Réflexions sur la fin de vie

Lundi 6 avril 2009
Mis à part quelques rares désespérés voulant quitter une vie parce qui leur est devenue insupportable, la plupart d’entre nous ne se résignent à disparaître qu’à regret et le plus tard possible.
Quand il faut s’y résoudre, chacun souhaite que ce soit de la manière la plus prompte et indolore possible. Cependant la réalité n’est pas souvent telle qu’on la souhaiterait car l’organisme s’acharne à subsister et les soins médicaux, les scrupules et la « bonne conscience » nous prolongent parfois au-delà du raisonnable.
Or une loi, dite « Léonetti » du nom de son rapporteur, définit désormais les droits du malade en fin de vie. Si elle était connue du corps médical et du public, ce qui est loin d’être le cas, elle serait une solution pratique à la quasi-totalité des cas de figures que nous allons examiner ici. Elle permet, en effet, l’arrêt de l’acharnement thérapeutique, la sédation de la douleur et même « l’euthanasie passive ». Sa seule limite est d’exclure « l’euthanasie active » et le suicide assisté, qui nécessitent le recours à un tiers (médecin ou proche) pour apporter au patient qui le demande, la libération d’une mort plus rapide.

C’est bien sûr cette exclusion qui suscite le débat entre les ceux qui réclament l’euthanasie et ceux qui la refusent. La querelle est à la fois morale, juridique, médicale et religieuse. Tous ayant partiellement raison et tort, elle devient essentiellement dogmatique.

Le droit de vivre et de mourir…
Les « Droits de l’Homme » reconnaissent à chacun la liberté de mener sa vie comme il l’entend, sans nuire à autrui. On peut donc s’interroger pourquoi ce droit ne pourrait être applicable aux ultimes moments de l’existence, y compris pour choisir les circonstances de sa mort quand celle-ci devient inéluctable. Le problème est que la mort peut être diversement « naturelle » et diversement « provoquée », aussi est-il utile d’analyser les différents cas possibles :

Mort naturelle autonome : c’est la fin normale du processus biologique vital occasionné par un ou plusieurs dysfonctionnements importants. Malheureusement l’arrêt des fonctions vitales est généralement long, douloureux ou dégradant.

Mort  naturelle assistée : elle est désormais possible grâce aux « soins palliatifs » permettant aux patients d’attendre sans trop de douleur (génération avec une conscience dégradée ou absente) l’arrêt des fonctions vitales. La loi permet de plus, de renforcer la sédation, même si celle-ci doit d’accélérer la phase terminale.

Mort provoquée par suicide : bien qu’il pose des problèmes moraux, religieux ou pratiques, le suicide est légal.

Mort provoquée par suicide assisté : le processus est identique à ci-dessus, sauf que le malade n’ayant pas ou plus les moyens de mettre seul fin à ses jours, il doit avoir recours à un tiers (personnel médical ou proches). Cette pratique est illégale et le tiers portant assistance est condamnable. Cependant la jurisprudence se montre de plus en plus clémente et prononce désormais des condamnations souvent symboliques, bien que variables suivant les tribunaux.

Mort provoquée par euthanasie
: elle est tout aussi illégale que précédemment, mais diffère du suicide assisté par le fait que l’arrêt du processus vital est décidé, non plus par le patient lui-même, mais par un collège incluant le corps médical et la famille, et ce, conformément aux désirs réitérés du  malade (consignés dans ses « directives anticipées).

Discussion raisonnable
Si l’on peut faire une distinction entre les divers cas de décès, on doit aussi reconnaître que leurs frontières sont floues et aléatoires. Si la mort naturelle (autonome ou assistée) et le suicide posent peu de problèmes légaux, le suicide assisté et l’euthanasie suscitent un débat dont l’origine est essentiellement dogmatique.

Une réalité illusoire
Les pros avancent que la dignité de la fin de vie exige que soit dépénalisé le suicide assisté autant que l’euthanasie. Ils en ont une vision idéale qui ne correspond pas souvent à la réalité de la mort. En effet, quelles que soient ses circonstances, elle n’est jamais vraiment digne, sauf au théâtre  où le moribond finit sa vie avec panache. Pour le commun des mortels, l’issue est pitoyable, anxiogène et souvent sordide.
Les antis prône le « laisser faire la nature ». Cette intention est aussi idéaliste dans la mesure où, désormais la médecine intervient toujours, soit pour soigner, lorsque cela en vaut la peine, soit pour favoriser une issue sinon indolore et rapide, au moins compatissante. Enfin dans une société laïque, aucune conviction religieuse ne saurait imposer ses dogmes à ceux qui ne les partagent pas.
Ces positions méritent d’être relativisée.

On ne peut pas toujours demander aux autres
La quasi-totalité des personnes qui souhaitent la légalisation de l’euthanasie le font poussées par le désir généralement inconscient de pouvoir disposer d’un échappatoire à l’angoisse et à la souffrance physique ou morale. Ils comptent alors sur l’hypothétique aide d’un tiers : le médecin. Notons qu’ils pourraient tout aussi logiquement s’en remettre à un proche ou se suicider tant qu’ils sont en mesure de le faire.
Or le médecin n’est pas tellement mieux armé psychologiquement que quiconque pour provoquer une mort intentionnelle, fut-elle libératrice, à des gens qui leur sont affectivement étrangers. C’est d’ailleurs pourquoi nombre d’entre eux se retranchent opportunément derrière le serment d’Hippocrate ou leurs convictions religieuses pour refuser d’accomplir une « sale besogne » qui n’entrait pas dans le cadre de leur vocation. C’est d’ailleurs pourquoi la « clause de conscience » est prévue pour leur préserver leur liberté de penser.

L’obligation  morale de compassion
Il existe aussi des médecins et parfois des proches qui acceptent d’aider le patient en fin de vie par pure compassion et qui n’hésitent pas à provoquer ou accélérer le décès souhaité. Bien qu’elle soit illégale, cette pratique est de plus en plus fréquente mais peu connue car nécessairement discrète.
Dans un monde qui se veut civilisé, la plupart des formes de barbarie sont condamnées (peine de mort, torture, bûcher, lapidation, sacrifices, esclavage, ségrégation raciale ou religieuse…). Pour la même raison humaniste, les affres de la mort sont aussi devenus moralement inacceptables puisque désormais largement évitables.
Dans une société qui reconnaît comme sacré le principe de la dignité humaine, la « non assistance à personne en danger » va devenir « non assistance à personne en détresse » pour celui qui reste le témoin passif de la souffrance d’autrui.

La sagesse de la loi
La loi est généralement le fruit d’un consensus social et culturel. Or, vu les disparités d’opinions existantes, le législateur pouvait difficilement légaliser l’euthanasie, même en l’entourant de toutes les précautions comme c’est le cas dans plusieurs pays européens. Cependant les dispositions de la loi Léonetti ouvrent néanmoins fort habilement la possibilité pour le corps médical, non seulement de ne pas pratiquer d’acharnement thérapeutique, mais surtout de « forcer un peu » sur le traitement palliatif, quitte à écourter la vie du moribond. Cette disposition est astucieuse puisque simultanément :
- elle permet aux anti-euthanasie de ne pas considérer que les soins palliatifs soient à l’origine de l’interruption prématurée de la vie, ce qui moralement et techniquement s’apparenterait à l’euthanasie.
- elle permet aussi au pro-euthanasie de disposer d’une solution technique réaliste et légale pour écourter le calvaire du patient en fin de vie.

L’évolution nécessaire des consciences et des pratiques
L’inconvénient du militantisme c’est qu’il pousse ses troupes à un rigorisme qui ne permet pas de compromis. Ainsi, les militants de l’ADMD (dont la plupart mourront sans qu’on les y aident) auraient tout intérêt à s’employer à faire connaître et appliquer la loi Léonetti pour que l’ensemble de la population puisse en profiter, plutôt que de s’ingénier à fustiger ses insuffisances (elle n’est pas applicable aux personnes qui ne sont pas en fin de vie).
A contrario, ceci vaut tout autant pour leurs opposants qui devraient voir dans le statut quo de cette loi, une réponse honorable à leur credo, sans avoir besoin d’afficher des positions trop radicales, insoutenables à long terme.
Notons que la mort restera encore longtemps le tabou fondamental et qu’il n’est pas surprenant que le sujet paralyse l’évolution des consciences et des pratiques.
Ce seront sans doute les évolutions : de la médecine, des exigences individuelles des patients et des familles, et surtout des contraintes économiques (les ressources financières étant limitées, quel doit être leur usage prioritaire ?) qui feront évoluer les usages et les mentalités. La seule certitude étant que la mort reste la seule manière pour tous de quitter à regret… notre « vallée de larmes ».

Jacques NOZICK - EGPE

Par JEN
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Lundi 31 décembre 2007
Ce petit texte ci-dessous, écrit il y a près d'une dizaine d'années pour consoler une amie, également servi  à beaucoup d'autres personnes. Elles l'ont elles-mêmes transmis à d'autres qui l'ont parfois adapté aux circonstances. Puissiez-vous ne jamais en avoir besoin...

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"Tout est mortel, et ce qui est mortel est régi par des lois incertaines. Tout ce qui peut arriver un jour peut arriver aujourd’hui même"              Sénèque


La perte d’un être cher provoque toujours au début une douleur à laquelle on pense être incapable de résister. Pire : une douleur que l’on ne peut s’empêcher d’entretenir malgré soi. Nous sommes alors désemparés et ne pouvons ni réfléchir, ni agir, tant nous sommes envahis.

Il est pourtant à notre portée  de surmonter notre chagrin. Il suffit d’être attentif aux réflexions suivantes :

1- La mort des autres nous prend toujours au dépourvu pour la simple raison que, si nous savons bien que la mort est inéluctable, nous n’y pensions que comme quelque chose qui n’arrive… qu’aux autres, et plus tard !
En fait nous occultons la mort comme si, ne pas y penser, permettrait peut-être de l’éviter. Il y a là une sorte de tabou, d’autant plus illogique que la mort est la seule absolue certitude que nous ayons sur notre devenir. Comme on ne peut ni la nier, ni la rejeter, ni la supprimer : il faut donc l’accepter comme partie intégrante de la vie.

2- Nous croyons que nous pleurons nos morts, mais ceci est faux. Où qu’ils soient, les morts n’ont pas besoin de nos larmes. Nous pleurons sur nous-mêmes, car la disparition de ceux que l’on aime est comme une amputation à vif  de notre univers affectif.

3- Alors, pourquoi s’abandonne-t-on à la détresse ? Simplement parce que nous éprouvons un sentiment de culpabilité à la pensée que nous sommes encore en vie alors que l’autre ne vivra plus. Inconsciemment, pour se punir de ce que nous considérons comme injuste, nous nous plongeons dans la douleur de manière obsessionnelle. Et quand, par hasard, on arrive un peu à oublier le disparu, on éprouve alors un autre sentiment : celui de ne plus se sentir assez coupable ! Nous entretenons donc malgré nous notre douleur, poussés par une société dans laquelle la contrition, la punition et la douleur sont réputées rédemptrices.

4- A tout âge, en toutes  circonstances, la mort n’est jamais ni juste ni injuste, elle est simplement… inéluctable. Qu’elle soit subie, résultant d’une maladie, d’accident, qu’elle soit sagement consentie à la fin d’une vie, ou qu’elle soit souhaitée par un suicide, cet échappatoire salvateur d’une existence trop difficile.

5- Avant de naître nous n’étions rien. Le hasard nous fait naître sans que nous le voulions. Après la mort nous ne serons plus, par le même hasard qui fait que nous aurions pu ne pas être.

Dans beaucoup d’autres civilisations que la nôtre, il n’est pas d’usage de cultiver la douleur : on fait son deuil puis on continue à faire vivre les morts par le souvenir. À cet égard, les croyances ne changent rien à l’affaire :

- Soit nous croyons vraiment en Dieu, qu’avons-nous alors à redouter ? Notre âme est immortelle, le bonheur et le repos éternel nous attendent.

- Soit nous n’y croyons pas et nous constatons que nous ne sommes d’abord qu’un assemblage d’atomes empruntés au tableau de Mendéléive le temps d’une trop courte vie. Un jour incertain, ce qui est dans l’ordre des choses, nous devions les rendre à la nature,.

Alors ami, que peut-on concrètement faire ? Sur l’instant… ce n’est jamais simple, car on est bien incapable de réfléchir sainement.
Cependant très rapidement, tu penseras aux cinq bonnes raisons indiquées plus haut. Alors tu pourras faire ton deuil en pensant simplement au cher défunt comme s’il était vivant à notre mémoire.

Imaginons un instant que, l’angoisse des derniers instants passée, notre disparu puisse nous dire ce qu’il pense de l’état de malheur et de détresse qu’il occasionne sans le vouloir… Il dirait à l’évidence :

« Enfants, parents, chers amis, séchez sans scrupules ces larmes inutiles. Conserver-moi seulement votre tendresse, pensez à moi aussi souvent que possible, surtout lorsque mon souvenir peut vous aider. Rappelez-vous tous les bons moments que nous avons eu la chance de partager ! Vivez pleinement, soyez heureux, renouez vite avec la communauté des hommes et des femmes, car… tant que vous penserez encore à moi : assurément, je continuerai à vivre ! »

Notre seul véritable trésor étant la vie, nous avons le devoir de l’honorer sans cesse, de bannir la tristesse, de vivre le mieux possible, y compris avec la présence bienveillante, le doux et constant souvenir de ceux que nous aimons et qui ont, avant nous, rejoint la grande chaîne humaine de nos ancêtres et de nos amis, depuis la nuit des temps.

Le souvenir des amis défunts m’est doux et agréable. Je les avais comme si je devais les perdre un jour. Je les ai perdus et c’est comme si je les avais toujours.
JN

Information pratique :
Le texte ci-dessus peut être lu dans tous les lieux de culte ou de recueillement. Il ne nécessite aucune préparation particulière.
Il y a, bien entendu mieux à faire, c'est de réaliser soi-même une petite vidéo souvenir se présentant sous la forme d'un DVD comme celui-ci dessous. C'est facile, et à la portée de tous, même lorsqu'on n'a aucune connaissance en multimédia ou en micro-informatique... Plusieurs articles du blog donnent des recommandations à ce sujet.
Exemple : le DVD de ma mère



Par Jacques NOZICK
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Samedi 22 décembre 2007

Beaucoup de gens vivent dans l'indifférence de leur destin. Pourquoi penseraient-ils à la mort? Tant qu'on est vivant, c'est une perte de temps, et quand on est mort, que nous importe.
Je ne suis pas d'accord. Vivre avec la conscience de la mort permet de mieux goûter au bonheur de vivre. Enfin quand on est mort, c'est vrai que pour soi-même tout est terminé... mais pas pour ceux qui restent ! Je trouve donc plus élégant de leur faire parvenir par anticipation un message de réconfort... Tel est la seule ambition de ce petit clin d'oeil à ceux qui me sont chers.

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Testament, version courte


« Après avoir bien vécu, Jacques NOZICK est mort. Il est normal que la chance dont il a exagérément bénéficié toute sa vie vienne enfin lui faire défaut. Sans vouloir flétrir sa mémoire, rappelons qu’il fut athée, libre-penseur, volage, franc-maçon, capitalisme, et jouisseur. Avoir été un excellent contribuable reste son principal titre de gloire. Pour cela, il mérite notre reconnaissance et nos regrets les plus sincères. »

Testament, version longue

Merci mes amis de la patience dont vous avez fait preuve  et par avance de votre indulgence. Je ne voulais pas disparaître de la surface de notre jolie terre avant d’avoir mis moi-même un point final au dernier chapitre de mon existence. Pour éviter d’être pris au dépourvu, j’ai préféré écrire par avance cet ultime page, au  cas où je n’aurais pas le temps de flâner vers la fin. De cette manière, je suis sûr d’être prêt, bien avant l’heure pour le grand voyage, sachant d’avance que mourir, est aussi facile que de sauter en parachute : il suffit de ne pas avoir le choix.

La plupart des gens pensent qu’ils ont le temps, ou ils imaginent que s’ils occultent cet événement, il deviendra plus improbable. J’ai, pour ma part, toujours essayé de m’y préparer en considérant que c’est une étape inéluctable de la vie permettant aux vieillards fatigués de tirer leur révérence et à d’autres de quitter ce que certains appellent notre « vallée de larmes ».

Vous avez sans doute remarqué que, dans les nécrologies, on décrit toujours les morts comme des gens respectables et exemplaires. Sans doute est-ce pour ne pas ajouter à la peine de ceux qui leur survivent. Le sachant, j’ai pris la précaution d’établir moi-même ma propre nécrologie.

Je suis né en 1947, le 24 août, jour anniversaire du massacre de la saint Barthélemy (ça commençait mal…). Le midi, ma mère avait mangé un poulet entier juste avant que je me décide à naître. Huit jours plus tard, j’effectuais ma première promenade en barque sur le Loing, à la grande réprobation des pêcheurs dérangés par mes vagissements intempestifs (depuis je n’ai jamais pu aimer les pécheurs ni les chasseurs)

Mes premiers souvenirs d’être humain remontent à une époque où il y avait autour de moi des « grands » qui jouaient au sable. Etant trop petit, j’étais exclus de leurs jeux. Mon jeune âge, et donc mon innocence, me donna le curieux privilège d’avoir le droit de mettre les mains dans le décolleté assez bien pourvu de la dame qui nous gardait pendant les vacances. Je conserve de ces attouchements prolongés un souvenir charmant, et avoue que c’est la seule fois où je me suis laissé aller à un contact charnel avec une femme de gendarme.

Comme tout le monde, j’ai aussi vécu des drames. Le premier est d’avoir oublié un petit voilier en bois dans une chambre d’hôtel entre deux lits. Bien sûr je ne l’ai dit à personne et j’ai assumé seul mon chagrin. Étant pourvu d’une heureuse nature, j’ai oublié les autres déboires qui ont pu m’arriver par la suite, partant du principe optimiste qu’un problème qui a trouvé une solution, même douloureuse, n’est plus un problème : c’est juste un mauvais souvenir dont il ne faut pas s’encombrer la mémoire.

Ma scolarité fut assez moyenne, jusque dans les classes terminales. J’y rencontrais un jeune prof. de Français nommé Robert Jovy qui devint par la suite un ami fidèle et s’occupa de Damien et d’Anne. Pour lui être agréable, je m’appliquais à composer de belles rédactions qui me valurent d’excellentes notes, et l’occasion de me distinguer des autres élèves. Découvrir que j’avais quelques facilités pour organiser des idées et rédiger me donna une certaine confiance en moi.

Avec des hauts et des bas, la chance ne me quitta jamais. Même dans l’adversité, j’ai toujours trouvé les ressources et l’optimisme pour réagir. À chaque fois, j’ai pu monter dans le bon train qui passait. Je me suis en particulier trouvé, dans les années 80, au début du marché très porteur de l’informatique lorsqu’il devint nécessaire de concevoir des moyens pour câbler toutes ces machines nouvelles qu’étaient les micro-ordinateurs. Comme j’étais un astucieux bricoleur, et doté d’un certain culot, j’ai mis au point quelques petits produits qui me rapportèrent pas mal d’argent.

Beaucoup de gens m’ont aidé. Parmi ceux-ci, je dois rendre un chaleureux hommage à mon ami Alain Dinton, le fidèle parmi les fidèles, talentueux collègue, sans qui ma carrière n’aurait jamais été aussi fructueuse. En deux mots, ma vie professionnelle, malgré quelques expériences désagréables, fut celle d’un entrepreneur comblé.

J’ai commis peu de vilainies, non par vertu, mais surtout parce que l’occasion ne m’en a jamais été donnée. Je ne déplore m’être mal conduit qu’une seule fois, mais comme dit Napoléon : « il est des situations dont on ne peut sortir que par une faute ». D’une manière générale, j’ai toujours essayé de mériter l’estime de mes enfants et de mes proches.

Ma vie sentimentale fut peu mouvementée. Depuis ma première aventure avec la femme du gendarme (à la réflexion, il n’était peut-être pas gendarme, mais postier…) j’ai toujours éprouvé pour les femmes une grande tendresse doublée d’un respect souvent exagéré.

Ma vie a été calme et stable grâce à une femme et des enfants qui m’ont comblé et auxquels j’ai essayé d’apporter mon affection et un bonheur tranquille. Je dois rendre hommage à Colette qui a su être simultanément une mère attentive autant qu’une épouse accomplie. En retour, je crois avoir été un bon mari. J’ai très peu trompé ma femme, si peu que je garde plus de regrets que de remords. Je demandais parfois « Seigneur, soumets-moi à la tentation, afin que j’y succombe avec délice ! ». Hélas mes prières ne furent pas souvent exaucées, car il y a toujours eu, entre Dieu et moi quelques frictions.

Puisque nous en venons à parler de Dieu, sachez que cette question m’a toujours intéressée, sous son angle philosophique et parfois sous l’angle comique. Disons, pour faire court (Je commence à avoir pitié de ceux qui se sont laissé embarquer dans la version longue) disons donc que Dieu constitue à mes yeux, la plus astucieuse et malhonnête invention des humains dont la crédulité, en cette matière est attendrissante. On peut vraiment leur faire avaler n’importe quoi, et ils en redemandent ! Si une certaine ignorance était excusable jusqu’à l’invention de la science, de la médecine, de la philosophie, celle-ci devient aujourd’hui grotesque, désespérante et souvent criminelle lorsqu’il s’agit de fanatismes. Nous connaissons, en effet la place qu’occupe notre petite planète dans notre modeste système solaire, lui-même perdu parmi les étoiles des milliards de galaxies. Notre insignifiance cosmique devrait nous rendre définitivement plus modestes dans nos rapports avec Dieu.

Nous atteignons le ridicule le plus absolu lorsque se perd l’esprit critique et que la sacralisation de textes, prophéties, ou doctrines aveugle la raison.

Il y a tant de choses que nous ignorons, que nous devons rester modestes dans notre quête du savoir. Nous ne savons même pas pourquoi notre espèce est devenue capable de se poser des questions aussi insolubles que : « Pourquoi existons-nous ? Qu’est-ce qui régit le hasard ou les lois de la physique, etc. ».

Parmi les questions sans réponse qui font les délices des philosophes, l’une nous intéresse particulièrement, moi, parce que je suis mort, et vous, parce que vous mourrez aussi un de ces jours. Cette question est : qu’y a-t-il après la mort ? La position dans laquelle je me trouve présentement m’autorise à émettre une opinion. Je crois sincèrement qu’après, il n’y a pas du tout ce que la plupart des gens croient.  Notre sort est assez comparable à celui des lapins, des grenouilles ou de tout ce qui grouille de vie et se reproduit avec frénésie. Notre destin est de naître par hasard, d’acquérir une conscience perfectionnée du monde, de jouir le mieux possible, et de mourir sans qu’on sache quand. Entre temps, on fait ce que l’on peut pour grappiller de la connaissance, du pouvoir, de l’argent, des faveurs et du plaisir.

Nous sommes, de plus, largement dépendant d’un capital génétique et du hasard qui nous font devenir soit Alexandre le Grand, soit l’idiot du village, soit vous et moi. Après notre mort, cette surprenante et merveilleuse machine vivante qui constituait notre corps se désagrège, et les molécules et atomes qui cohabitaient s’égayent dans la nature. Ils iront par une infinité de combinaisons chimiques se transformer en roses ou en fumier. Nous ne sommes donc qu’un instant d’une grande aventure chimique universelle : ceci est expérimentalement vérifiable.

En ce qui me concerne, je souhaite que ma dépouille, une fois purifiée par une belle flambée, se répartisse de la manière suivante :
- Que l’eau qui me compose à 80 % se transforme en vapeur et que le vent l’emporte où il voudra.
- Que les cendres soient déposées au pied d’un rosier.
Reconnaissez que devenir une rose dans la fraîcheur d’un matin de printemps est une expérience que peu de gens ont la chance de connaître, du moins de leur vivant.

Quelques naïfs penseront que si notre corps retourne en poussière, on peut espérer qu’il restera quelque chose de notre esprit ou de ce qu’ils appellent « l’âme ». Hélas, c’est comme une machine électrique que l’on débranche : elle s’arrête et se déglingue. Rien ne permet donc de penser qu’il y ait autre chose, aussi désolant et angoissant que cela puisse paraître.

Si nous n’étions pas tant conditionnés par notre culture qui nous fait croire au bon dieu (dont l’improbabilité est désormais similaire à celle du père Noël), ceci nous semblerait évident. Je me suis moqué de l’esprit religieux par pure honnêteté. Je suis de ceux qui préfère dire « Je ne sais pas quand il ne sait pas, même si l’ignorance est anxiogène. Je refuse que l’on invente des mythes et que l’on me fasse prendre des vessies, fussent-elles symboliques pour des lanternes, fussent-elles magiques. Même sans le recours à un divin, au sujet duquel notre déficit informationnel est total, notre condition humaine est glorieuse,  ne serait-ce que parce que nous avons conscience de faire partie de cet univers surprenant, et parce que nous sommes, de part notre histoire cosmique, de la poussière d’étoile.

Cependant, pour ne pas faire de peine à ceux qui continuent de penser qu’il y a quelque chose après la mort, je promets de faire mon possible pour leur envoyer un message intelligible. Par exemple : si je frappe trois coups, cela voudra dire que je suis toujours là et si je n’en frappe qu’un c’est que je n’y suis plus. Je me propose aussi de venir leur chatouiller les pieds lorsqu’ils seront au lit. Si je ne me manifeste pas, qu’ils en tirent eux-mêmes les conclusions.

Dans cet ordre d’idée concernant l’immortalité, notre seule consolation véritable et bien réelle reste d’avoir constitué un maillon de la longue chaîne des milliards d’humains qui plonge ses racines dans la nuit des temps. Parce que nous avons été vivants, nous sommes immortels par nos gènes.

Si j’ai commencé à vous parler de la mort, c’est non seulement parce que ce sujet est ici à l’ordre du jour, mais aussi et surtout pour vous rappeler, bien que ce soit un lieu commun, que la vie est notre unique bien : « Vis comme si chaque jour était un cadeau inespéré » conseille Marc Aurèle. Malheureusement, la vie c’est comme la jeunesse ou la santé : on commence à en prendre pleinement conscience quand on la perd.

Nous devrions nous souvenir plus souvent que nos jours sont comptés afin de prendre quelques distances avec ce qui fait généralement fonctionner les hommes en société : la recherche de la puissance, le statut social, l’argent, la considération, les modes, la peur, etc. J’ai eu la chance de souvent pouvoir prendre ces distances et d’être pleinement heureux. C’est pourquoi aujourd’hui je mérite plus d’être envié… que pleuré. De notre merveilleuse et parfois désespérante humaine condition, j’ai eu le meilleur.

La seule occupation qui a toujours trouvé grâce à mes yeux en plus de la recherche de la connaissance est celle du plaisir, car c’est, pour soi-même et pour les autres notre seule raison sérieuse et gratifiante d’être ici-bas. Le plaisir peut déboucher sur un art de vivre (hédonisme) et de mourir (stoïcisme) tout à fait acceptable. Ma morale fut toujours éclairée par des préceptes simples comme : « Fais aux autres tout le bien que tu voudrais que l’on te fasse» , et par la compassion. Celle-ci fut d’ailleurs pour moi le sentiment naturel le plus élevé. Il semble que certaines personnes sont plus ou moins douées pour ce sentiment qui procède sans doute autant de prédispositions mentales que de l’éducation, et qui ont abouti à une constante recherche de dignité, véritable « aristocratie » de la personne humaine.

Toutes les collectivités que j’ai fréquenté : école publique, scoutisme, milieu professionnel, ou Franc Maçonnerie, m’ont incité à la curiosité. Toute ma vie j’ai butiné des connaissances de toutes sortes. En parfait autodidacte, je me suis enrichi intellectuellement autant que j’ai pu.

J’aimerais vous en dire beaucoup plus sur ma vision du monde. Malheureusement j’ai appris que l’expérience est intransmissible. On doit faire soi-même ses erreurs, acquérir petit à petit les mêmes connaissances que ceux qui nous ont précédé. La vie est un éternel recommencement. Chaque être humain doit tout apprendre, et quand il commence à savoir, c’est la fin du voyage.

Tout ceci est parfaitement normal et me fait souvenir d’une conversation que j’avais eu, alors que j’étais encore jeune avec un vieux Franc Maçon de près de 80 ans, merveilleux de culture et de gentillesse :
« Quel effet cela fait-il d’arriver à la fin de sa vie ?
- Tu sais, m’a-t-il répondu, la nature fait bien les choses, quand tu es dans la force de l’âge, tu travailles, tu es amoureux, tu fais une carrière… et puis tu vieillis petit à petit sans t’en apercevoir, et progressivement tu passes de la position d’acteur à celle de spectateur. Alors tu commences à regarder avec indulgence et amusement tout ce monde qui s’agite. Et puis un jour, la lumière s’éteint. Voilà, c’est tout. »
Je n’ai jamais oublié cette leçon de sérénité et de sagesse.

Chère compagne, chers enfants, chers proches amis, chères poussières d’étoiles, je souhaite que, si vous gardez de moi un quelconque souvenir, celui-ci soit toujours dépourvu de tristesse. Imaginez par exemple que je ne suis pas vraiment mort et que je vous ai fait une ultime blague. Si vous la trouvez de mauvais goût, ou si elle dénote un « manque de savoir vivre », je vous prie de me pardonner car la lumière s’est éteinte.

Enfin, cultivez cette jolie formule « Vivants, pense à tes amis comme s’ils allaient mourir, morts pense à eux comme s’ils étaient encore en vie »

Je vous embrasse tous,   

Jacques NOZICK


PS : Aspects pratiques :
En cas de fin difficile, je souhaite que soit évité tout acharnement thérapeutique. Membre de l’ADMD, je considère inutile toute prolongation, souffrance, agonie, et autres galères imposées à moi-même et à mon entourage. 

Si mon corps vaut encore quelque chose, comme je n’en aurai plus l’usage, j’en fais généreusement le don à la science, ou à ceux qui auraient besoin de pièces détachées.

Je veux bien quelques modestes fleurs, mais pas de tristesse, et surtout pas de larmes, de curé ou de simagrées. Lorsque je serai parti en fumée, un bon gueuleton joyeux à ma santé avec famille et amis me conviendrait mieux.
Par Jacques NOZICK
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Samedi 22 décembre 2007

Approche philosophique de la fin de vie


Depuis les conséquences hasardeuses d’une copulation fructueuse dont nous sommes issus, nous sommes engagés dans un processus vital d’une infinie complexité. La seule certitude que nous en ayons est qu’il sera destiné à se terminer. Quand et comment, nous ne le savons pas plus que tout autre représentant des espèces vivantes qui grouillent sur notre planète.
Il y a cependant une énorme différence entre l’humain et les autres animaux de la création : nous avons une conscience plus ou moins aiguë de notre inéluctable disparition.
C’est cette conscience qui va faire que nous avons, bien avant l’homme de Cro-magnon ou celui de Neandertal, inventé d’innombrables stratégies (religion, mythes, rituels) pour essayer d’oublier notre destin tragique. Ce qui est parfaitement résumé dans la très haute pensée de Woody Allen : « Tant que l’homme sera mortel, il ne pourra pas être complètement à l’aise ».
En fait dès nos premiers vagissements, nous allons vers notre fin de vie, en essayant, entre temps de nous maintenir en état de marche. Nous sommes, en effet

L’individu :
Nous sommes biologiquement programmé pour rechercher la satisfaction permanente de ses besoins vitaux lui permettant de maintenir autonome et fonctionnelle sa structure vivante. Son fonctionnement est, de ce fait, régi par la recherche du plaisir résultant de la satisfaction de nos désirs. Il faut bien sûr entendre « plaisir » au sens le plus large, c’est-à-dire en incluant aussi l’espérance du plaisir, et plus encore l’évitement du déplaisir à venir. Cette quête de l’acte gratifiant est parfois complexe car soumise à des pulsions dont nous n’avons pas conscience : nous fonctionnons largement dans « l’ignorance des ressorts qui nous font agir » cf. Spinoza.
Ayons simplement conscience que si je suis, par exemple : utile à la collectivité, compatissant, ou avide de connaissances… c’est d’abord parce que j’y trouve une gratification affective, voire une obligation morale. Si je la respecte je suis satisfait, si je transgresse, je suis culpabilisé.

Ce mode de fonctionnement de l’individu correspond, dans les pays « civilisés » et non-totalitaires à des droits. L’individu peut, en effet choisir sa manière de vivre et de penser la plus gratifiante (citoyenne, professionnelle, sexuelle, intellectuelle, religieuse…), avec cependant les limites que lui impose la société.

La société :
Elle résulte d’une nécessité organisationnelle et elle fabrique des règles de dominance (sociales, financières, intellectuelles ou religieuses), ou de communication et d’échange. Elle est multiple, complexe, opaque, variable selon les époques et les lieux. Le dénominateur commun de ses diverses formes est l’humain… « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » Montaigne

Parmi ses nombreuses attributions, elle se doit de protéger ses membres par des règles, des rites collectifs de solidarité afin que ceux-ci puissent prétendre à un minimum de sécurité, de liberté et de bonheur.

Cependant un phénomène nouveau est apparu : l’allongement quasi généralisé de la durée de vie depuis le XX ème siècle. C’est un inestimable cadeau pour ceux qui se portent bien, c’est en revanche, une calamité pour ceux qui sont malades ou usés.  La médicalisation qui est un remarquable progrès technique peut, en fin de vie, avoir des effets pervers en prolongeant l’existence de personnes qui ne le souhaitent pas, et en faisant peser sur tout individu, la menace d’un « destin grabataire » comme le qualifie Michel Landa.

Nous focaliserons notre réflexion sur deux niveaux souvent antagonistes : celui de l’individu et celui de la société, afin de mettre en évidence, à la fois : les aspirations de l’un et les indissociables contraintes de l’autre.

La société prend en charge, en particulier, et pour autant que le permettent ses moyens économiques, et ses valeurs morales les malades et les vieillards. C’est ici qu’intervient la remarquable mission (pour ne pas dire le sacerdoce) des soignants, qui rencontrent cependant deux limites :
- La première est thérapeutique : il est évident qu’on ne sait pas tout soigner.
- La seconde limite est existentielle : tout meurt, même les étoiles (le soleil engloutira la terre dans 4 milliards d’années). La mort est, en effet, toujours au bout du chemin. Après une longue existence, elle devient normale. Là ou elle ne l’est pas, c’est lorsqu’elle concerne les jeunes ou les enfants frappés prématurément. Dans ce cas, la mort semble injuste, absurde, inacceptable… aucune consolation n’est capable de guérir l’amputation affective qu’elle provoque. Pourtant dit Sénèque : « Tout est mortel, et ce qui est mortel est régi par des lois incertaines. Tout ce qui peut arriver un jour peut arriver aujourd’hui même ». (à afficher partout…)

C’est précisément la fixation de ces deux limites, thérapeutique et existentielle, qui pose problème : car quand le curatif devient impossible, le rôle du soignant se limite au palliatif. Lorsque le compte à rebours s’enclenche, le soignant passe immanquablement de la position d’acteur à celle de « spectateur », car dans l’attente de la mort, le sort du malade lui échappe. Cependant les circonstances pour l’attendre et le délai pour le glissement inéluctable vers la mort, posent un dilemme :
- L’individu a-t-il le droit ou le pouvoir de choisir le délai et les circonstances, Pour « refermer lui-même la porte du temps », comme il l’a fait pour tous les autres actes de son existence ? La société ou certains de ses représentants (politiques, prêtres, médecins), qui s’arrogent le droit de parler en son nom peut-elle, imposer un délai et des circonstances, contre les désirs de « l’intéressé » ?

Nous avons la réponse si nous appliquons les deux principes fondamentaux de la morale, tant pour l’individu que pour la société qui sont :
- Ne fais pas aux autres le mal que tu ne voudrais pas que l’on te fasse (avec son corollaire hédoniste : fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu’on te fasse).
- La liberté de chacun finit là ou celle de l’autre commence.

Par ailleurs, si l’on s’accorde sur le « respect de la vie », celui-ci n’est pas fondé sur les mêmes motifs.
- Pour l’athée, la vie constitue, pour lui et ses semblables, le bien le plus précieux, car nous ne vivons qu’une fois.
- Le motif du religieux s’appuie sur le dogme par lequel il faut respecter la vie supposée être un don divin, auquel l’homme ne pourrait attenter en vertu du commandement : « tu ne tueras point ».

Bien entendu, ces principes souffrent, l’un et l’autre, d’exceptions considérables :
- Le dogme précité est même jugé ambigu par des croyants très sincères considérant que lorsque la fin est irrémédiable, « Dieu s’est forcément déjà prononcé et qu’il ne devrait pas s’offusquer qu’on lui donne un petit coup de main, si c’est par charité et compassion ». De plus, si tuer avec une intention délictuelle est un crime, abréger une vie par pure compassion est un acte charitable et courageux qui peut prévaloir sur le dogme.
- L’histoire montre également que rien n’est moins précieux que la vie des autres… notre XX ème siècle : 2 guerres mondiales, Hitler, Staline ; Mao, Pol Pot … plus de 100 millions de morts par guerre et génocides laïcs. Mais les religieux de ne sont pas mieux lotis « Les religions parlent d’amour et font la guerre ».
- Dernier paradoxe : les croyants personnellement touchés par la mort sont autant, sinon plus affligés que les autres, ce qui peut paraître incohérent dans la mesure où le trépas résulte de la volonté de Dieu et qu’une vie future est promise.

En matière de fin de vie trois grandes options s’offrent à nous :
1- Soit la continuation d’actes thérapeutiques et palliatifs à la douleur, qui ont pour effet de prolonger le processus vital, fut-il végétatif ?
2- Soit la cessation totale de tous soins, sauf palliatifs ?
3- Soit la décision de pouvoir abréger délibérément la fin de vie de la manière et dans les délais voulus par le moribond, en fonction de règles et de protocoles précis ?

Celui qui souffre n’est plus un homme libre, surtout si la douleur est chronique et induit comme c’est généralement le cas, une dépression. Sa seule liberté, mais elle est primordiale, est de pouvoir choisir d’en finir.

Au bout du chemin, il arrive souvent un moment à partir duquel l’existence ne procure plus aucun plaisir, ni espoir de plaisir, ni même de moyen d’éviter les déplaisirs à venir. À partir de cet instant, l’individu concerné est le seul, d’un point de vue moral ou légal qui puisse juger si la vie vaut ou non la peine pour lui d’être vécue. « Lorsque la lampe n’a plus d’huile », elle peut s’éteindre.

C’est d’ailleurs ce qui a déjà été induit par les indéniables avancées de la loi Léonetti en 2005 (droit pour les malades en phase terminale ou souffrant d’une pathologie incurable de faire cesser tout traitement non désiré + nomination d’une personne de confiance). Cependant, bien des problèmes subsistent à propos de la troisième option qui peut avoir deux réponses : l’euthanasie ou le suicide.

Reste un débat que l’on peut résumer comme suit :
1- Le suicide violent, même « légal » (on peut le désapprouver, pas le sanctionner) reste d’une barbarie inacceptable. Souvent raté, le remède s’avère dramatiquement pire que le mal (prendre ex.). De plus, il abrège la vie de beaucoup de personnes qui auraient pu continuer à vivre si elles avaient eu l’espoir d’une autre délivrance possible. A contrario, l’euthanasie peut réduire les drames du suicide violent.
2- Enfin personne ne sait vraiment dire quand commence l’euthanasie et quand s’arrêtent des soins palliatifs efficaces. À un certain moment, ce n’est désormais qu’une question de dose.

Ce débat montre que l’usage, ou pour le moins le besoin, a déjà précédé le droit car l’euthanasie est pratiquée quotidiennement, en fraude, par de nombreux soignants compatissants. La loi devra obligatoirement être adaptée, non pas seulement pour dépénaliser l’euthanasie, mais surtout pour éviter les dérives, abus ou malversations possibles. Il montre aussi qu’il n’y a pas vraiment de frontières entre les 3 options de fin de vie. Un malade conscient peut, à la faveur de circonstances évolutives, passer d’une option à l’autre, et inversement. Par exemple : s’il a la conviction qu’il peut encore être soigné, il choisira courageusement la première option, puis prenant conscience de l’échec thérapeutique le concernant, il peut passer à la seconde. Enfin il peut envisager la dernière, l’euthanasie, comme un possible recours qui pourra lui apporter réconfort et sérénité, et lui permettre de moins redouter une mort qui finira probablement par venir d’elle-même. (Cf pilule dans le tiroir)

Alors pourquoi des positions si dogmatiques et catégoriques ? C’est parce que nous sommes des êtres orgueilleux, rêveurs et irrationnels, y compris et surtout lorsque nous cherchons à justifier notre irrationnel. Il est dans notre nature de passer de l’espérance à la croyance et d’ajouter foi au discours prometteur du chaman ou du prêtre. Personne n’y échappe,    à moins d’avoir accompli un double travail de connaissance et de sagesse …  

Cependant, même si on aboutissait une éthique nouvelle du respect de la vie, faite de tolérance et de compassion, on ne pourra jamais tout attendre de la société et de ses réglementations. La vie reste une aventure personnelle, et souvent solitaire.
Lorsqu’on arrive au bout du chemin, tout est déjà trop tard. C’est pourquoi, celui qui aspire au droit de vivre avec un minimum de sérénité et de dignité a le devoir d’anticiper son devenir, pour lui-même, mais aussi pour ses proches et pour la société. Ce devoir  est d’abord de mériter l’estime des autres, puis de prévoir au moins les conséquences de notre disparition, sachant que notre famille aura à supporter d’une part la pénible épreuve d’accompagner le mourant que nous serons et d’autre part, celle non moins douloureuse de devoir en faire le deuil.

Il s’agit d’anticiper, non seulement les formalités utiles (assurances, conventions obsèques, désignation d’une personne de confiance…) mais aussi, ce qui est plus élégant, de motiver nos directives anticipées qui peuvent être non seulement médicales, mais aussi sentimentales ou philosophiques. Cette précaution s’avèrera utile, pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes, car prise longtemps à l’avance, elle nous oblige à se souvenir que la vie est brève et qu’il faut « profiter de chaque jour comme d’un cadeau inespéré ». Une réflexion sereine sur la fin de vie, constitue la plus sage thérapie contre l’angoisse de la mort à laquelle on finit même par s’accoutumer. « Philosopher, dit Montaigne, c’est apprendre à mourir ».

Même sans aller jusque-là, les possibilités de réflexion et d’expression sont nombreuses : depuis la simple note qu’on laisse, en passant par les discussions avec ses enfants ou ses proches, voire la rédaction d’un modeste testament philosophique. Enfin il y a un moyen nouveau et économique, mis à la portée de pour résumer toute une vie et transmettre à ceux que l’on aime, en quelques minutes, un message bienveillant et des images qui effaceront les affres des derniers instants, en laissant de soi une belle image. Ce moyen consiste à rassembler sous forme de DVD tous les documents (photos, films, textes…) qui nous restent pour jalonner notre histoire personnelle ou familiale. Le concours d’un prestataire nous permet de nous affranchir de toutes contraintes technique. La valeur ajoutée du multimédia, devenu incontournable pour les générations futures auxquelles on s’adresse, est de pouvoir intégrer aisément des commentaires, du sentiment et une émotion impossibles avec le simple texte. (cf. Pierre JOGUET). Prendre l’initiative d’un DVD personnel est le signe d’une exigence de lucidité sur notre fin de vie et surtout d’envie de dignité. Car : « la dignité, m’a dit Henri Caillavet, réside autant dans le regard que nous portons sur nous-même que dans celui des autres. »

L’orgueil et la naïveté des- l’humain, ce « primate parvenu » (Robert Merle), qui s’est cru à l’image de Dieu, deviennent ridicules avec ce que nous savons désormais de l’infiniment petit au cosmos. Notre seule gloire est de nous savoir finis. C’est aussi de constater qu’à chaque fois que la raison avance, les dogmes reculent et les mentalités progressent. C’est d’ailleurs notre chance, en Maçonnerie, cette société à la fois ouverte et fermée, de pouvoir contribuer à ces avancées humanistes dont l’objectif est de défendre les libertés fondamentales, dont celle vivre et de mourir dignement n’est pas la moindre.
Qu’elle aille vers le néant ou vers une vie future, l’ultime initiation que constitue la mort n’a de sens que si elle a été anticipée, elle ne saurait donc commencer à s’accomplir que longtemps à l’avance. Dans ce cas, ayant accompli notre humaine à l’instar de Sénèque, nous pourrons dire :

Comme il est beau de pouvoir achever sa vie avant de mourir et puis d’attendre sereinement le reste de ses jours, sans rien demander pour soi-même, tout à la possession d’un bonheur dont l’intensité ne doit rien à la durée.         

Jacques NOZICK







Par Jacques NOZICK
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