Mercredi 23 janvier 2008

« Vous avez quelque chose de très banal, avait dit le médecin, ces bruits n’existent que dans votre cerveau, si vous n’y faites plus attention, vous finirez par les oublier ».
François essaya donc de ne plus y penser. Cependant un soir au restaurant, le hasard l’avait placé en face d’un couple attablé devant un énorme plateau d’huîtres que la femme avalait avec un long bruit de sucions. L’homme, lui, faisait silencieusement glisser les animaux dans sa bouche et les mâchouillait consciencieusement. Or François remarqua quelque chose DE bizarre : à chaque fois que l’homme écrasait une huître entre ses mâchoires, il se produisait un petit bruit désagréable.
Soudain il n’entendit plus rien : l’homme avait terminé. Il eut alors la révélation que ce qu’il percevait n’était pas autre chose que la plainte de l’huître qu'on écrase, et qu’il était apparemment le seul à entendre.
Par prudence, il ne dit rien à personne de sa découverte, mais remarqua également que ses soi-disant acouphènes survenaient régulièrement à chaque fois qu’il croisait sur son chemin des personnes ayant l’air de souffrir. C’est pourquoi, lorsqu’il passa, quelques jours plus tard devant la porte du second étage, il perçut distinctement un bruit de douleur qui le fit s’arrêter sur le pallier, au moment précis où sortit une jeune femme qui s’avéra être l’infirmière.
- Il souffre beaucoup, n’est-ce pas ?
- Vous savez… en phase terminale, c’est jamais une partie de plaisir.
- Il n’y a pas de calmants plus puissants ?
- C’est le médecin qui décide… Excusez-moi, mais je suis très en retard !

François il monta chez lui en se disant qu’il était désolant qu’un vieux monsieur si agréable connaisse une fin si indigne. Ce soir-là, il y avait un beau film à la TV, de sorte qu’il oublia le pauvre voisin. Cependant, plus tard, dans le silence de la nuit, il perçut de nouveau l’étrange bruit. Le lendemain matin, il sonna à la porte de l’appartement du dessous.
- Pardon madame, je sais par l’infirmière que votre mari ne va pas bien, et j’ai pensé qu’une petite visite amicale pourrait lui changer les idées…
- Comme c’est gentil à vous, entrez donc ! Mon mari a toujours été un malade difficile, et ça ne s’arrange pas. Il est douillet, comme tous les hommes, pourtant le docteur lui donne des calmants.
Avec une certaine appréhension, il s’approcha du lit et il fut frappé par le visage triste et fatigué du malade.
- Vous avez beaucoup souffert, n’est-ce pas ?
- Oui… à présent ça mieux ? Je crains que les sédatifs me fassent plus beaucoup d’effets.
- Qu’en pense le médecin ?
- Il s’en fout. Je lui ai dit plusieurs fois que je voulais mourir, vous savez ce qu’il me répond ? « Désolé, c’est le bon Dieu qui décide, moi je ne peux que vous soigner». Il m’a aussi conseillé de prier…
- Un sédatif à haute dose me semblerait plus judicieux.
- À haute dose, n’y pensez pas ! « ça pourrait me tuer »
- Vous devriez peut-être changer de médecin…
- Je suis, hélas, coincé avec le docteur Robillard… vous savez, j’ai toujours été croyant, mais je ne peux même plus prier. Ma seule obsession est d’en finir. Hélas, vu ma faiblesse, que puis-je faire seul ?
- Et votre femme ?
- Oh, elle… c’est un petit oiseau, elle a toujours été futile, ça faisait son charme quand elle était jeune…elle est totalement incapable de m’aider. Voilà pourquoi j’agonise comme un chien, pire même, lui on le pique !

Soudain le bruit s’amplifia pendant quelques minutes. François s’approcha et saisit la pauvre main crispée sur le drap. Le malade murmura :
- C’est absurde non ? N’avez-vous pas entendu dire : « Dieu est amour » . C’est une imposture. Toute la misère du monde, à commencer par la mienne prouve le contraire. Est-ce que la punition que je subis peut encore s’appeler vie ? Je n’ai aucun crime à expier ! Pourquoi suis-je m’accablé ?
- On dit que « les voies de Dieu sont impénétrables ».
- Vous rigolez, ce qui est impénétrable c’est la bêtise, la veulerie, l’arrogance, la superstition, l’ignorance, la naïveté, et l’indifférence des hommes.

Le malade, qui s’était un peu échauffé en parlant de la sorte, eut un pâle sourire, puis après un long silence, ajouta :
- Si Dieu était vraiment amour, il m’enverrait quelqu’un… pour m’aider à partir honorablement.
- Oui, mais « ce que Dieu à donné, seul Dieu peut le reprendre ».
- C’est là une plaisanterie pour les gogos, croyez-vous sérieusement que Dieu serait vexé si on, lui donne un si petit coup de main ? On a fait tellement pire en son nom…

Comme le jeune homme faisait mine de se lever, il ajouta comme si de rien n’était :
- À propos, vous n’auriez pas chez vous un grand sachet en plastique transparent, bien hermétique, du genre de ceux dont on enveloppe le linge au pressing ?
- Oui, je peux vous l’apporter immédiatement.
- Non, venez plutôt demain, à dix-huit heures, ce serait bien.

François quitta son voisin avec la satisfaction d’avoir enfin entrevu sur le visage du pauvre homme un vrai sourire, dont, sur le moment il ne put saisir le motif. Comme la nuit suivante ne fut troublée par aucun bruit de douleur, le jeune homme se rendit de nouveau sans appréhension, avec le sachet plastique, chez le malade. Ce dernier lui dit simplement :
- Je vois que vous êtes un homme de parole. Alors… permettez-moi de vous adresser encore deux demandes… la première serait de poster cette lettre destinée à mes petits-enfants. La seconde est de me dire si le docteur Robillard, d’après ce que je vous en ai dit, est plus un lâche, un imbécile ou un inconscient ?
- Je pense que, comme chacun de nous, il est un peu des trois.
- Mais peut être ne savez-vous pas que ce bon docteur est un chasseur acharné ? En d’autres termes, tuer les créatures du bon Dieu, fussent-elles à poils ou à plumes, ne lui pose aucun problème  de conscience… Comment expliquer alors que cet aimable praticien ne veule pas, même par charité chrétienne, me faire une discrète piqûre.
- Il est écrit : « tu ne tueras point ».
- Qui vous parle de tuer ? En ce qui me concerne, c’est tout le contraire de tuer : c’est un acte secourable qui apporte le repos à une personne qui le réclame et dont la vie est virtuellement terminée.
- En effet, c’est un acte charitable, pourtant répréhensible par la loi…
- Ah mon jeune ami, la loi, comme ancien magistrat, je la connais ! Si nous avions le temps, je pourrais vous dire combien je l’ai vue bafouée, contournée… c’est le produit temporaire d’une société et d’une époque. La loi… toujours en retard par rapport à la jurisprudence qu’elle suscite et qui viendra le remettre en cause. Les délits d’hier n’existent souvent plus demain.
- Il faut que les mentalités progressent.
- Vous avez tout compris : il est facile de changer une loi au moment opportun, mais rien n’est plus laborieux que de changer les mentalités.  Alors je vais vous poser une dernière question : est-il charitable d’aider un mourant à ne plus souffrir ?
- Je le crois volontiers.
- Dans ces conditions, j’ai une ultime faveur à vous demander. Ma femme va bientôt sortir comme chaque jour pour faire ses courses… pourriez-vous avoir la bonté de me tenir les mains dans les vôtres, sans les lâcher d’une seconde.

Alors le vieux monsieur, rassemblant ses dernières forces, enfila simplement sur sa tête le sac en plastique en l’ajustant hermétiquement autour de son cou. En respirant calmement il serra doucement les mains du jeune homme, comme pour un chaleureux remerciement. Le sourire aux lêvres, il ferma les yeux et se mit à penser à ses petits-enfants chéris.

La pression se relâcha. Il n’y avait plus dans la pièce d’autre bruit que l’imperturbable tic-tac de la pendule qui indiquait que cinq minutes avaient suffit. Alors François récupéra le sachet et sortit. Arrivé chez lui, il ne put s’empêcher de jeter un œil sur la lettre qu’il avait promis d’expédier :

« Mes chéris,
Aujourd’hui est un beau jour dans ce qu’est devenue ma triste vie, car ce sera la  fin de mes souffrances. Heureusement que le bon docteur Robillard, faisant fi des interdits, et n’écoutant que sa grande générosité, qu’il s’efforce modestement de dissimuler, va m’administrer la délivrance que je lui ai demandée. Dieu, qui est amour, le récompensera pour cet acte charitable.

Comme j’étais plus qu’un client, presque un ami, et que je tiens à leur faire mes adieux, je vous demande instamment d’aller voir d’abord : notre boulangère avec qui j’ai eu tant de plaisir à bavarder, puis le patron du Café du Commerce qui sait les nouvelles avant le journal, enfin la pharmacienne qui connaît tous les praticiens du quartier. J’espère qu’ils auront à cœur de rendre hommage au courage du docteur Robillard et de clamer haut et fort combien il me fut secourable et de parfaire ainsi sa réputation.

Merci mes petits, nous avons longuement discuté au téléphone hier. J’aurais eu encore beaucoup à vous dire, mais je suis au bout de chemin. Surtout ne soyez pas tristes : ma vie a été belle et je pars pour le grand voyage avec le cœur léger. Ma dernière pensée sera la plus belle, puisqu’elle sera pour vous.                           
Votre Papi qui vous aime »


J. N.


Par JEN - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : Au fil des mots
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Mercredi 23 janvier 2008



Résumé
Ce forum est un espace convivial multi usages permettant la réalisation d’activités culturelles, éducatives ou liées au divertissement. Ces activités peuvent être soit nouvelles, soit complémentaires à celles déjà existantes des communes.
Le projet s’inscrit dans la perspective d’une « politique de civilisation » privilégiant, l’échange d’expérience, les rencontres, les réseaux, le multimédia et le dynamisme du monde associatif pour l’animation culturelle.
Il permet enfin une mutualisation des coûts de conception, des talents disponibles, des modes de gestion.



Politique de civilisation ?

La plupart des gens trouvent à l’intérieur de leur famille ou du cercle restreint des amis ou de quelques collègues, la chaleur humaine, l’aide et le réconfort dont ils ont besoin. Rien n’est plus gratifiant qu’une famille harmonieuse, et la tentation de se replier sur sa vie familiale est grande, ne serait-ce que pour se protéger de l’agressivité de notre environnement.

Dans une société pluriculturelle comme celle qui compose la France, il y a une diversité considérable d’origine sociale ou géographique, de religions, d’éducation, ou d’usages. Cette diversité, dont on dit parfois qu’elle est enrichissante, pousse souvent les citoyens à des replis communautaires.
Tous ceux qui s’intéressent à la vie publique cherchent comment lutter contre le malaise que nous constatons, par exemple dans les « banlieues ». Il y a bien sûr des causes économiques : il faut permettre au plus grand nombre de vivre décemment et en sécurité, mais il y a aussi des causes culturelles auxquelles il faut avoir le courage de faire face. Est-ce un hasard si le Président Sarkozy a lancé un débat sur une « politique de civilisation » fondée sur la laïcité, condition première pour garantir la liberté civique et religieuse pour le bien commun de tous ? Certains trouvent qu’il en fait trop, d’autres pas assez. Cependant une « politique de civilisation » ne se décrète pas par des lois. Elle résulte d’innombrables actions permettant d’envisager la vie sociale, professionnelle, religieuse et intellectuelle de manière harmonieuse et non comme le résultat hasardeux de rapports de forces. Son objectif est de concilier les exigences et les besoins du plus grand nombre, dans le respect des valeurs et des spécificités pouvant apporter le maximum de chance de bonheur...

Il n’y a pas de remède miracle, sinon il y a longtemps qu’il aurait été trouvé et appliqué. Il y a par contre des chemins meilleurs que d’autres pour favoriser une « politique de civilisation ». Pour identifier ces chemins, il est sage d’essayer de comprendre ce qui détermine le plus le comportement du commun des mortels. Nous constatons, par exemple, que : la famille, la religion, le divertissement, ou le rêve, sont de puissants moteurs. Bien d’autres motivations peuvent être prises en compte à titre accessoire. Cependant les relations entre les individus, les générations, les communautés, et l’état sont d’une grande complexité et d’une opacité certaine. C’est pourtant ce qui caractérise le mieux le concept de « civilisation ».  Il est difficile d’avoir une hauteur de vue, une objectivité, et une capacité de compréhension complète des problèmes à résoudre. Par où commencer l’immense chantier d’une « politique de civilisation » volontaire ? Comment associer l’initiative publique et privée ? Quels financements mobiliser ? Quelles actions favoriser pour faire évoluer les mentalités, éviter les sectarismes, la défense d’avantages acquis, les conservatismes excessifs, les rancoeurs, les préjugés, ou simplement la peur naturelle que chacun peut avoir du changement ?

Tous les élus locaux ou nationaux se posent ce genre de questions, mais leurs moyens d’actions sont limités tant sur le plan financier qu’humain.

Que peut-on inventer pour faire sortir les gens de chez eux, pour leur redonner le plaisir de se rencontrer, de s’informer, d’échanger ? Comment briser les sectarismes ? Comment défendre la laïcité ?  Comment intéresser les citoyens à la vie de leur cité ou de leur quartier ? Comment diffuser une culture divertissante à ceux qui en sont exclus ? Comment favoriser la vie associative à moindre coût ? Comment aider et motiver les jeunes défavorisés ? Comment permettre aux seniors d’apporter leur contribution à la vie de la cité ? Comment permettre à une municipalité sans grands moyens financiers de favoriser une animation culturelle ? Comment aller à la rencontre des administrés dans un autre contexte qu’électoral ?


Peut-on mutualiser un espace d’animation culturelle ?

 Le concept d’un Forum est une « solution en quête des problèmes à résoudre ».

Avant de  rentrer dans les détails, notons que beaucoup des fonctions que peut assumer ce Forum moderne sont (fort heureusement) déjà remplies parfois très bien, mais dans des sites dédiés et par un personnel qui doit se débrouiller tout seul. Souvent, elles ne sont que partiellement remplies ou de manières coûteuses et lourdes à gérer. Elles le sont, par exemple, par entités aussi diverses que  :

- Salles de réunion communales, de conférence ou de spectacle,
- Bibliothèques et médiathèques municipales
- Cyber-bases
- Cyber-cafés
- Lieux de cultes traditionnels
- Loges maçonniques
- Associations les plus diverses
- Maisons de la culture
- Écoles
- Théâtres
- Cinémas,
- Les médias
- Services hôteliers
- Les forums multimédias accessibles sur le net
- Les réseaux sociaux internet
-  etc.

 Nous allons aborder le principe du Forum, à la lumière de ce qui fait fonctionner les humains et peut participer à une « politique de civilisation », car ce concept de Forum intéresse simultanément : la famille, la religion, le divertissement, le rêve (voir notes), ainsi que toutes les communautés qui constituent notre société. Cette polyvalence et cette diversité lui confèrent toutes les chances de succès car ce qui peut réussir ici, à la faveur d’initiatives et de bonnes volontés locales, peut échouer ailleurs, et inversement. Plus le panel des possibilités offertes est donc vaste et plus un nombre important d’entre elles rencontreront le succès. Enfin la pluralité des offres nous permettra de se concentrer sur ce qui fonctionne le mieux.


Considérations préliminaires sur le concept de Forum

Le concept de Forum repose sur une meilleure adéquation des lieux, et des animations offertes, à ses utilisateurs.

En ce qui concerne les lieux de réunion proprement dits (autres que scolaires ou universitaires),  on peut les définir fonctionnellement comme des espaces de grandes dimensions pouvant accueillir les spectateurs ou les fidèles. Cet espace est avantageusement équipé d’éclairage, de sonorisation, de chauffage, de fermetures en sécurisant l’accès, et d’une tribune depuis laquelle officie un orateur.

À l’intérieur de cet espace commun s’ajoutent des spécificités propres aux lieux généralement consacrés à une activité particulière, par exemple à une religion. Seront alors dédiés : décors, objets de cultes, autel etc. dont il est aisé de faire l’inventaire précis.

À l’extérieur de l’espace, mais contigus, se trouvent généralement des locaux annexes : vestiaires, salle de réunion, sacristie, zone pour les ablutions, de catéchisme ou le rangement d’équipements spécifiques comme des objets de culte.

On se rend parfaitement compte que, si l’on trouve les moyens techniques pour que l’espace commun recevant les spectateurs ou les fidèles puissent s’adapter de manière simple et automatique aux spécificités des divers utilisateurs potentiels, cet espace peut devenir immédiatement polyvalent. Quant aux locaux annexes, qui sont extérieurs à ce volume principal, compte tenu de leur spécificité et de leurs faibles dimensions, il suffit de les affecter de manière privative aux différents acteurs susceptibles d’utiliser l’espace commun.

Le lieu est  une condition nécessaire mais non suffisante. C’est surtout la qualité de l’animation qui sera primordiale. Avant d’envisager le concept de forum, il est indispensable que l’on fassent déjà un bilan des animations qui fonctionnent de manière satisfaisante, et de constituer un groupe de travail autour de l’animation existante, de ses succès et de ses difficultés.

Reste la question fondamentale à définir : à l’extérieur de leur cocon familial, de quoi les gens ont-ils vraiment besoin ?


Qui peut bénéficier ou utiliser le forum ?

Tout citoyen est un visiteur potentiel pour tout ou partie des activités offertes par le Forum. En ce qui concerne les bénéficiaires, la seule limite pour leur agrément à se servir des installations du forum est donnée d’une part par la capacité du postulant à respecter les conditions de la charte d’admission et par la législation sur les associations et les cultes.
Le respect des conditions concerne : le mode de fonctionnement, de jouissance des espaces communs et des installations (réseau local bureautique, accès, entretien…), de la participation financière nécessaire (fonction de l’utilisation).
À titre indicatif on peut citer les bénéficiaires suivants :

- Toutes les associations culturelles ayant besoin d’une implantation locale.
- Associations professionnelles et syndicales
- Lieux de cultes secondaires pour des cultes ne disposant pas de sites dédiés à proximité ou souhaitant un lieu complémentaire.
- Des obédiences maçonniques qui ne seraient pas hébergées dans la région du forum.
- Les sociétés caritatives ou d’action sociale pour organiser leurs manifestations
- Des organismes de formation ou d’aide aux citoyens (par exemple contre le sur-endettement : comment apprendre au familles à gérer un budget et les pièges du crédit)
- Organisations politiques pour des débats ou réunions publiques
- Des clubs de théâtre, musique, généalogie, activités multimédias, rencontre seniors…
- Scouts,    patronages nécessitant un lieu de réunion…

On notera que parmi les milliers d’associations en France, nombreuses sont susceptibles d’avoir une audience nationale et de bénéficier à titre temporaire ou plus souvent permanent du concept de Forum.
 

Les bénéfices de la polyvalence

Bénéfice économique :
Sur le plan fonctionnel : il est évident que l’investissement principal correspond au grand espace et à tout ce qui est structurel, à savoir : le bâtiment proprement dit, les systèmes techniques de gestion, chauffage, éclairage, sureté, sanitaires, réseau local bureautique, etc. Les locaux dédiés sont, quant à eux, de tailles réduites, donc peu coûteux et profitent des moyens techniques de l’ensemble. Ils peuvent se limiter à une pluralité de casiers privatifs fermés à clés.

Sur le plan de l’amortissement financier de l’ouvrage et de ses équipements :
Si un même espace, du fait de sa destination polyvalente est plus utilisé, son amortissement financier sera d’autant plus rapide que plusieurs lieux sous-utilisés.
Si l’on considère que le concept de Forum peut intéresser de nombreuses municipalités, et donc être largement reproduit, sa conception peut être modélisée et donner lieu à un cahier des charges réalisé une bonne fois pour toutes. Une fois financé, celui-ci peut être reproduit à faible coût et mis à la disposition de toutes les communes intéressées. Cette mutualisation des dépenses de conception donne généralement d’excellents résultats et permet de capitaliser l’expérience acquise pour en faire profiter la collectivité.

Bénéfice en termes de gestion, d’animation et de compétence
Les salaires des personnels de gestion ou d’animation constituent généralement un poste de dépense important dans tous les lieux culturels.
Le coût de gestion peut être aussi réduit que possible dans la mesure où une charte et un règlement intérieur astucieux régleront le maximum de situations sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir trop de personnel (contrôle d’accès, nettoyage des parties privatives, affichage, calendrier de réservation des espaces communs, organisation des manifestations, solution des litiges, etc).

L’animation nécessite du talent qui n’est pas  souvent disponible localement. Cependant un réseau de forums peut être constitué pour faire profiter à tous les Forums qui le souhaitent des expériences, spectacles, idées d’animation, formations… commandées au niveau national, mises au point par d’autres ou issus de la collaboration avec des associations, universités, mais aussi en faisant appel à des jeunes retraités (voir  note) dont beaucoup ont du temps, de l’expérience et de la bonne volonté, mais peu d’occasion de bénévolat gratifiant.

 L’idée est aussi de mutualiser l’organisation et l’animation des Forums en faisant appel à des associations les plus autonomes possible et surtout responsables du contenu de leurs animations. On pourra aussi s’associer à toutes les initiatives nationales comme les cyber-bases (initiative de la Caisse des Dépôts) qui disposent d’un portail Internet www.cyber-base.org , de près de 700 sites, avec1500 animateurs et 300 dossiers pédagogiques, sans compter un réseau de partenaires et de sponsors.
L’exemple des cyber-bases est très intéressant car il montre comment une initiative nationale peut être relayée au niveau local. On notera que la compétence réunie par la Caisse des dépôts, maître d’ouvrage du projet, a modélisé l’ingénierie du concept sous la forme d’un cahier des charges. La mise en œuvre a été assurée par un partenaire national agréé www.arcbe.com  puis a été proposé aux collectivités locales sous forme d’une assistance pour le démarrage, la formation des animateurs et le partage des expériences.
Créés en 2000 les cyber-bases avaient comme objectif de favoriser l’utilisation d’Internet auprès du plus grand nombre. La mission semble parfaitement réussie,
le nombre de  400 sites  prévus au départ a été doublé. Cependant, il serait judicieux de choisir de nouveaux objectifs pour l’avenir, capitalisant l’expérience acquise, et les perspectives du concept de Forums.

Bénéfice culturel
Plus le panel de manifestations de tous types est large, et plus il y aura de personnes intéressées par une ou plusieurs activités. Cette polyvalence, réunie en un même lieux, peut inciter des personnes qui ne s’intéresseraient à priori pas à une des activités à découvrir celle-ci. Il peut en résulter : une ouverture d’esprit accrue, des rencontres et des échanges qui sans cela auraient été improbables voire impossibles. Ce peut être une source de découvertes entre des communautés voisines, mais qui s’ignorent. Ce peut être aussi pour certaines personnes l’opportunité de découvrir des activités culturelles ou divertissantes offertes par certaines associations locales.

Le bénéfice culturel est lié d’abord à la richesse culturelle intrinsèque et à l’audience des communautés du forum. Certaines associations sont très efficaces.
Le bénéfice tient aussi aux possibilités d’échange et d’interaction entre des individus, des associations, divers organismes publics, voire des entreprises régionales. Par exemple une association de généalogie, peut intéresser les membres d’autres associations comme celle de seniors, mais aussi une association pour la conservation du patrimoine, les fidèles d’un culte, une loge maçonnique, etc. et inversement. Une cyber-base peut intéresser tous les membres de toutes les communautés mais aussi servir à initier des personnes du troisième âge ou mieux des jeunes en difficulté, ceux-ci pouvant être aidés par les membres d’une association caritative.  On peut aussi créer des liens et des animations avec la presse, les syndicats professionnels, certains services publics.
Le Forum peut bénéficier d’une organisation réticulaire qui s’auto alimente au modèle de ce qui se passe sur Internet.


Bénéficie social

Concernant l’emploi des seniors :
Cette communauté est de plus en plus importante, en raison de l’allongement de la vie, ce qui n’est pas sans poser de problèmes. Il est probable que les emplois des personnes au-delà de 60 ans devront être aménagés vers du travail  à temps partiel, surtout si l’on porte l’âge de la retraite à 67 ans comme en Allemagne ou 68 comme il est prévu en Angleterre. Or il y a parmi les seniors des personnes ayant des compétences remarquables dont elles seraient heureuses de faire profiter les jeunes. Il y a là un gisement de talent considérable encore mal utilisé. 

Concernant les jeunes
Le forum peut apporter des compléments éducatifs aux jeunes sur des sujets traités de manière marginale à l’école, ou sur tous les déficits que on peut constater chez de nombreux jeunes. Cela peut aller du soutien scolaire à des promenades commentées par des seniors, du théâtre, des ateliers d’écriture ou de dessin, des discussions sur des sujets de société particuliers, etc.
Le forum peut être utilisé comme un appoint par les maîtres des écoles, qui peuvent coopérer avec les animateurs, et relayer l’information concernant les activités offertes auprès de leurs élèves. Sans doute n’est-ce qu’une réponse très partielle et limité au problème de la désocialisation flagrante de nombreux jeunes désabusé, chômeurs ou « laissés pour compte ». Le problème est d’abord éducatif et économique.


Limites du concept, précautions à prendre

Le concept de Forum permet surtout de réduire les coûts et de compenser les déficits d’équipements et de services culturels en apportant une animation locale, qui fait parfois défaut, malgré la bonne volonté des élus et du personnel municipal, qui ont déjà beaucoup de taches administratives. Même s’il est largement modélisé et alimenté nationalement par un réseau d’échange d’expérience, il devra être géré et animé par un responsable local.

Beaucoup de communes ont déjà des animations associatives, culturelles ou sportives, qu’il est inutile de vouloir remettre en cause soit parce qu’elles sont déjà optimisées, soit parce qu’elles impliquent des lieux et des équipements dédiés ou de grandes dimensions.

Le respect du règlement intérieur est d’une importance cruciale. En particulier en ce qui concerne les cultes dont certains pourront avoir tendance à un prosélytisme excessif qu’il  faudra contenir avec vigilance. On notera à cet égard que le Forum est un lieu où doit s’exercer et même s’illustrer le civisme. Vouloir installer d’emblée un forum dans un lieu de non-droit serait le vouer à l’échec.

En ce qui concerne les lieux ayant un rapport avec les cultes. Les critiques peuvent être nombreuses et contradictoires, soit des tenants de la laïcité qui ne conçoivent pas qu’un lieu public puisse recevoir, même à temps partiel un activité religieuse, soit à l’inverse des religieux qui n’acceptent pas de lieux qui ne leur soient pas dédiés et sacralisés. Dans ce cas il vaut mieux s’abstenir. Ce qui est par contre possible, c’est de dispenser une instruction religieuse traitant à part égales : les trois monothéismes, le bouddhisme et l’athéisme. Ceci pemettant aux jeunes d’acquérir des rudiments de culture religieuse pouvant déboucher sur des réflexions sur le civisme, la morale, la tolérance.

Les forums doivent être audités régulièrement pour vérifier que les espaces et les équipements sont correctement utilisés.

Au XXI ème  siècle, le recours à internet et à l’audiovisuel est primordial pour  faire connaître le concept de Forum, fournir des animations mutualisables (voir sur les cultes), faire s’échanger des expériences. Galilée Production (agence de presse et spécialiste de la fabrication de DVD personnels ou pour entreprises) peut rendre ce service à moindre coût www.galileeproduction.com


Éléments de réflexion

Politique et civilisation
Vouloir instituer une « politique de civilisation » semble une gageure. On se limite généralement, et avec bien des difficultés, à élaborer des politiques économiques, fiscales, culturelles, sociales, éducatives, énergétiques, etc. La liste des compartiments de nos activités pour lesquelles il est nécessaire à un gouvernement d’imaginer des projets politiques est vaste.
 Cependant l’ampleur de la tâche est significativement compliquée par le fait que tous ces thèmes que l’on avait l’habitude de voir traités par des « spécialistes » de manières distinctes, sont soumis à des interactions permanentes et complexes. Nous en avons vraiment pris conscience grâce à la prise de conscience écologique.
Pour Edgar Morin qui est le promoteur du concept, la politique de civilisation vise rien de moins « qu’à remettre l'homme au centre de la politique en tant que fin et moyen et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être". Elle résulte d’une méthode complexe (exposée en 6 volumes…), fort éloignée de la simple annonce d’un voeu pieu auquel toute personne sensées ne peut qu’adhérer. De plus cette ambition est imbriquée dans des contraintes qui ne sont plus seulement nationales mais essentiellement internationales, avec des disparités nord-sud considérables, des états émergents qui vont changer les règles du jeu, des mentalités archaïques, fondamentalismes religieux délirants, des civilisations incompatibles, des égoïsmes forcenés…
On ne peut, bien sûr pas faire un procès d’intention à M. Sarkozy de proposer que la France soit un modèle, un guide et que, par son exemplarité elle induise des comportements vertueux auprès des autres pays occidentaux. Ceci est très louable. Cependant entre l’effet d’annonce, et la réalité du terrain, le chemin est long et difficile. Il y a tout à parier que ses concurrents politiques de tous bords attendront des actions concrètes et visibles.
Aussi modeste soit-il le concept de Forum par sa polyvalence peut être l’une d’elles. Il ne faut cependant pas trop rêver, personne ne sait quel modèle de société nous sommes en train d’inventer…

Le divertissement
Nous aspirons tous au divertissement. Les Romains voulaient « du pain et des jeux », nous avons l’équivalent pour notre époque : ça devient le Smic + la sécurité sociale et la télé + le foot. On notera qu’avec l’évolution sociale, l’urbanisation, les banlieues dortoirs, les médias, le développement de l’informatique personnelle, on a connu, en moins d’un siècle, une évolution sans précédent dans l’histoire des modes de divertissements. En raison de l’urbanisation, cette évolution a pour constante une perte de la convivialité qu’il y avait à se divertir. Les veillées familiales ou villageoises, les petits bals des fins de semaines, les vendanges, la moisson, l’enterrement du voisin, la messe où tout le monde allait… Ceci date d’une époque révolue. Les tentatives pour renouer avec les occasions de divertissements conviviaux existent, mais ne donnent pas toujours les résultats escomptés : fête de la musique, buffet annuel des habitants d’un même immeuble…

L’important n’est pas de créer de nouveaux modes de divertissements. Le marché concurrentiel s’en charge fort bien en proposant de multiples produits et services. Il y aurait même, dans les pays occidentaux, pléthore de divertissements, comme : les jeux vidéo ou les gadgets électroniques et tout ce qui concerne Internet.

Ce qui importe, par contre, c’est de favoriser toutes les initiatives qui créent du lien social et du divertissement convivial, ce qui est désormais ressenti comme utile, voire indispensable. La société urbaine s’est, en effet, montrée incapable de créer de nouvelles formes de relations humaines comme celles des habitants d’un même village.    

Le rêve
Quel que soit le nom qu’on lui donne : projet, espérance ou désir, le rêve nous permet d’espérer un bonheur futur, des conditions de vie meilleures, une plus grande sécurité, un statut social plus gratifiant, une promesse de plaisir ou de divertissements nouveaux.
Depuis la nuit des temps, certains hommes plus habiles que les autres profitent de la propension naturelle de nos semblables à rêver. Ils nourrissent leur imaginaire, pour obtenir d’eux obéissance, dons d’argent, etc. qu’ils paient en illusions. Beaucoup s’en satisfont car  comme écrit Nietzsche : « l’important, ce n’est pas ce qui est vrai, c’est ce qui aide à vivre ». D’où la crédibilité que l’on donne aux promesses des gourous, guérisseurs, de certains politiciens ou prêtres. Très souvent, faute de mieux, nous nous contentons de nourrir nos fantasmes car le rêve est déjà un commencement de bonheur.
Si le rêve est le plus souvent centré sur l’individu, il peut aussi devenir altruiste et envisager, par exemple, une société plus juste, pacifique, tolérante ou fraternelle. D’innombrables individus ont donné leur vie pour cette forme de rêve parfois utopique que l’on nomme idéal.
Plus on avance en âge, et plus les rêves deviennent réalistes. Beaucoup ne souhaitent que l’assurance d’un revenu suffisant, d’une vie « normale », avec un peu de confort, des soins médicaux, et le luxe de quelques divertissements. Nous n’aborderons pas ici la complexité des questions économiques qui les conditionnent. Elles sont largement débattues par les économistes, politiciens, entreprises, syndicats, et les médias. Nous soulignerons seulement qu’en dessous d’un certain seuil de pauvreté et de désespérance, il n’y plus de rêve possible. On se contente de survivre.

Considération sur les religions
Nous savons qu’aucune politique de civilisation n’est possible sans tenir compte du fait religieux, que l’on y soit favorable ou non. Il semble donc raisonnable de s’intéresser à cette réalité incontournable. Or que constate t-on en France en cette matière ?
- Certains lieux de cultes sont désertés faute de fidèles motivés. D’autres sont insuffisants pour accueillir les leurs, ce qui induit des frustrations et dérives sectaires. Par exemple, certains musulmans français sont tentés d’accepter l’aide de « généreux donateurs » qui ne vont pas toujours dans le sens d’un « islam des lumières » progressiste et tolérant.
- Certains lieux sont devenus inadaptés à leur fonction (coût d’entretien inacceptable, confort médiocre…)
- Il y a une inadéquation entre la répartition des lieux de culte, et celle de la population des banlieues.
- Les lieux de cultes sont toujours exclusifs à une religion ce qui entretient les replis communautaires.
- Racisme et préjugés existent entre les communautés ethniques et religieuses d’origines diverses, ce qui génère des tensions exacerbées par l’exclusion d’une part de la population des « quartiers » comme disent les journalistes pour désigner les banlieues à problème.

À première vue, l’idée d’ouvrir, même très partiellement les Forums aux cultes peut sembler saugrenue, voire dangereuse. Cependant le projet peut être de leur permettre de trouver des conditions acceptables de cohabitation. Des exemples nous ont déjà été donnés, qui montrent que la chose n’est pas impensable. Il y a, en effet :
- Des chapelles multi cultes comme celle que l’on trouve à Roissy où chrétiens, juifs et musulmans peuvent venir se recueillir.
- Les rassemblements œcuméniques sont relayés par la presse internationale.
- Des cérémonies religieuses sont régulièrement retransmises sur les ondes.
- La morale et le civisme peuvent être communs à toutes les obédiences.

Il est évident que la plupart des cultes restent très conservateurs sur les aspects liturgiques et que certains religieux seront surpris de ne plus être dans une église traditionnelle. Cependant, il est probable que quand ils découvriront les possibilités offertes par le multimédia, ils seront amenés à réfléchir. On peut en effet, avec un vidéo projecteur reproduire sur un mur en guise d’écran géant, les plus beaux décors des arts religieux du monde, voire introduire des animations audiovisuelles de très haute qualité alliant des musiques sublimes ou des témoignages, à toutes les images possibles. Le temps de vitraux sur lesquels des fidèles illettrés apprenaient les grands moments de l’ancien testament ou des Evangiles est révolu. L’utilisation des nouvelles techniques peut avoir un effet didactique non négligeable. Bien entendu ce type d’animation devra être pensé par des professionnels.

En fait, l’acceptabilité du projet se fonde sur la complémentarité culturelle, et citoyenne qui est associée à la problématique purement religieuse, qu’il faut envisager avec lucidité. Chacun sait que les religions peuvent être la meilleure ou la pire des choses, suivant qu’elles rassemblent et soulagent ou qu’elles divisent et meurtrissent. Si chaque religion prise isolément veut le bonheur de ses fidèles, toutes sont exclusives. Malgré leurs courtoises relations de façade, toutes ont un besoin vital de conserver leurs adeptes, voire d’en faire de nouveaux. Aussi exercent-elles une concurrence acharnée qui sans le cadre juridique et institutionnel aboutit à des conflits. Chaque fidèle d’une religion pense être dans le vrai : il n’y a qu’un Dieu, le sien, et ses prophètes détiennent seuls la vérité.

Si toute croyance est honorable pour les individus, par ce qu’elle apporte de bénéfique et de sécurisant, dans un pays multiculturel comme la France il est primordial d’interdire toute manifestation d’intolérance religieuse. Ce principe est l’un des fondements de la société française dont une des valeurs principales est la laïcité.
Ces principes étant établis, la conviction religieuse reste une caractéristique sociale primordiale et même incontournable des différentes communautés de français.

Autres sujets de réflexion

- Comment bâtir un projet de Forum (animations, études locales, budget, programme)
- Liste des associations actives susceptibles d’être intéressées par le concept
- Cahier des charges pour la maîtrise d’ouvrage (espaces, équipements techniques)
- Exemples architecturaux favorables à une animation conviviale
- Comment prendre en compte les réunions publiques (conférences, cultes, tenues maçonniques…)
- Règlement intérieur à l’usage des bénéficiaires et des utilisateurs.


JN
Par JEN - Publié dans : POLITIQUE DE CIVILISATION - Communauté : papierlibre
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Jeudi 3 janvier 2008

Ce texte s'adresse ceux qui ont déjà accompli un long bout de chemin et qui souhaitent profiter pleinement des beaux jours de la maturié. Elle peut aussi intéresser ceux qui ont envie de s'inscrir dans la durée, d'anticiper, afin de ne pas se retrouver un jour au bout de leur chemin, désolés d'avoir si mal vécu et de devoir quitter la vie. Lorsqu'on a bien vécu toutes les étapes de l'existence, tirer sa révérence est autrement plus facile.



« Tant qu’il sera mortel, l’homme ne sera jamais vraiment décontracté » Woody Allen


L’opportunité d’une vie plus longue
Les conséquences sociales, économiques et humaines de l’allongement sans précédent de la durée de vie sont considérables. Certaines d’entre elles ont été largement médiatisées : financement des retraites, avènement du marché des seniors, etc. D’autres nous obligent à une réflexion nouvelle d’ordre éthique, médical, juridique ou philosophique. On peut aussi s’interroger comment les différents groupes d’âges vont cohabiter dans le futur et quelles vont être les relations qui vont s’instaurer entre eux ? En 2010, les plus de 60 ans seront plus nombreux en France que les moins de 20 ans, et les familles connaîtront couramment 4 générations.
Ces quelques chiffres nous font prendre conscience qu’un certain nombre d’évolutions sont à attendre et qu’il serait sage de s’y préparer, tant sur le plan collectif que sur le plan individuel, car selon le mot de Léonard de Vinci «ne pas prévoir c’est déjà pleurer ».
Si l’implication collective n’est pas ici notre sujet, en revanche nous insisterons sur les aspects personnels qui nous concernent tous, et qui permettront au plus grand nombre une réflexion sereine et lucide sur la vie qui nous attend, car c’est elle qui véritablement nous intéresse. En effet, la mort nous concerne peu tant que nous sommes vivants et encore moins lorsque nous ne sommes plus. Sauf qu’avant d’arriver à ce passage vers un au-delà prometteur, une réincarnation ou le néant, nous avons constaté qu’il nous reste un chemin de plus en plus long à parcourir. Il est en notre pouvoir que celui-ci soit le plus agréable et digne possible, si seulement nous avons la sagesse de l’anticiper.

La retraite : une nouvelle vie ?
Il est prudent d’aborder la retraite avec lucidité car cette nouvelle vie de loisirs perpétuels, et de liberté, comporte aussi quelques inconvénients. Elle constitue, au départ une rupture avec la  vie professionnelle. Certains de ceux qui l’abordent ont alors l’impression d’être devenus subitement inutiles. Ils souffrent de ne plus être gratifiés de la considération dont ils bénéficiaient dans leur vie dite « active ». Heureusement la perte des repères habituels peut trouver des remèdes simples, mais elle nécessite une remise en cause et un minimum de réflexion sur soi et sur le rapport que l’on peut entretenir avec les autres.
Dans un premier temps, le nouveau retraité tentera de s’adonner à tout ce qu’il n’avait pas eu le temps de réaliser, faute de loisir. Cependant, il est illusoire de penser que l’on peut supporter longtemps une frénésie de voyages, de randonnées, de théâtre… afin de rattraper le temps perdu. Ces activités sont fatigantes, elles coûtent cher et peuvent même devenir lassantes, le bonheur ne conquère pas à marche forcée. Souvent le retraité aspire rapidement à un peu de calme avec sa famille et ses amis.
L’âge et la sagesse aidant, on passera progressivement de la position d’acteur forcené d’un monde agité, à celle, plus tranquille de spectateur bienveillant. C’est à ce moment qu’il importe de trouver une activité nouvelle, de partager avec autrui des moments  de convivialité et de s’ouvrir aux autres. On s’aperçoit alors que les seniors peuvent avoir une réelle utilité, non pas dans un rapport économique ou de compétitivité devenu inutile, mais dans une relation altruiste. Beaucoup découvrent bientôt avec bonheur que « plus on donne, plus on reçoit ».
C’est précisément pour répondre à ce besoin d’échange cordial que de nombreuses associations se sont créées. Elles permettent aux seniors de s’adonner à de nombreuses activités pratiques ou intellectuelles susceptibles d’utiliser leur expérience et leur compétence. Beaucoup d’entre elles sont présentes et actives sur internet.

Il n’est jamais trop tôt pour bien faire
Il y a, fort heureusement, des âges merveilleux de la vie où l’on est totalement gouverné par l’insouciance de la jeunesse, la pulsion de vie de l’adolescence ou des jeunes adultes. Or, pour commencer à réfléchir sur vie, il faut avoir atteint une certaine maturité, avec l’expérience des joies et des peines, souvent après avoir eu des enfants et des petits-enfants, ou lorsqu’on est directement frappé par des drames comme la maladie ou le décès d’un proche.
Avant cet âge ou cette expérience personnelle, la mort restera une notion abstraite, une sorte d’accident qui n’arrive qu’aux autres, désagrément fâcheux auquel on évite de penser.
Cependant, pour ne pas souffrir, et surtout ne pas faire souffrir ceux que l’on aime, en les laissant désemparés, ou en leur donnant une image indigne de soi, un minimum d’anticipation est utile. Elle implique nécessairement une préparation personnelle d’ordre :
- Philosophique : « philosopher c’est apprendre à mourir » dit Montaigne. Cela signifie qu’une réflexion rationnelle comme celle entreprise ici peut permettre de s’accoutumer à la mort.
- Matérielle : plutôt que de se désoler après coup, quand la maison a brûlé, il serait plus judicieux d’avoir pris une « assurance » qui, même si elle n’empêche pas que la maison disparaisse, en atténue au moins le drame.

Notons aussi que les situations de fin de vie sont très diverses suivant l’âge, l’état physique, les circonstances plus ou moins brutales du décès. Reste qu’il est toujours possible, à tout âge, de se préparer, même à l’accident, à la maladie ou à la mort dite « naturelle ». Si ce n’est pour soi, au moins que ce soit pour ceux qui nous entourent et qui survivront à notre disparition, ou simplement pour goûter le plus complètement possible tous les instants de la vie, et en particulier une retraite bienheureuse, cette nouvelle vie à inventer.

« Vivre comme si chaque jour était un cadeau inespéré »
Nul ne peut prétendre sérieusement s’inscrire durablement dans le temps : tout existait avant soi et existera après. Cependant la pleine la conscience que notre temps personnel est limité, donne à la vie une intensité plus grande et une lucidité qui permet de vivre « comme si chaque jour était un cadeau inespéré ». Cette conscience procure aussi un remède pour se garder de tout ce qui peut altérer, amoindrir ou avilir la vie, notre seul et unique bien.
La conception que nous en avons est certes variable suivant les diverses croyances et religions. Elle sera différente pour le bouddhiste et l’hindouiste qui croient à une réincarnation dans un cycle vital ; ou pour le chrétien qui espère une vie future au paradis, ou pour l’athée qui considère qu’il n’y a d’autre existence qu’ici et maintenant. Il n’en reste pas moins qu’à quelques exceptions près, tous les humains tiennent infiniment plus qu’ils ne le disent à leur existence terrestre…

C’est pourquoi une réflexion complète sur la vie devrait intégrer trois périodes :
- Lorsqu’on aborde la maturité : c’est une période de préparation psychologique et la conquête d’une sagesse dont aucun senior ne devrait désormais faire l’économie.
- A l’approche de la mort : cet angoissant passage de vie à trépas nécessite un encadrement médical et altruiste pour être serein et digne.
- Après le décès : Un rituel nouveau peut être imaginé, soit par la collectivité ou la famille, soit, ce qui est beaucoup plus élégant : par celui qui aura anticipé le jour fatal. Si le défunt n’est plus concerné, en revanche ses proches auront à faire leur deuil. Celui qui s’en est inquiété et qui a pris quelques précautions, pourra apporter à ceux-ci, une aide certaine, geste d’autant plus louable, qu’il s’accomplira de manière post mortem.


Nous sommes tous concernés
S’il est un domaine qui nous concerne tous, c’est bien la mort. Nous redoutons la nôtre au point de tenter de l’oublier et nous déplorons celle de nos proches qui nous laisse désemparé.
C’est pourquoi inconsciemment nous tentons en permanence de l’occulter, comme si la fuir pouvait en écarter le danger. Cependant, le remède s’avère pire que le mal car la mort nous rattrape toujours :
- De notre vivant : parce qu’ayant eu l’illusion d’être immortel, nous oublions parfois de bien vivre.
- Lorsque nous approchons de la fin : parce que nous sommes terrorisés et que nous nous accrochons désespérément à une existence qui inexorablement nous échappe.
- Quand la mort frappe nos proches : notre douleur est telle qu’elle ruine notre raison et nous paralyse. Elle nous laisse impuissants face au deuil, cette blessure de l’âme qu’on n’arrive pas à cicatriser.


Les détours de l’imaginaire
Les psychologues et les philosophes ont souligné depuis toujours combien la conscience de la mort chez l’humain, est à l’origine de productions irrationnelles, sources de la plupart des croyances et de nombreuses superstitions qui ont façonné nos civilisations, notre morale et notre droit. Quelles que soient les formes qu’elles prennent, ces manifestations de notre imaginaire constituent le fondement de notre humaine condition.
Parce que nous restons souvent dans l’ignorance des ressorts qui nous  font agir, il serait profitable d’essayer de favoriser les pratiques bénéfiques et rationnelles qui pourraient rendre l’existence plus belle et plus précieuse. Pour schématiser, il vaudrait mieux favoriser celles qui encouragent plus les pulsions de vie  que les pulsions de mort.
Pour profiter judicieusement de la vie, il faut avoir préalablement évacué la hantise de la mort et de la déchéance, en se méfiant de notre imaginaire, car ce n’est pas tant le trépas qui nous effraie que la représentation, généralement irrationnelle, qu’on s’en fait.
Si notre inconscient nous joue d’aimables tours, par exemple à l’occasion de notre vie amoureuse, il n’en est pas de même quand il provoque une inhibition qui nous empêche de vivre pleinement. C’est pourquoi, la précaution de tenter d’aborder complètement et lucidement le problème de notre fin reste une bonne thérapie pour réussir à bien vivre, car le bonheur passe par l’acceptation de ce contre quoi l’on ne peut rien. Pour être moins vulnérables, il faut aborder tous les aspects de cette question.


La perte des repères culturels
Dans une civilisation fortement imprégnée par une religion, toutes les grandes étapes de la vie, de la naissance à la mort, sont ritualisées. C’est une manière de les officialiser pour qu’elles soient prises en compte par la société et par les familles grâce aux cérémonies religieuses.
Dans une société laïque, comme celle dans laquelle nous sommes installés depuis le XX ème siècle, le problème se complique singulièrement car il n’y a plus de religion dominante. En France, nous avons à la fois des catholiques, des musulmans, des protestants, des juifs. Certains pratiquant un peu, d’autres beaucoup ou pas du tout. Il y a de plus des agnostiques ou des athées, avec, là encore, de nombreuses nuances dues à l’imprégnation culturelle du milieu dans lequel nous vivons. Comment sont intégrés, chez un même individu : la rencontre d’influences inconscientes chrétiennes, des traces de communisme, plus la découverte, à l’âge adulte, des philosophies diverses qui donnent à la vie de ceux qui les rencontrent, un éclairage nouveau ?
C’est dans cette conjonction d’influences complémentaires et parfois contradictoires que réside une des richesses des sociétés laïques qui permettent à des individus de se construire aussi librement que possible à partir des options culturelles qui fécondent leurs personnalités.
Le problème reste, qu’en période de profonde mutation sociale comme celle que nous vivons, nous ne savons pas comment, ni par quoi, les repères culturels que nous avons perdus seront remplacés.

La question de la laïcité
Les individus se construisent donc au hasard des influences familiales, religieuses, politiques, professionnelles et de tous les incidents de parcours, heureux ou malheureux qui jalonnent leurs existences. Cependant, pour se structurer, ils ont besoin de repères, dont l’un des plus important, mais aussi désormais des plus problématiques a été la religion.
Descartes disait qu’il faut « choisir la religion de son roi et de sa nourrice ». Ceci est fort sage, lorsqu’on n’a qu’un roi et qu’une nourrice. Si le roi est remplacé par un gouvernement informel et variable, et la nourrice par des institutions publiques qui vont de la crèche à l’université, en passant par l’école communale, il n’y a moins de repères simples et fondateurs.
Ce qui est déjà problématique pour les individus, le devient encore d’avantage avec les familles à l’intérieur desquelles les disparités s’accumulent. À Chaque fois qu’un couple nouveau se forme, les deux individualités qui s’unissent, pour le meilleur et pour le pire sont parfois culturellement voisines, mais aussi souvent différentes. Les manières d’aborder la vie et la mort de chaque conjoint ou de leurs familles respectives, peuvent être fort éloignées. Pourtant, si un de leurs proches vient à mourir, leurs disparités ne devront cependant pas s’opposer, mais se conjuguer. Avant : pour que leur accompagnement au mourant soit le plus réconfortant pour celui-ci. Mais aussi après : pour que le deuil puisse s’accomplir le plus sereinement.
Reste une question fondamentale : l’appartenance religieuse modifie-t-elle la vision de la fin de vie ? Paradoxalement un sondage (Sofres Admd - février 2007) sur l’assistance médicalisée à mourir, montre qu’il n’en est rien. Ce qui signifie que la conviction personnelle du croyant prévaut largement sur les consignes de l’appareil clérical qui les promulgue.

L’accompagnement et le rituel : des pratiques de solidarité
L’expérience montre que la détresse du mourant est réduite par une forte présence amicale ou la tendresse rassurante des proches. Malheureusement :
- L’existence médicalement prolongée rend impossible de prévoir précisément la durée de l’agonie, ce qui interdit que l’on fasse venir les proches du mourant au moment où il en aurait le plus besoin (les trois quarts des agonies sont solitaires).
- On meurt donc « anonymement » et seul à l’hôpital dans un environnement étranger avec des soignants qui, aussi dévoués soient-ils, et malgré leur bonne volonté, ne font que passer et ne peuvent se substituer à la famille.
- Souvent la mort intervient dans l’abrutissement final de la dépression, des drogues ou par le coma.

On constate de plus aujourd’hui une désacralisation croissante de la mort :
- Elle est occultée : plus de cortèges, peu de cérémonies dignes de ce nom, à l’exception d’un rapide passage à l’église devant un prêtre parfois débordé qui connaît à peine le nom du défunt.
- Le rituel est donc réduit à sa plus simple expression, pour ne pas dire escamoté. Car il n’existe pas encore de rituel laïc qui permettraient à des athées d’être honorés par une cérémonie comme celle pouvant avoir lieu dans les maisons funéraires.

Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le rituel n’est pas fait, pour les morts, mais bien pour les vivants. Il entérine la survie du disparu dans les mémoires, assurant une continuité sociale par-delà la mort avec ceux qui ont disparu. Ainsi le défunt ne mourra tout à fait que lorsque son souvenir disparaîtra de la conscience des vivants. On notera que l’hypothèse religieuse d’une survie de l’âme contribue parfois à apaiser les vivants car elle donne un sens acceptable à la mort. Cependant, l’expérience montre que, à de rares exceptions près, ceux qui envisagent un bonheur éternel dans un quelconque paradis n’y croient pas vraiment et souffrent tout autant que les autres. La perte d’un être cher reste pour tous une amputation à vif de l’univers affectif personnel que nous avons construit.

Le rituel présente aussi pour les jeunes une vertu pédagogique importante : il apprend à ceux qui n’étaient jusqu’alors aucunement concernés, que la mort est une réalité dont chacun peut prendre conscience, surtout pour essayer de mieux vivre.


Le piège : devenir en fin de vie « un mineur disqualifié »
Un « malade » entrant à l’hôpital, était souvent traité comme un « irresponsable ». Désormais, s’il en a encore les capacités, il peut faire valoir ses droits de malade (loi Léonetti de 2005 encore largement inconnue). Dans le cas contraire, et sans l’intervention de proches, il risque de se trouver contraint de subir, qu’il le veuille ou non, des soins qui, par leur caractère palliatif n’ont d’autre utilité que de  rendre l’agonie aussi indolore que possible, afin que puisse s’accomplir la mort dite « naturelle ».
Si le mourant reste conscient, la douleur psychique, ainsi que celle liée à son éventuelle déchéance et à l’embarras qu’il provoque, persistera. Cette douleur est d’autant plus vive que le malade sera entouré de secrets, ignorant s’il peut encore faire confiance à ceux dont il dépend, ce qui altère la relation avec le personnel soignant.

S’il a sombré dans un état comateux, on peut considérer qu’il est psychiquement absent. Rien de ce qui lui arrive ne peut plus lui importer : l’âme a déserté la dépouille.
Reste le problème de la dignité : a-t-on ou non le droit de choisir librement sa destinée, y compris à son ultime aboutissement ? A partir de quand n’est-on plus une personne humaine responsable ?

Si l’individu n’a pris aucune précaution et n’a formulé aucune exigence, tout sera décidé par le corps médical, la famille ou la loi. Or la principale dignité, pour tout homme, fut-il malade ou dépendant, est de rester maître de son destin. Personne ne devrait donc avoir le droit de décider pour autrui, y compris et surtout sur la manière et le moment d’achever son existence.


La problématique des derniers instants
Avant les progrès de la médecine du XX ème siècle, les gens mouraient vite. Ce qu’on appelait un « coup de sang » mettait une fin brutale à la plupart des existences. À présent, la mort traîne en longueur, tant que subsistent les fonctions vitales de la machine que constitue le corps. Désormais on meurt à petit feu, en se délabrant par morceaux que l’équipe médicale rafistole par des bricolages successifs. Parfois, pour se donner « bonne conscience », la médecine s’acharne au-delà du raisonnable, ce que l’on justifie par le fait que celle-ci est faite pour soigner. Dans ce cas, la mort représente un « échec thérapeutique ».
Il semble y avoir encore une profonde inadéquation entre la vocation du médecin et la réalité des fins de vie médicalisées. Apparemment, le serment d’Hippocrate ne correspond plus tout à fait à ce que l’on demande au médecin et qui s’apparente plus au rôle du prêtre ou du chamane.

Comme il n’est souvent plus question de soigner, mais d’aider à mourir, la fin de vie pose des problèmes déontologiques au médecin qui n’est psychologiquement pas mieux armé que quiconque pour y répondre. La grande question devient : s’il n’est plus question de soigner, qui devrait décider de la mort ? La réponse appartient aux seuls individus concernés dans la mesure où on les considère comme des personnes responsables de leur propre destin (et aux familles lorsque la personne n’a plus sa conscience). Accessoirement on peut envisager le concours d’un prêtre, si tel est le souhait du mourant.
Ce ne devrait pas aux médecins classiques de s’occuper de la mort, bien que l’hôpital soit en devenu, malgré lui et faute de mieux, l’antichambre, car la vocation du corps médical est de s’occuper de la vie afin de la préserver.
L’idéal serait de pouvoir disposer de psychologues spécifiquement formés pour apporter une assistance aux personnes impliquées autant qu’à leurs familles . Ils pourraient offir un arbitrage raisonnable entre : les désirs explicitement manifestés d’une part par les personnes d’éviter toute souffrance et acharnement thérapeutique, et d’autrepart le devoir des médecins ainsi que les réalités économiques, dont il est toujours de mauvais goût de parler, comme si elles n’existaient pas.

La conquête d’une sagesse nouvelle
L’existence est faite de renoncements successifs : on perd l’insouciance de la jeunesse, la vigueur de l’adulte, sa mémoire, ou sa capacité d’apprendre… Si ces pertes ne sont pas compensées par la sagesse, fruit de l’expérience, et de la réflexion, il peut en résulter un désarroi et une grave frustration. L’image narcissique que l’on a de soi-même sera durement altérée lorsque l’on perd sa propre considération et celle des autres. Bien qu’on ne puisse pas être et avoir été, il reste difficile d’accepter les effets de l’âge, la perte des prérogatives de la jeunesse, et surtout d’imaginer une mort qui s’annonce de manière inexorable au bout du chemin. C’est sans doute pour cela que l’on constate autant de dépressions chez le troisième âge.

Il y a pourtant des remèdes efficaces, fournis non seulement par l’action et le divertissement, comme nous l’avons évoqué, mais surtout par une philosophie pratique dont le but primordial est d’apprendre à mieux vivre. Or, nous faisons tous de la philosophie, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Non pour « philosopher », mais pour approcher le simple bon sens. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, dans la quasi-totalité des civilisations, le gouvernement de la chose publique, et l’arbitrage des conflits étaient confiés aux anciens, réputés posséder une sagesse utile à la collectivité.
Dans nos sociétés modernes où la performance économique, la réactivité, l’image, et l’éphémère dominent, le rôle public des anciens tend à diminuer. Cependant dans la sphère privée, leur présence bienveillante, la mémoire qu’ils représentent est irremplaçable dans tous les groupes sociaux (familles, associations, villages…).
Enfin, individuellement, on peut considérer la retraite comme une période pendant laquelle on peut profiter de son expérience pour s’inventer une autre vie plus épanouissante que la  vie active car infiniment plus libre, calme, et récréative. On découvre alors une nouvelle arithmétique des plaisirs, en particulier ceux de l’esprit que l’on avait jusqu’à présent négligés, ou ceux de la convivialité.
C’est ainsi que, jetant un regard sur sa vie, on peut avantageusement positiver en écrivant ses mémoires pour transmettre des souvenirs familiaux. Mêmes ceux qui ne sont pas experts dans l’art d’écrire ou en informatique peuvent désormais bénéficier d’un « service à la personne » leur permettant d’intégrer sous forme de DVD, leurs photos, films, textes et commentaires afin de constituer une biographie familiale, un testament spirituel ou un message pour leurs proches. Ce n’est pas un hasard si ceux qui se sont penchés sur leur existence pour écrire leurs mémoires, ont rétrospectivement découvert que leur vie était digne d’être racontée.


Une responsabilité nouvelle nous incombe : prévoir
On peut parfaitement prévoir que l’on puisse être malade, dépendant, dégradé et finalement mort.

Compte tenu de l’allongement de la durée de la vie, il devient nécessaire que, même les gens dans la force de l’âge se soucient déjà de prendre toutes leurs dispositions pour :
- Se faire soigner, car les petites et grandes misères arrivent avec l’âge (intérêt des mutuelles).
- Mettre en ordre le patrimoine qu’ils veulent transmettre. Les notaires sont là pour ça.
- Être pris en charge en cas de dépendance. Il existe des assurances spécifiques.
- Décider de l’image qu’ils souhaitent laisser à leurs proches, en leur offrant un DVD de biographie personnelle est un cadeau irremplaçable.
- Libérer leurs proches de la corvée des funérailles et en assumer le coût. Il suffit, par exemple, de contracter une convention obsèques. Ils pourront ainsi organiser eux-mêmes leurs funérailles : cérémonie, enterrement ou crémation, message à leurs proches. Un nouveau rituel est désormais possible pour intégrer toutes ces dispositions.

La loi Léonetti de 2005, qui précise les droits du malade, en particulier pour ce qui concerne la suspension des traitements jugés inutiles (par le malade en fin de vie ou sa famille), stipule aussi que des dispositions anticipées doivent avoir été prises par le malade. Celles-ci préciseront quelles sont ses intentions, et l’identité d’une personne de confiance susceptible de prendre des décisions à sa place dans le cas où il en serait incapable.
Il va de soi que celui qui néglige de prévoir de telles dispositions anticipées se condamne à accepter que d’autres décident à sa place, non pas conformément à ses propres désirs, mais selon des lois et la déontologie du moment des praticiens.

Parmi les évènements prévisibles, la mort reste le plus certain. La seule chose que l’on ignore ce sont les circonstances et le moment. Tout ce qui ne sera pas prévu sera laissé au hasard ou décidé dans l’urgence par des familles éplorées.


Recommandations pratiques pour maîtriser son destin
Certaines personnes semblent  vivre dans l’indifférence totale de leur destin. Ils s’en remettent à un Dieu, au hasard, ou à la société. Ils s’étourdissent, se divertissent comme ils peuvent avec un métier, des plaisirs, une position sociale, ou la recherche de quelques gloires éphémères. Cependant la vieillesse et la mort les rattrapent toujours. Plus sera tardive et désinvolte leur prise de conscience et plus traumatisante et brutale seront leurs irruptions.
Lorsqu’on sait qu’il y a un peu plus de deux siècles l’espérance de vie n’excédait pas 27 ans et qu’elle dépasse désormais 80 ans (cumul hommes-femmes), on mesure combien la manière dont nous pouvons vivre, d’abord une gratifiante vie active, puis une longue et belle retraite devrait en être bouleversée. Aussi est-il plus sage de prévoir quelques dispositions simples pour se construire une retraite gratifiante et une fin honorable. Chacun pourra alors s’organiser à sa convenance pour jouir de la vie, le plus longtemps et le plus complètement possible et accomplir un destin maîtrisé.

JN






Par JEN - Publié dans : Philosophie pratique - Communauté : Vos vies, les vôtres ...
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Lundi 31 décembre 2007
Ce petit texte ci-dessous, écrit il y a près d'une dizaine d'années pour consoler une amie, également servi  à beaucoup d'autres personnes. Elles l'ont elles-mêmes transmis à d'autres qui l'ont parfois adapté aux circonstances. Puissiez-vous ne jamais en avoir besoin...

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"Tout est mortel, et ce qui est mortel est régi par des lois incertaines. Tout ce qui peut arriver un jour peut arriver aujourd’hui même"              Sénèque


La perte d’un être cher provoque toujours au début une douleur à laquelle on pense être incapable de résister. Pire : une douleur que l’on ne peut s’empêcher d’entretenir malgré soi. Nous sommes alors désemparés et ne pouvons ni réfléchir, ni agir, tant nous sommes envahis.

Il est pourtant à notre portée  de surmonter notre chagrin. Il suffit d’être attentif aux réflexions suivantes :

1- La mort des autres nous prend toujours au dépourvu pour la simple raison que, si nous savons bien que la mort est inéluctable, nous n’y pensions que comme quelque chose qui n’arrive… qu’aux autres, et plus tard !
En fait nous occultons la mort comme si, ne pas y penser, permettrait peut-être de l’éviter. Il y a là une sorte de tabou, d’autant plus illogique que la mort est la seule absolue certitude que nous ayons sur notre devenir. Comme on ne peut ni la nier, ni la rejeter, ni la supprimer : il faut donc l’accepter comme partie intégrante de la vie.

2- Nous croyons que nous pleurons nos morts, mais ceci est faux. Où qu’ils soient, les morts n’ont pas besoin de nos larmes. Nous pleurons sur nous-mêmes, car la disparition de ceux que l’on aime est comme une amputation à vif  de notre univers affectif.

3- Alors, pourquoi s’abandonne-t-on à la détresse ? Simplement parce que nous éprouvons un sentiment de culpabilité à la pensée que nous sommes encore en vie alors que l’autre ne vivra plus. Inconsciemment, pour se punir de ce que nous considérons comme injuste, nous nous plongeons dans la douleur de manière obsessionnelle. Et quand, par hasard, on arrive un peu à oublier le disparu, on éprouve alors un autre sentiment : celui de ne plus se sentir assez coupable ! Nous entretenons donc malgré nous notre douleur, poussés par une société dans laquelle la contrition, la punition et la douleur sont réputées rédemptrices.

4- A tout âge, en toutes  circonstances, la mort n’est jamais ni juste ni injuste, elle est simplement… inéluctable. Qu’elle soit subie, résultant d’une maladie, d’accident, qu’elle soit sagement consentie à la fin d’une vie, ou qu’elle soit souhaitée par un suicide, cet échappatoire salvateur d’une existence trop difficile.

5- Avant de naître nous n’étions rien. Le hasard nous fait naître sans que nous le voulions. Après la mort nous ne serons plus, par le même hasard qui fait que nous aurions pu ne pas être.

Dans beaucoup d’autres civilisations que la nôtre, il n’est pas d’usage de cultiver la douleur : on fait son deuil puis on continue à faire vivre les morts par le souvenir. À cet égard, les croyances ne changent rien à l’affaire :

- Soit nous croyons vraiment en Dieu, qu’avons-nous alors à redouter ? Notre âme est immortelle, le bonheur et le repos éternel nous attendent.

- Soit nous n’y croyons pas et nous constatons que nous ne sommes d’abord qu’un assemblage d’atomes empruntés au tableau de Mendéléive le temps d’une trop courte vie. Un jour incertain, ce qui est dans l’ordre des choses, nous devions les rendre à la nature,.

Alors ami, que peut-on concrètement faire ? Sur l’instant… ce n’est jamais simple, car on est bien incapable de réfléchir sainement.
Cependant très rapidement, tu penseras aux cinq bonnes raisons indiquées plus haut. Alors tu pourras faire ton deuil en pensant simplement au cher défunt comme s’il était vivant à notre mémoire.

Imaginons un instant que, l’angoisse des derniers instants passée, notre disparu puisse nous dire ce qu’il pense de l’état de malheur et de détresse qu’il occasionne sans le vouloir… Il dirait à l’évidence :

« Enfants, parents, chers amis, séchez sans scrupules ces larmes inutiles. Conserver-moi seulement votre tendresse, pensez à moi aussi souvent que possible, surtout lorsque mon souvenir peut vous aider. Rappelez-vous tous les bons moments que nous avons eu la chance de partager ! Vivez pleinement, soyez heureux, renouez vite avec la communauté des hommes et des femmes, car… tant que vous penserez encore à moi : assurément, je continuerai à vivre ! »

Notre seul véritable trésor étant la vie, nous avons le devoir de l’honorer sans cesse, de bannir la tristesse, de vivre le mieux possible, y compris avec la présence bienveillante, le doux et constant souvenir de ceux que nous aimons et qui ont, avant nous, rejoint la grande chaîne humaine de nos ancêtres et de nos amis, depuis la nuit des temps.

Le souvenir des amis défunts m’est doux et agréable. Je les avais comme si je devais les perdre un jour. Je les ai perdus et c’est comme si je les avais toujours.
JN

Information pratique :
Le texte ci-dessus peut être lu dans tous les lieux de culte ou de recueillement. Il ne nécessite aucune préparation particulière.
Il y a, bien entendu mieux à faire, c'est de réaliser soi-même une petite vidéo souvenir se présentant sous la forme d'un DVD comme celui-ci dessous. C'est facile, et à la portée de tous, même lorsqu'on n'a aucune connaissance en multimédia ou en micro-informatique... Plusieurs articles du blog donnent des recommandations à ce sujet.
Exemple : le DVD de ma mère



Par Jacques NOZICK - Publié dans : Réflexions sur la fin de vie - Communauté : Vos vies, les vôtres ...
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Vendredi 28 décembre 2007
L'avis de Papi

Si le plaisir est bien le but fondamental de nos existences (voir : « Le bout du chemin»), celui d’être grands parents est un des plus irremplaçables.

Cependant pour atteindre cet état de grâce, il faut avoir eu l’opportunité de traverser sans douleur les épreuves de la vie. Lorsqu’on n’a pas eu cette chance, après avoir raté son mariage, ses enfants ou sa vie professionnelle et sociale, il ne sera pas aisé de réussir une belle carrière de grands-parents. D’autant que celui qui a été un mauvais mari, un mauvais père, un médiocre citoyen, a peu d’atouts pour avoir la vocation de grand-père, rôle qui nécessite un minimum de générosité, de tolérance et même d’abnégation.


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Notons cependant que les étapes "matrimoniales" et "paternelles" ne sont pas toujours indispensables. Nous connaissons des célibataires conscients de l’adage : « il vaut mieux n’être pas marié que mal marié », qui sont cependant touchés par la grâce de la grand-parternité, bien qu’ils ne soient qu’oncles ou tantes.

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En dehors de la famille proche, il n’est pas simple d’établir avec les jeunes enfants un rapport de totale confiance, de connivence intellectuelle et affective. Lorsqu’il s’établit, ce lien privilégié est un bonheur incomparable qui fait paraître dérisoire la course aux vanités qui a largement guidé nos existences comme le statut social, l’argent, les honneurs. D’autant qu’avec l’âge, la sagesse et la tolérance aidant, on passe de la position d’acteur, à celle d’observateur bienveillant et amusé du monde. Cette distanciation apaisante nous met à l’abri de trop d’illusions, y compris sur nos chers bambins que l’on a tendance à parer de toutes les qualités… Nous savons qu’ils deviendront des adolescents ingrats, de jeunes adultes indifférents, bref qu’ils nous quitteront, à moins que ce soient nous, grands parents qui leur faussions compagnie prématurément.

En attendant, jouissons du privilège de notre génération du papy boom (voir l’article: « Une autre vie à inventer » et le site : www.egpe.org destiné aux grands-parents) pour goûter au suprême bonheur d’être grands-parents, car dans ce domaine plus que dans d’autres : plus on donne et plus on reçoit !
JN


L'avis des petits enfants ...

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"C'est grâce à nous... que Papi et Mamie peuvent s'énorgueillir du statuts de grands-parents, sinon ils ne seraient que des vieux... "



idem pour notre oncle Damien qui, sans nous, ses neveux, ne serait qu'un célibataire endurçi coincé derrière son Mac.







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Sommes-nous "au niveau" ?

Pour nous, les petits-enfants, c'est évident ! Quelle question
stupide qui ne mérite comme seule réponse que je vous tire la langue...



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... Il est normal que nous soyons au niveau, avec un Papi présentant autant de talents... pour l'équitation !








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... et qui s'occupe si bien de notre éducation et nous montre des choses tellement intéressantes !






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"Encore plus fort !

C'est toujours grâce à nous que Pépé Pierre et Mémère Marie ont droit au statut d'arrière grands-parents !!!












Par Jacques NOZICK - Publié dans : Philosophie pratique - Communauté : papierlibre
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Mercredi 26 décembre 2007
Ce texte est le résumé d'une conférence (Power Point) donnée sur le thème de l'écriture

Brève histoire d’une civilisation de l’écriture

Rien ne nous semble plus simple et plus anodin que d’écrire. Cependant cette facilité extrême n’a pas toujours été. Avant la fabrication industrielle du papier, les seuls supports disponibles étaient le papyrus (qui se conserve mal), puis le parchemin (très coûteux), et le seul mode de reproduction était la copie. Quand on pense qu’il fallait plusieurs centaines de peaux veaux pour confectionner une bible, on mesure combien l’écrit était un luxe inouï. La rareté de l’écrit a eu des conséquences considérables dans l’élaboration de la pensée occidentale. Pendant tout le moyen âge, l’église ayant un quasi-monopole dans la copie des textes, n’a reproduit que ceux utiles à sa doctrine. Ainsi, des  textes d’une valeur inestimable ont à jamais disparu (pillages, inondations, incendies…), c’est l’exemple des 300 textes d’Epicure dont il n’est resté, par hasard, que trois lettres reproduites dans une histoire de la philosophie.
En ce qui concerne la reproduction des textes, l’imprimerie a été une révolution sans précédent permettait des tirages importants à moindre coût, mais son élaboration, à partir de caractères mobiles empilés était fastidieuse.
Le XX ème siècle voit l’apparition d’une succession d’outils qui révolutionnent notre manière d’écrire ou prolongent l’écrit manuscrit : la machine à écrire, le télex, le téléphone, la photocopieuse, le fax, le traitement de texte, les imprimantes personnelles, enfin l’internet avec son cortège d’applications dont l’e mail n’est pas la moindre.
Dès l’apparition de la micro-informatique, une nouvelle révolution encore plus radicale apparaît : c’est l’adjonction de l’image fixe à l’écrit, puis la voix et l’image animée. Ce qui donne lieu au multimédia, c’est-à-dire à la convergence de modes d’expressions restés longtemps indépendants comme : l’écriture, la voix, la photo ou le cinéma.
La numérisation offre un «dénominateur commun » à toutes ces techniques complémentaires, au point de faire naître des modes d’expressions nouveaux, dont nous  commençons seulement à mesurer combien ils sont devenus incontournables. Notons cependant que ces nouveaux modes d’expression ne se substituent tout à fait pas à ceux qui leur ont donné naissance. Parmi ceux-ci, l’écriture occupe toujours une place prépondérante, quels que soient les outils qu’elle utilise ou l’objectifs qui lui est assigné.


L’envie d’écrire… pour soi : de la distraction à la thérapie

Nul besoin d’être un grand penseur, un poète tourmenté ou un auteur à succès pour écrire. Nous écrivons tous. C’est généralement dans un but utilitaire de la liste de courses, à la lettre au percepteur. Cependant beaucoup de gens négligent que l’on peut aussi écrire pour le pur plaisir, pour soi ou pour un cercle privé limité :
- Journal personnel où l’on note de temps à autre quelques idées
- Constitution d’un recueil personnel de citations, maximes ou proverbes
- Notes de lectures pour ne pas oublier
- Rédaction de petites histoires pour ses petits-enfants
- Réflexions sur un thème intéressant (historique, philosophique, politique…)
- Testament « philosophique »
- Simple conservation d’un courrier important que l’on a rédigé (message de sympathie, de condoléances…)
Sans doute les occasions d’écrire à des tiers ont considérablement changées depuis l’avènement du téléphone, du fax, du portable ou du courriel. Cependant ces modes de communication sont du domaine de l’instantané, du fugitif.
Dès que l’on aborde l’intime, la réflexion élaborée, voire l’introspection, la feuille de papier et l’écriture restent des moyens incontournables. Le travail d’écriture peut même aller jusqu’à une forme de dialogue avec soi-même, et procurer à moindre coût une sorte de thérapie salutaire. 
La qualité purement littéraire importe peu. On apprend à écrire en écrivant. Au début on n’ose pas trop, puis les idées viennent, le  style se forme, et l’on finit souvent par être surpris de ce qu’on a réussi à écrire. Notons qu’il existe des « ateliers d’écriture » qui donnent des bases et une méthode, par exemple : www.aleph-ecriture.fr .

Ecrire pour les autres : le besoin de communiquer

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Lorsqu’on aspire à dépasser largement la sphère privée, la fonction de l’écriture change radicalement. Si l’objectif est une communication restreinte et personnelle, la formule très populaire du blog peut être opportune, même si l’on  y trouve le meilleur comme le plus affligeant. Si l’objectif est une publication romanesque, technique ou dans tout autre domaine, les enjeux deviennent rapidement économiques, éditoriaux, publicitaires… La bienveillance que l’on peut avoir avec soi-même dans une écriture intimiste n’est plus de mise.
L’évolution technique a cependant permis à l’écriture personnelle de devenir publiable à des coûts raisonnables pour un nombre d’exemplaire limités.

Les surprenantes réappropriations de l’écriture et les nouvelles formes de publications.

Écrire un roman, un ouvrage technique, une biographie ou une thèse est désormais à la portée de tout utilisateur de micro-ordinateur. L’imprimer avec une qualité excellente est également facile. Le talent ou la compétence restent, bien entendu, indispensables.
C’est pourquoi on assiste à une augmentation considérable du nombre d’ouvrages publiés, mais aussi refusés. Les maisons d’éditions sont en effet soumises à des impératifs de rentabilité financière les obligeant à limiter leurs publications à des ouvrages susceptibles de rencontrer un minimum de lecteurs.
À la faveur de l’évolution technique dans la fabrication en petites séries, de nouvelles formes d’édition voient le jour et sont accessibles par internet. On peut citer par exemple : www.jepublie.com , ou www.manuscrit.com
Il est même possible de faire de l’édition virtuelle, c’est-à-dire une mise en ligne d’ouvrages sous format PDF, que l’on appelle aussi e-book, c’est ce que propose un site comme www.numilog.com 
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L’expression multimédia mise à la portée de tous pour témoigner, raconter…

Le multimédia, avec en particulier la TV et internet, a pris une place prépondérante dans la manière de nous distraire et de nous informer. En à peine plus d’une génération, nous sommes passés d’une civilisation de l’écrit à une civilisation de l’image. Chaque particulier peut désormais fabriquer de l’image (fixe ou animée)  avec un simple appareil photo numérique.
Bien entendu, il ne suffit pas de stocker de l’image pour prétendre à une forme nouvelle d’expression multimédia. Il sera, en effet, toujours nécessaire de concevoir un scénario, d’organiser ces images, de les commenter soit vocalement, soit en y ajoutant des textes qui souligneront le sens particulier de certaines images. Elles-mêmes seront mises en valeur par toutes sortes de moyens connus dans les techniques cinématographiques (transitions, zoom, recadrage…). Or ces moyens sont désormais facilités par le traitement numérique des images, des sons et des textes, grâce à des logiciels de montages pour amateurs ou professionnels.
L’expérience montre cependant que le particulier atteint vite ses limites (faute d’expérience, de temps ou des outils logiciels), s’il veut maîtriser seul toutes les techniques nécessaires pour la numérisation et le montage de ses documents numériques et surtout analogiques (photos papiers, diapos, vidéo VHS, film 8 mm…).
C’est pourquoi sont apparues sur le marché de nombreuses offres accessibles par internet, de sauvegarde des films anciens (8 mm, VHS…), ou de reportages personnels proposés aux clients sous la forme de DVD. Cependant ces offres concernent plus le stockage que l’expression personnelle.
En revanche, un service nouveau qui apporte une véritable « valeur ajoutée » et permet aux clients de devenir l’auteur de leur propre DVD grâce à une méthode originale comme celle proposée par Galilée Production. Cette méthode leur facilite la sélection, le repérage et la mise en situation de tous leurs documents personnels, comme pourrait le faire un professionnel construisant un scénario. Elle est constituée d’un « mode d’emploi » et grilles qu’il suffit de compléter.

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On pourra trouver des exemples de DVD personnels à réaliser pour une biographie, à l’occasion d’un mariage, d’un anniversaire important… sur le site .

L’intérêt de cette méthode associée au service du prestataire est de libérer totalement le client de toutes les contraintes techniques. Il lui de manifester un véritable talent personnel, non seulement par la pertinence de son choix de documents, mais aussi par la dimension poétique, philosophique ou amicale qu’il peut incorporer lors de la phase de préparation qu’il aura toute liberté de peaufiner, en fonction de la méthodologie de Galilée Production. Notons que cette phase de préparation, étant entièrement réalisée par le client lui-même, permet un coût du DVD réduit. Il s’agit là d’un véritable travail d’écriture personnelle, le DVD devenant le « livre multimédia personnel ou familial » par excellence, parce qu’à la fois économique, facile à dupliquer, et très convivial

Cliquer : pour visionner un exemple d'écriture multimédia.

JN

Par Jacques NOZICK - Publié dans : DVD personnel et familal - Communauté : Ecrire
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Mercredi 26 décembre 2007

Il y a très longtemps, il y avait une reine qui s’était mise à adorer les oignons. A cette époque ils étaient aussi délicieux que les pommes les plus douces et on pouvait les éplucher sans pleurer. La reine Pétaude en mangeait au petit-déjeuner en confiture, à midi en rondelles, au dessert en gâteau avec du miel et le soir en soupe.

La consommation d’oignons, qui aurait pu se limiter à la reine se généralisa bientôt à l’ensemble des courtisans. En effet, chacun essayait de s’attirer la bienveillance de la souveraine en faisant semblant de partager la même passion. Certains se présentaient à la cour en arborant de superbes colliers en petits oignons blancs, d’autres se faisaient des coiffures très recherchées en forme d’oignon. D’autres enfin, les plus menteurs, commençaient leurs discours par la formule « foi de mangeur  d’oignons ».

Cependant cette mode n’était pas sans conséquences fâcheuses. De fréquentes manifestations bruyantes et souvent nauséabondes survenaient de manière intempestive, ce qui faisait rire très fort les courtisans. De curieuses habitudes apparurent : à chaque fois qu’une personne émettait un pet, elle devait immédiatement sortir de sa poche une jolie boîte appelée « oignonnière » et offrir à ses voisins quelques oignons en disant : « à la santé de notre bonne Reine » !
Un professeur de bonnes manières eut l’idée d’ouvrir un cours où l’on pouvait apprendre à péter sans bruit. D’ailleurs on inventa un mot plus joli pour dire pet, ce fut le mot flatulence (les courtisans pliés en deux disaient : flat…hu…lence, abréviation de l’expression « flatter son excellence ».
Un philosophe publia une communication à l’Académie pour expliquer que si l’odeur est consubstantielle du bruit, c’est parce que, dans sa grande miséricorde, Dieu a pensé aux sourds qui, s’ils sont privés de l’ouïe, ne le sont heureusement pas de l’odorat.
Enfin, une haute distinction fut distribuée aux personnes les plus méritantes : l’Oignon d’Honneur, sorte de petit ruban que les gens mettaient fièrement au revers de leur habit.
Cette folie généralisée avait envahi la cour et même tout le royaume car les bourgeois qui aiment tant imiter les gens de la cour, commençaient à s’offrir aussi des oignons. Le pire était que, lorsqu’il y avait pénurie d’oignons, ils s’offraient aussi des gousses d’ail.

L’odeur des oignons, des pets et de l’ail était parfois difficile à supporter pour les âmes sensibles. Or il y avait une princesse très délicate qui ne supportait plus ni l’odeur, ni le goût, ni même la vue des oignons. La princesse restait enfermée dans sa chambre comme une recluse et dépérissait. Un jour, elle tomba gravement malade et il fallut appeler sa marraine pour la soigner. Or, comme chacun sait, les marraines des princesses sont souvent des fées (ce qui arrange bien les choses…).
Quand la bonne fée vit combien la pauvre princesse était pâle et tremblante, elle comprit aussitôt que cette indisposition était due aux oignons. Elle réfléchit que la seule solution pour sauver la princesse était de trouver une manière d’en dégoûter au moins les courtisans.
Elle pensa d’abord rendre les flatulences encore plus nauséabondes. Malheureusement la pauvre princesse risquait de dépérir avant même que les courtisans les plus obstinés ne s’en détournent. Puis elle se dit que, puisque les oignons les faisaient rire lorsqu’ils pétaient si outrageusement, il deviendrait amusant que d’un coup de baguette magique, ils les fassent désormais pleurer !

Subitement tous ceux qui épluchaient ou mangeaient des oignons, sans comprendre pourquoi, se mirent à verser toutes les larmes de leurs corps. Les courtisans, qui continuaient à péter, ne riaient plus du tout, mais poursuivaient bêtement à s’offrir des oignons en disant toujours : « à la santé de notre bonne reine » pour ne pas la désobliger !

La reine Pétaude, qui ne savait pas d’où venait le sort jeté à ses précieux légumes, ne décolérait plus. Comme elle était vexée qu’on s’attaque à sa passion des oignons, elle continuait d’en manger, comme si son obstination royale était de nature à les rendre de nouveau inoffensifs.
Au bout de trois jours, elle avait versé tant de larmes qu’elle s’était presque desséchée. Les médecins réunis autour de son chevet la supplièrent de se montrer plus raisonnable. Ce fut hélas peine perdue tant était grand son aveuglement. Avant de mourir elle lâcha un ultime pet et eut ce mot devenu historique : « Femme qui pète n’est pas morte ». Un quart d’heure plus tard, en avalant un dernier oignon, elle rendit son âme à Dieu.

Aussitôt les courtisans, exténués d’avoir tant pleuré, jetèrent leurs oignons à la poubelle et se mirent à rire pendant qu’on enterrait leur reine. La belle princesse retrouva son teint  de rose et sa santé. Quelque temps après un prince charmant qui passait par là en devint éperdument amoureux, Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants qui avaient horreur des oignons.

Quant à la reine Pétaude, personne ne la regretta car c’est à cause d’elle que, aujourd’hui encore, les oignons continuent de nous faire tant pleurer.

J. N.
Par Jacques NOZICK - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : papierlibre
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Mercredi 26 décembre 2007


Autant pour la réputation de cette séculaire institution que constitue notre Sainte Mère l’Eglise, que pour la crédibilité que l’on accorde à certaines pratiques scientifiques, il est heureux que cette affaire n’ait jamais été ébruitée.

Tout commença de manière très anodine par des réclamations au sujet d’hosties que plusieurs paroisses avaient retournées en raison d’un arrière-goût quelque peu désagréable mais que l’économe s’obstinait à considérer comme parfaitement utilisables, mais. Compte tenu du prix assez dérisoire de ces produits, il aurait été fort simple de les jeter, ce qui aurait évité certaines conséquences fâcheuses. C’était hélas sans compter avec les caprices de l’âme humaine, qui affectent même les serviteurs de dieu les plus zélés.

La cause du mauvais goût du stock incriminé fut aisément identifiée : c’était l’humidité due aux pluies incessantes des derniers mois qui avait qui avait pénétré à l’intérieur des paquets. En revanche, personne ne voulut prendre la responsabilité de passer outre l’obstination de l’économe qui considérait que seulement quelques paquets du lot étaient endommagés, et qu’il suffisait de les goûter et d’en faire le tri. Enfin pour conforter sa position, il prétendit qu’il était de toute manière impossible de jeter des hosties comme un vulgaire produit de consommation défraîchi, en raison de la nature même de leur destination sacrée et hautement symbolique. Il pensait avoir le dernier mot en utilisant des arguments aussi incontournables, hélas chacun se mit à donner son avis. Pour les uns le fournisseur avait mal emballé la sainte marchandise, pour d’autres commander à l’avance une année de consommation d’hosties n’était pas la meilleure manière d’en garantir la fraîcheur. Tant et si bien que cette affaire que l’on aurait pu considérer comme dérisoire attisèrent les vieilles rancoeurs et devint bientôt insoluble.

On pensa alors, pour lui trouver un prompt remède, à constituer un groupe de réflexion, cependant, comme l’affaire des hosties avariées auraient pu paraître ridicule, on lui adjoignit une ou deux louables questions de principe. Ainsi transcendé, l’objet du débat devint : « Comment améliorer l’environnement matériel de l’eucharistie pour augmenter la fréquentation des églises ».

Dès le début des discussions, certains voulurent élever le débat :
« Très estimés collègues, vous n’êtes pas sans savoir que notre chère église Apostolique et Romaine traverse une sombre période. Les séminaires sont désespérément vides et les fidèles désertent nos églises. Dans ce contexte affligeant, vous avez tous entendu parler de cette fâcheuse histoire d’hosties douteuses, qui, à elle seule ne justifierait pas la présente réunion, si elle ne contenait les symptômes hautement symboliques de certains… dérèglements. Avant que nous entrions dans le vif du sujet, sans doute serait-il utile que chacun puisse exprimer un avis ».
- Je vous remercie mon père, et puisque vous avez la bonté de me donner la parole, je reconnais volontiers que notre église traverse une crise sans précédent. Nous devons redonner confiance dans le message du Christ. Voilà ce que j’ai à dire !
- La question qu’il faut se poser est : pourquoi les gens s’écartent de la foi ? Pourquoi la religion n’est plus « l’opium du peuple ? » ce que longtemps elle fut.

Il y eut alors un étrange silence dans l’assistance, puis quelqu’un répliqua :
- Je crois, messieurs, que nous nous égarons. Cet « opium du peuple » inventé par les ennemis de la foi est une expression caricaturale. Que je sache nous n’apportons pas de drogue lors de l’eucharistie, mais le symbole de la présence divine. Nous donnons l’espoir d’une vie future, grande consolation aux misères d’ici-bas. Mais revenons, je vous prie à nos hosties douteuses…
- Moi je veux bien que nous parlions de nos hosties rancies, mais n’oublions aussi pas nos tristes églises, indignes d’être les maisons de Dieu, de nos pauvres  prêtres qui ne font aucun effort d’imagination et qui rabâchent chaque dimanche les mêmes lieux communs. Comment voulez-vous, dans un tel contexte, séduire de nouveaux adeptes ? Et pour se limiter aux hosties, pensons d’abord à la signification de l’eucharistie pour les croyants ! Recevoir le Seigneur devrait faire éprouver une satisfaction mystique si grandiose qu’elle devrait rendre accessoire le goût de l’hostie. Cependant force est de reconnaître que pour l’immense majorité des gens, englués dans leur matérialisme quotidien l’arrière-goût des hosties peut être le grain de sable qui perturbe le miracle de l’eucharistie, et qui instille le doute. Voilà ce que j’ai à dire.
- Si vous permettez de poursuivre votre pensée, je crois qu’il serait utile de parfumer nos hosties. Leur donner une saveur discrète autant qu’agréable qui rappelle inconsciemment à celui qui la reçoit que Dieu est aussi bon sous l’angle gustatif.
- Mes amis, je crois que nous nous égarons. S’il est vrai que Dieu est amour, ce serait quand même blasphémer que de penser que l’on peut l’agrémenter au chocolat, à la pistache ou à la vanille !
- Nous n’irons sans doute pas jusque-là, mais il y a quand même quelque chose à retenir dans cette proposition. J’irais jusqu’à dire que si la science, la technique, pouvaient nous venir en aide, nous aurions mauvaise grâce à ne pas l’accepter.
- Mais mon père, science et religion n’ont jamais fait très bon ménage…
- Sans doute, mais reconnaissez qu’à posteriori nous avons toujours eu tort face à la science. Souvenez-vous de Galilée et de toutes les fois que nos bons pères se sont couvert de ridicule en s’accrochant à des dogmes d’un autre âge. C’est pourquoi, dans le cas présent, nous pourrions aller de l’avant. Je propose donc que ceux qui le souhaitent réfléchissent pendant quelques jours, nous nous retrouverons ici même pour échanger nos idées ».
-
Une semaine plus tard, des dix-huit participants à la première réunion, il n’en restait plus que neuf. Les récalcitrants avaient fort heureusement abandonné la partie.
- Mes frères, puisse le Saint Esprit éclairer nos réflexions. Avant de vous entendre à tour de rôle, unissons-nous dans la prière… père Charles, vous êtes notre doyen, et sans doute le plus sage d’entre nous, il vous revient le privilège de lancer le débat.
- Mes très chers frères, je suis sensible à votre gentillesse, bien que je sache que l’âge apporte plus de rides que de sagesse. Ce n’est d’ailleurs pas tant de sagesse que nous avons besoin, mais bien d’imagination : comment rendre plus belles nos églises, plus attrayante notre foi, plus heureux nos fidèles, et… plus savoureuses nos hosties ? Je passerai donc la parole au plus jeune d’entre nous, en lui recommandant, ainsi qu’à vous tous mes frères de donner libre cours à sa créativité. Nous ferons ensuite le tri entre les idées farfelues, le possible et l’improbable. A vous cher François.
- Puisque le père Charles nous le recommande, je ne vais pas hésiter à vous faire part des idées que plusieurs d’entre nous ont déjà eues cette semaine. Nous avons pensé qu’agrémenter les hosties de quelques saveurs pose un certain nombre de problèmes. Il n’existe pas, en effet de goût standard : certains adorent le chocolat ou la cannelle, d’autres détestent. Certains parfums pas assez orthodoxes sont aussi à éviter comme, par exemple ceux du rhum, ou de la menthe. Par ailleurs, l’objectif étant de rapprocher le communiant de la présence divine, la question qui se pose est de trouver la saveur qui évoquerait le plus la présence divine. Dans la mesure où nous trouvons cette saveur, il serait utile de rechercher les mécanismes psychologiques qu’elle peut induire, de vérifier quel contentement en retire les fidèles. L’idéal serait qu’il se produise une sorte d’accoutumance par laquelle la communion devienne un instant de bonheur recherché par les croyants et pourquoi pas par des profanes qui pourraient s’accoutumer à nos pratiques. Qu’en pensez-vous, père Charles ?
- Hé bien mon jeune ami, je suis dans la plus totale confusion… je ne sais pas si ces réflexions vous sont inspirées par le bon Dieu ou par le diable. Comme il paraît que ce dernier n’existe plus, ce qui est fort regrettable car il était bien pratique… je voudrais croire que c’est le Saint Esprit qui pousse à aller de l’avant. J’aimerais cependant vous donner un conseil : essayez tout ce que vous voulez, la fin justifie les moyens, ce qui sera bon pour notre église sera bien pour notre Seigneur, mais attention qu’aucune de vos tentatives ne soit divulguée avant de recevoir l’approbation de notre hiérarchie. Imaginez un instant comment des esprits mal intentionnés pourraient utiliser contre notre sainte institution certaines informations confidentielles… »

Les participants s’engagèrent à la plus totale discrétion, et les rôles furent distribués au mieux des compétences. Les mois passèrent sans que l’on entendît plus parler de cette affaire.

Les fidèles s’aperçurent à peine de quelques changements ici ou là. Personne ne remarqua que la couleur des hosties avait varié plusieurs fois. Pas plus qu’on ne sut déceler la nouvelle saveur de miel un peu poivrée que progressivement on ajouta aux hosties.

Certaines tentatives furent beaucoup plus hardies. On pensa par exemple aller jusqu’au bout de l’idée par laquelle il était souhaitable que la religion redevienne l’opium du peuple. On essaya d’adjoindre de la drogue dans la composition des hosties. Cette tentative fut un fiasco, car il s’averra indispensable, pour créer une accoutumance suffisante, d’intégrer une proportion substantielle d’une poudre blanche qui se révéla ruineuse, et qui n’engendra ni la foi, ni une fréquentation supplémentaire des églises. Tout au plus assista t-on à des scènes bizarres au cours desquelles certaines bigotes ressentirent une irrépressible envie de communier plusieurs fois de suite, et même, ce qui causa l’arrêt de l’expérience : de dérober des hosties dans le calice du curé.

De tous ces problèmes, personne n’entendit jamais parler, car il n’est pas d’usage d’étaler sur la place publique ses erreurs ou ses échecs. Il y aurait pourtant été fort utile d’en tirer quelques enseignements. En particulier de répondre à une grande question : pourquoi, devant la bonne volonté de ses serviteurs, et devant leur confusion, Dieu n’a-t-il pas daigné intervenir ? Force est donc de reconnaître la totale indifférence divine non seulement aux problèmes de la qualité intrinséque des hosties, mais aussi et surtout à la fonction primordiale de la communion, par laquelle les pauvres mortels que nous sommes se donnent tant de mal pour entrer en communication avec Dieu.

L’eucharistie étant le fondement de notre pratique religieuse, si cette cérémonie était vidée de son sens, ceci pourrait provoquer des conséquences désastreuses pour la crédibilité de notre Sainte Mère l’Eglise que nous chérissons, et pour son rôle d’intermédiaire entre Dieu et nous, que certains ne se priveraient pas de remettre en cause.

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Par Jacques NOZICK - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : papierlibre
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Mercredi 26 décembre 2007
Introduction

La principale œuvre  de Casanova  est sa vie elle-même. Ce n’est que par le travail de la mémoire et de l’écriture de ses souvenirs quelle nous est accessible et constitue un témoignage irremplaçable sur le Siècle des Lumières.

Casanova n’a d’ailleurs pas vécu une vie, mais plusieurs dans lesquelles on trouve un personnage  qu’aucun qualificatif ne permet de caractériser simplement. Il fut à la fois : abbé, militaire, roturier reçu par les grands du monde, faux chevalier, libertin, généreux, fidèle, érudit, aventurier, chevalier d’industrie…

Notre seule ambition ici est de donner quelques repères sur le personnage, et  si possible de donner envie de mieux le connaître et de le lire.

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Quelques repères dans sa vie


Jacques Casanova est né en 1725 à Venise de parents comédiens. Jusqu’à l’âge de 9 ans il est élevé par sa grand-mère maternelle, puis il sera placé en pension chez un abbé Pozzi auprès duquel il se révélera un élève brillant. Il fait à Padoue des études de droit et de théologie, où il reçoit le grade de docteur. Pendant quelques mois, il sera abbé, obtiendra à Rome une place de secrétaire auprès du cardinal Acquaviva.

A la suite d’une étourderie et d’un manque évident de vocation ecclésiastique, il devient militaire au service de la République. Il va à Corfou puis à Constantinople, où à chaque fois son sens de l’opportunisme lui permet de tirer avantage de la situation. N’ayant pas non plus la vocation de militaire, il retourne à Venise, où il trouve un emploi de subsistance comme joueur de violon au théâtre San Samuel.

Il a 21 ans lorsqu’il fait la connaissance du sénateur Bragadin à qui il sauve la vie. Celui-ci le considérera comme son fils et lui permettra de mener une vie de seigneur libertin. Cette existence dissolue de joueur et de libre-penseur le fera enfermer à 30 ans dans la prison des Plombs du palais des doges, dont il s’échappera d’une manière rocambolesque 14 mois plus tard.

 Sa vie d’errance va commencer au travers de l’Europe : Paris, Hollande, Suisse, Londres, Saint Petersbourg, Vienne, Paris, Dresde, Berlin, Prague, enfin à l’âge de 60 ans, il échoue à Dux en Bohème, où le comte de Waldstein lui propose un emploi de bibliothécaire dans son château. C’est là que, par désœuvrement, il écrira pendant 13 ans, jusqu’à sa mort en 1798.

L’essentiel de ce que l’on connaît du personnage est contenu dans ses mémoires ou dans sa correspondance. Depuis quelques années plusieurs générations de “ casanovistes ” rassemblent une précieuse matière complémentaire sur le personnage et le XVIIIe  siècle.


Portrait du personnage

Description de Casanova à 24 ans par G. B. Manuzzi, indicateur de la république de Venise
T2 p 1003
Description de Casanova à 60 ans par le Prince de Ligne, oncle de son protecteur le comte de Waldstein
T3 p 1162


CASANOVA : le libertin vertueux

Dans le langage commun, un “ Casanova ” est un séducteur de carnaval. Ce malentendu est le résultat d’une méconnaissance du personnage dont on n’avait, jusqu’en 1960 qu’une vision déformée donnée par le texte dénaturé de ses mémoires, et par une vison puritaine de ce Vénitien hors des normes prépondérantes de la société catholique. Il est d’ailleurs assez amusant de constater que la majeur partie des ouvrages qui lui ont été consacrés ne soulignent que l’aspect sulfureux du personnage. L’extravagante personnalité de Jacques Casanova, chevalier d’industrie – J. Legras, Paris 1922 ; Le Don Juan de Venise : Casanova – J.  Lucas Dubreton, Paris 1955.

Cette réputation est soulignée jusqu’à nos jours pour des raisons “ commerciales ” par des auteurs médiocres : les aspects scandaleux de Casanova font plus facilement vendre que son caractère d’hédoniste vertueux, voire de moraliste, de sage, ou d’extraordinaire témoin du XVIIIe siècle. Le dernier ouvrage de Ph. Sollers en est un exemple consternant .

Ce qui est remarquable chez Casanova, ce n’est pas son côté libertin, fort commun au Siècle des Lumières comme aujourd’hui d’ailleurs, c’est la relation qu’il en fait. Il analyse la volupté, débusque les préjugés, souligne l’hypocrisie, révèle enfin la beauté des sentiments. Sans doute n’a t-il pas de scrupules inutiles pour justifier quelques actions contestables, mais du  moins ne se cherche t-il pas d’excuses ou de faux fuyants. Son honnêteté intellectuelle est assez inhabituelle pour que les puritains d’hier et d’aujourd’hui puissent en être choqué. Plutôt que de se délecter des aphorismes délicieux ou profonds de Casanova, de la liberté de ses considérations morales, ou simplement de la beauté de la langue française qu’il utilise. Il n’est pas surprenant que beaucoup ne retiennent du personnage que sa trivialité et son insolence, oubliant qu’il peut être vertueux à sa manière et montrer de nobles sentiments.


Péripéties du manuscrit

En avril 1798 Casanova tombe malade. Avant de mourir, il confie le manuscrit de  « l’Histoire de ma vie » à son neveu. Le manuscrit restera dans la famille de celui-ci pendant 24 ans et sera vendu pour une somme modique à l’éditeur Brockhaus qui en fera faire une traduction expurgée en allemand en 1822 par un professeur de Français (Jean Laforgue). Pendant plus de 120 ans, le texte du manuscrit restera inconnu. Les lecteurs ne disposeront que de traductions approximatives de l’allemand.  Ce n’est qu’en 1960, après avoir risqué de disparaître pendant la guerre, qu’il sortira des coffres de Brockhaus et donnera lieu à la première édition du texte original en français par les éditions Robert Laffont, rééditée dans la collection BOUQUINS.


L’écrivain

Casanova est un écrivain assez irrégulier qui ne connaîtra pas de grands succès durant son existence. Il a pourtant une surprenante facilité pour écrire en prose aussi bien qu’en vers. Sa production sera disparate : pamphlets, traductions, romans (Isocameron), écrits philosophiques, une comédie, et bien sûr une vaste correspondance. Notons qu’il utilise l’italien, le Français, et le latin. Il possède une considérable culture littéraire tant classique que contemporaine. Au XVIIIe siècle, le français étant la langue communément parlée par l’aristocratie européenne, sa maîtrise lui permettra d’être partout chez lui en Europe. Bien qu’elle ne soit pas sa langue maternelle, il la choisira cependant pour composer ses mémoires.

Sa renommé posthume ne tiendra qu’au résultat la thérapeutique que lui a conseillé son médecin le docteur O’Reilly : 
“ Ecrire mes mémoires a été le seul remède que j’ai cru pouvoir employer pour ne pas devenir fou ou mourir de chagrin au milieu des désagréments et des tracasseries que me font éprouver et que me suscitent chaque jour les envieux coquins qui se trouvent avec moi au château de Dux. ”

On trouve dans la langue de Casanova de superbes formules comme par exemple :
“ Tout ce que je me disais pour ne pas perdre l’espoir était que son amour n’était pas encore assez fort pour subjuguer son orgueil ”. T1 p 347

“ - Elle a de vilaines jambes.
- On ne les voit pas, monsieur, et après, dans l’examen de la beauté d’une femme, la première chose que j’écarte sont les jambes. ” T1 p 587

“ Je n’avais pas encore appris l’axiome que tant que le combat dure, la victoire est toujours incertaine ”. T1 p 73


Le voyageur insolite

Par envie, mais plus souvent par obligation, Casanova sera un perpétuel voyageur. Dans les premières années de sa vie, il voyage avec un besoin de découvertes : Rome, Corfou, Constantinople, Paris.

A partir de 1756, année de son évasion spectaculaire de la prison des Plombs, il va fuir. Il sera banni de Venise. Son exil le mènera par presque toutes les grandes villes d’Europe d’où il devra s’enfuir pour différents motifs (banqueroute, dénigrements, duel, libertinage…). Ce n’est que 18 ans plus tard qu’il pourra, en 1774, retourner dans sa patrie vénitienne. Pendant cette période, Casanova mettra au point une remarquable méthode pour obtenir des recommandations d’une étape à l’autre lui permettant une rapide intégration partout où il retrouve. Au cours de son errance, il pourra souvent avoir recours à son “ père adoptif ”, le sénateur Bragadin lorsqu’il sera en difficultés financières.

En 1782 il est l’objet d’une nouvelle disgrâce pour avoir publié un pamphlet. Il a alors 57 ans, c’est un aventurier vieilli qui tente par tous moyens de s’établir quelque part. Il échouera en 1785 comme bibliothécaire à Dux.

On notera que Casanova a vécu non seulement d’expédients (Mme d’Urfé) mais surtout de son travail. Il a même fait à Paris une considérable fortune. Avec un peu de prudence, il aurait plusieurs fois pu s’installer et profiter des opportunités qui s’offraient à lui. Mais comme il l’écrit lui-même : “ Elle me donna des leçons, et des conseils très sages que si j’avais suivis, ma vie n’aurait pas été orageuse, et par conséquent, je ne l’aurais pas aujourd’hui trouvée digne d’être écrite. ”  T1 p 59


Morale du bonheur, optimisme, épicurisme

Hédonisme :
« Cultiver les plaisirs de mes sens fut dans toute ma vie ma principale affaire ; je n’en ai jamais eu de plus importante. Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l’ai toujours aimé, et je m’en suis fait aimer tant que j’ai pu. J’ai aussi aimé la bonne table avec transport, et passionnément tous les objets fait pour exciter la curiosité. »
T1 p 7,

Optimisme :
« J’aimais, j’étais aimé, je me portais bien, j’avais beaucoup d’argent, et je le dépensais, j’étais heureux, et je me le disais, riant des sots moralistes qui disent qu’il n’y a pas de véritable bonheur sur la terre. C’est le mot sur la terre qui me fait rire, comme si on pouvait aller le chercher ailleurs. »

Réalisme :
« Pour ce qui me regarde, me reconnaissant toujours pour la cause principale de tous les malheurs qui me sont arrivés, je me suis vu avec plaisir en état d’être l’écolier de moi-même, et en devoir d’aimer mon précepteur ». p 10,

« Si le plaisir existe, et si l’on ne peut en jouir qu’en vie, la vie est donc un bonheur.  Il y a d’ailleurs des malheurs ; je dois le savoir. Mais l’existence même de ces malheurs prouve que la masse du bien est plus forte. » p  238,

 « La fourberie est un vice; mais la ruse honnête n’est autre chose que la prudence de l’esprit. C’est une vertu. Elle ressemble, il est vrai à la friponnerie, mais il faut en passer par là. Celui qui ne sait pas l’exercer est un sot. »

Réaction sentimentale alors qu’il vient de s’échapper de la prison des Plombs :
« J’ai alors regardé derrière moi tout le beau canal, et ne voyant pas un seul bateau, admirant la plus belle journée qu’on pût souhaiter, les premiers rayons d’un superbe soleil qui sortaient de l’horizon, les deux jeunes barcarols qui ramaient à vogue forcée, et réfléchissant en même temps à la cruelle nuit que j’avais passée, à l’endroit où j’étais dans la journée précédente, et à toutes les combinaisons qui me furent favorables, le sentiment s’est emparé de mon âme, qui s’éleva à Dieu miséricordieux, secouant les ressorts de ma reconnaissance, m’attendrissant avec une force extraordinaire, et tellement que mes larmes s’ouvrirent soudain le chemin le plus ample pour soulager mon coeur, que la joie excessive étouffait; je sanglottais, je pleurais comme un enfant qu’on mêne par force à l’école.»


Réflexion sur l’amour

Casanova est l’opposé du don Juan : il aime voluptueusement les femmes. Il ne séduit jamais pour abandonner, et s’il abandonne c’est avec des accomodements généreux.

“ Le séducteur de profession, qui en fait le projet, est un homme abominable, ennemi foncièrement de l’objet sur lequel il a jeté son dévolu. C’est un vrai criminel qui, s’il a les qualités requises à séduire, s’en rend indigne en abusant pour faire une malheureuse. ”
 T3 p 941

 « Qu’est-ce donc que l’amour? J’ai beau avoir lu tout ce que des prétendus sages ont écrit sur sa nature, et j’ai beau y philosopher dessus en vieillissant que je n’accorderai jamais qu’il soit bagatelle, ni vanité. C’est une espèce de folie sur laquelle la philosophie n’a aucun pouvoir ; une maladie à laquelle l’homme est sujet à tout âge, et qui est incurable si elle frappe dans la vieillesse. Amour indéfinissable ! Dieu de la nature ! Amertume dont rien n’est plus doux, douceur dont rien n’est plus amer. Monstre divin qu’on ne peut définir que par des paradoxes. »
T1 p 346

Le franc maçon

Casanova parlera peu de la franc maçonnerie où il sera initié à Lyon à l’âge de 25 ans. Il fréquentera de nombreux maçons, c’est d’ailleurs l’un d’eux, le comte de Walsdtein qui le recueillera à la fin de sa vie.

« Le secret de la maçonnerie est inviolable par sa propre nature, puisque le maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il ne l’a appris de personne. Il l’a découvert à force d’aller en loge, d’observer, de raisonner, et de déduire. Lorsqu’il y est parvenu, il se garde bien de faire part de sa découverte à qui que ce soit, fut-ce son meilleurs ami maçon puisque s’il n’a pas eu le talent de le pénétrer, il n’aura pas non plus celui d’en tirer parti en l’apprenant oralement.
T1 p 553, 554


L’érudit

Casanova ne parle jamais du considérable travail qu’il a dû assumer pour acquérir une érudition hors du commun. Dans tous les domaines il excelle ou pour le moins a de solides connaissances : littérature, droit, médecine (sa vraie vocation selon lui, qu’il connait mieux que nombre de médecins de l’époque), mathématique, ésotérisme, religions…


L’incrédulité   religieuse

La religion est le refuge des crédules et des esprits faibles qui ont besoin d’être pris en charge. Casanova s’amusera à en déceler les absurdités, car il est incrédule, libre, courageux et chercheur de vérité.
Casanova respecte les justes vertueux, fussent-ils religieux, mais il fustigera toujours les tartuffes, les dévôts et ceux nombreux, y compris parmi les princes de l’église qui exercent, sous couvert de religion, leur cupidité ou leur folie de puissance.

 T1 p 1147 Dialogue du Théologien et du Philosophe
« Si le livre d’Enoc est faux, l’histoire de la chute des anges est fausse, et si elle est fausse notre religion l’est aussi ; il faut donc abolir tout ou rien ; mais en abolissant tout il faudrait fermer la boutique, et c’est ce que vous ne ferez jamais, car vous me direz qu’il faut que vous ayez de quoi vivre. Je vous assure qu’à moins que vous ne changiez de métier je n’en vois pas la nécessité. L’église aurait bien voulu pouvoir ne jamais se démentir, et ne rien supprimer, mais elle s’y vit forcée, et par trop de contradictions insoutenables qui sautaient aux yeux de tout le monde, et par son propre intérêt, car ses vues furent toujours portées à la domination universelle du temporel plus en encore que du spiritue...

« Cette ascension au ciel d’un dieu créateur de l’univers est singulière par rapport à sa perpendicularité. Pourquoi n’est-il pas allé plutôt horizontalement? Est-ce parce que l’ascension perpendiculaire est la plus opposée aux lois de la gravitation? Il aurait pu aller à l’horizon parallèlement à la planète qu’il aurait voulu choisir. Monter, et descendre au ciel sont des mots impropres. Dieu devait savoir que cette terre n’est pas le centre de l’univers, et il le savait, mais ce sont les inventeurs de ces fables qui furent de francs ignorants. »
T1 p 1121


Le bilan d’une vie

Déchéance de la vieillesse
« ... j’avais perdu mon temps, ce qui voulait dire que j’avais perdu ma vie ; les vingt ans que j’avais devant moi et sur lesquels il me semblait de pouvoir compter, me paraissaient tristes. Ayant quarante sept ans, je savais que j’étais dans l’âge méprisé par la fortune...C’est en descendant que l’homme qui a passé sa vie dans les plaisirs fait ces sombres réflexions, qui n’ont pas lieu dans l’état de la florissante jeunesse, où il n’a besoin de rien prévoir... qui rit du philosophe qui ose lui dire que, derrière ce charmant horizon, il y a la vieillesse, la misère, le repentir toujours tardif et la mort. Si telles étaient mes réflexions il y a vingt six ans, on peut se figurer quelles doivent être celles qui m’obsèdent aujourd’hui quand je me retrouve seul. Elles me tueraient si je ne m’ingéniais à tuer le temps cruel qui les enfante... » 
T3 p 987

Casanova s’est vengé de sa déchéance par l’écriture. L’éternel voyageur lance un dernier pari qu’il réussit magistralement : se survivre.

J. N.

A lire :  pour découvrir l’auteur et le personnage : « Casanova, une insolente liberté » Félicien Marceau
Texte intégral : « l’Histoire de ma vie » Jacques Casanova coll. Bouquins - ed. Robert Laffont (3 tomes 1000 pages env. chacuns)

Par Jacques NOZICK - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : L'Avis des Eclectiques
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Samedi 22 décembre 2007
Pour ceux qui  souhaitent  transmettre à  leurs proches, leur histoire , celle de leur famille ou de l'un de ses membres, grâce à leurs documents personnels : photos, films anciens, vidéo, textes...

Cette page est une réponse à mes amis qui se sont demandés pourquoi et comment je me suis intéressé aux DVD personnels et familiaux, domaine d’activité pour lequel je n’avais jamais montré d’inclination particulière.



L’aventure du DVD personnel et familial. Comment ai-je été impliqué ?

Rien ne me destinait à m’intéresser à la conception et la fabrication de DVD, si ce n’est ma pratique du multimédia et de ses limites pratiques pour l’usager (voir article sur le câblage des logements), et mon savoir-faire « littéraire ».
Tout a commencé lorsque je me suis amusé à écrire successivement : une biographie de mon père, puis de ma famille, mon testament philosophique (voir reproduction sur le blog), et que je me suis mis à rechercher désespérément un moyen d’intégrer les innombrables documents que j’avais rassemblés sur ma famille.
Sur le marché, j’ai trouvé des prestataires pour :
  •  Écrire des biographies personnelles (ce que j’avais déjà fait tout seul)
  •  Numériser des documents sur CD ou DVD (films super 8, VHS, photos, diapos…)
  •  Réaliser des interviews vidéo (racontez vos mémoires…)

Cependant rien n’était proposé pour choisir, organiser, commenter mes documents suivant un scénario personnel.

Le hasard fait que j’ai une petite sœur prénommée Pascale qui est journaliste et s’occupe d’une petite société de production audiovisuelle, Galilée Production, qui dispose de tous les moyens techniques dont je pouvais avoir besoin, et qui a eu la gentillesse de me venir en aide.

J’ai réussi, avec l’aide des techniciens de Galilée Production à réaliser un superbe DVD retraçant l’histoire aventureuse de ma famille. J’aurais pu en rester là, si je n’avais montré ce DVD à quelques proches qui ont aussitôt émis de désir de faire pareil…

La solution qui s’est imposée

Le problème qui s’est aussitôt posé, c’est que mes amis, qui avaient de superbes documents familiaux, ne savaient pas comment les sélectionner, les classer, les numériser, les commenter, les illustrer musicalement et encore moi concevoir un scénario qui structure un peu tout ça.
Ayant passé un nombre considérable d’heures pour réaliser mon propre DVD personnel, je n’avais aucune intention (pas plus que ma sœur Pascale) de récidiver…
Or, considérant que l’amitié est une chose précieuse, j’ai décidé d’aider mes amis en leur donnant la méthode pour faire eux-mêmes le travail, en vertu du proverbe qu’il faut « non pas donner du poisson, mais apprendre à pêcher ». J’ai donc mis à profit mon expérience d’industriel (je suis un spécialiste des méthodes de fabrication industrielle, de l’analyse de la valeur, avec à mon actif une centaine de brevets d’invention, etc.).

J’ai mis à la disposition amicale de ceux qui le désiraient une méthode de conception qui s’est révélée simple (elle a été comprise par tous) et efficace (les prix des DVD se sont trouvés divisés par 4, par rapport à une prestation faite sans méthode par un prestataire quelconque).

Galilée Production qui n’a, au début fait que rendre service, a trouvé une nouvelle activité commerciale qui met à la portée de tous le DVD personnel et familial. Des exemples de réalisations sont accessibles sur www.galileeproduction.com

plaquette-2.png

Depuis un an Galilée Production, à la demande de ses clients, a fait évoluer le concept et propose des « formules » diverses concernant, outre les biographies, les mariages, les anniversaires, etc. L’expérience montre que la méthode peut, en effet être adaptée à toutes les circonstances et à l’imagination fertile de ceux qui, bien que ne voulant pas s’ennuyer avec les techniques multimédia ou informatiques qu’ils ne maîtrisent pas, veulent réaliser des œuvres originales sur DVD. Ce moyen étant le plus économique, convivial et le plus simple pour faire partager ses créations à ses proches. 

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Merci de  ne pas me contacter sur ce sujet car je ne suis aucunement impliqué dans l’activité commerciale de Galilée Production. Seuls m’intéressent désormais les aspects sociologiques et certaines applications nouvelles. Je pense en particulier à tout ce qui peut aider les gens à faire leur deuil (voir article « Deuil et douleur ») dans une société où la mort est évacuée. Je vais faire un prochain article sur ce thème intéressant le commun des mortels…


Ciquez pour visionner un exemple : "Extrait d'un DVD sur un anniversaire de 40 ans de mariage"


Par Jacques NOZICK - Publié dans : DVD personnel et familal - Communauté : Vos vies, les vôtres ...
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