraux sur lesquels des fidèles illettrés apprenaient les grands moments de l’ancien testament ou des Evangiles est révolu. L’utilisation des nouvelles techniques peut avoir un effet didactique non négligeable. Bien entendu ce type d’animation devra être pensé par des professionnels.

En fait, l’acceptabilité du projet se fonde sur la complémentarité culturelle, et citoyenne qui est associée à la problématique purement religieuse, qu’il faut envisager avec lucidité. Chacun sait que les religions peuvent être la meilleure ou la pire des choses, suivant qu’elles rassemblent et soulagent ou qu’elles divisent et meurtrissent. Si chaque religion prise isolément veut le bonheur de ses fidèles, toutes sont exclusives. Malgré leurs courtoises relations de façade, toutes ont un besoin vital de conserver leurs adeptes, voire d’en faire de nouveaux. Aussi exercent-elles une concurrence acharnée qui sans le cadre juridique et institutionnel aboutit à des conflits. Chaque fidèle d’une religion pense être dans le vrai : il n’y a qu’un Dieu, le sien, et ses prophètes détiennent seuls la vérité.

Si toute croyance est honorable pour les individus, par ce qu’elle apporte de bénéfique et de sécurisant, dans un pays multiculturel comme la France il est primordial d’interdire toute manifestation d’intolérance religieuse. Ce principe est l’un des fondements de la société française dont une des valeurs principales est la laïcité.
Ces principes étant établis, la conviction religieuse reste une caractéristique sociale primordiale et même incontournable des différentes communautés de français.

Autres sujets de réflexion

- Comment bâtir un projet de Forum (animations, études locales, budget, programme)
- Liste des associations actives susceptibles d’être intéressées par le concept
- Cahier des charges pour la maîtrise d’ouvrage (espaces, équipements techniques)
- Exemples architecturaux favorables à une animation conviviale
- Comment prendre en compte les réunions publiques (conférences, cultes, tenues maçonniques…)
- Règlement intérieur à l’usage des bénéficiaires et des utilisateurs.


JN
Par JEN
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