Ce texte s'adresse ceux qui ont déjà accompli un long bout de chemin et qui souhaitent profiter pleinement des beaux jours de
la maturié. Elle peut aussi intéresser ceux qui ont envie de s'inscrir dans la durée, d'anticiper, afin de ne pas se retrouver un jour au bout de leur chemin, désolés d'avoir si mal vécu et de
devoir quitter la vie. Lorsqu'on a bien vécu toutes les étapes de l'existence, tirer sa révérence est autrement plus facile.
« Tant qu’il sera mortel, l’homme ne sera jamais vraiment décontracté » Woody Allen
L’opportunité d’une vie plus longue
Les conséquences sociales, économiques et humaines de l’allongement sans précédent de la durée de vie sont considérables. Certaines d’entre elles ont été largement médiatisées : financement des
retraites, avènement du marché des seniors, etc. D’autres nous obligent à une réflexion nouvelle d’ordre éthique, médical, juridique ou philosophique. On peut aussi s’interroger comment les
différents groupes d’âges vont cohabiter dans le futur et quelles vont être les relations qui vont s’instaurer entre eux ? En 2010, les plus de 60 ans seront plus nombreux en France que les moins
de 20 ans, et les familles connaîtront couramment 4 générations.
Ces quelques chiffres nous font prendre conscience qu’un certain nombre d’évolutions sont à attendre et qu’il serait sage de s’y préparer, tant sur le plan collectif que sur le plan individuel, car
selon le mot de Léonard de Vinci «
ne pas prévoir c’est déjà pleurer ».
Si l’implication collective n’est pas ici notre sujet, en revanche nous insisterons sur les aspects personnels qui nous concernent tous, et qui permettront au plus grand nombre une réflexion
sereine et lucide sur la vie qui nous attend, car c’est elle qui véritablement nous intéresse. En effet, la mort nous concerne peu tant que nous sommes vivants et encore moins lorsque nous ne
sommes plus. Sauf qu’avant d’arriver à ce passage vers un au-delà prometteur, une réincarnation ou le néant, nous avons constaté qu’il nous reste un chemin de plus en plus long à parcourir. Il est
en notre pouvoir que celui-ci soit le plus agréable et digne possible, si seulement nous avons la sagesse de l’anticiper.
La retraite : une nouvelle vie ?
Il est prudent d’aborder la retraite avec lucidité car cette nouvelle vie de loisirs perpétuels, et de liberté, comporte aussi quelques inconvénients. Elle constitue, au départ une rupture avec
la vie professionnelle. Certains de ceux qui l’abordent ont alors l’impression d’être devenus subitement inutiles. Ils souffrent de ne plus être gratifiés de la considération dont ils
bénéficiaient dans leur vie dite « active ». Heureusement la perte des repères habituels peut trouver des remèdes simples, mais elle nécessite une remise en cause et un minimum de réflexion sur soi
et sur le rapport que l’on peut entretenir avec les autres.
Dans un premier temps, le nouveau retraité tentera de s’adonner à tout ce qu’il n’avait pas eu le temps de réaliser, faute de loisir. Cependant, il est illusoire de penser que l’on peut supporter
longtemps une frénésie de voyages, de randonnées, de théâtre… afin de rattraper le temps perdu. Ces activités sont fatigantes, elles coûtent cher et peuvent même devenir lassantes, le bonheur ne
conquère pas à marche forcée. Souvent le retraité aspire rapidement à un peu de calme avec sa famille et ses amis.
L’âge et la sagesse aidant, on passera progressivement de la position d’acteur forcené d’un monde agité, à celle, plus tranquille de spectateur bienveillant. C’est à ce moment qu’il importe de
trouver une activité nouvelle, de partager avec autrui des moments de convivialité et de s’ouvrir aux autres. On s’aperçoit alors que les seniors peuvent avoir une réelle utilité, non pas
dans un rapport économique ou de compétitivité devenu inutile, mais dans une relation altruiste. Beaucoup découvrent bientôt avec bonheur que « plus on donne, plus on reçoit ».
C’est précisément pour répondre à ce besoin d’échange cordial que de nombreuses associations se sont créées. Elles permettent aux seniors de s’adonner à de nombreuses activités pratiques ou
intellectuelles susceptibles d’utiliser leur expérience et leur compétence. Beaucoup d’entre elles sont présentes et actives sur internet.
Il n’est jamais trop tôt pour bien faire
Il y a, fort heureusement, des âges merveilleux de la vie où l’on est totalement gouverné par l’insouciance de la jeunesse, la pulsion de vie de l’adolescence ou des jeunes adultes. Or, pour
commencer à réfléchir sur vie, il faut avoir atteint une certaine maturité, avec l’expérience des joies et des peines, souvent après avoir eu des enfants et des petits-enfants, ou lorsqu’on est
directement frappé par des drames comme la maladie ou le décès d’un proche.
Avant cet âge ou cette expérience personnelle, la mort restera une notion abstraite, une sorte d’accident qui n’arrive qu’aux autres, désagrément fâcheux auquel on évite de penser.
Cependant, pour ne pas souffrir, et surtout ne pas faire souffrir ceux que l’on aime, en les laissant désemparés, ou en leur donnant une image indigne de soi, un minimum d’anticipation est utile.
Elle implique nécessairement une préparation personnelle d’ordre :
- Philosophique : « philosopher c’est apprendre à mourir » dit Montaigne. Cela signifie qu’une réflexion rationnelle comme celle entreprise ici peut permettre de s’accoutumer à la mort.
- Matérielle : plutôt que de se désoler après coup, quand la maison a brûlé, il serait plus judicieux d’avoir pris une « assurance » qui, même si elle n’empêche pas que la maison disparaisse, en
atténue au moins le drame.
Notons aussi que les situations de fin de vie sont très diverses suivant l’âge, l’état physique, les circonstances plus ou moins brutales du décès. Reste qu’il est toujours possible, à tout âge, de
se préparer, même à l’accident, à la maladie ou à la mort dite « naturelle ». Si ce n’est pour soi, au moins que ce soit pour ceux qui nous entourent et qui survivront à notre disparition, ou
simplement pour goûter le plus complètement possible tous les instants de la vie, et en particulier une retraite bienheureuse, cette nouvelle vie à inventer.
« Vivre comme si chaque jour était un cadeau inespéré »
Nul ne peut prétendre sérieusement s’inscrire durablement dans le temps : tout existait avant soi et existera après. Cependant la pleine la conscience que notre temps personnel est limité, donne à
la vie une intensité plus grande et une lucidité qui permet de vivre « comme si chaque jour était un cadeau inespéré ». Cette conscience procure aussi un remède pour se garder de tout ce qui peut
altérer, amoindrir ou avilir la vie, notre seul et unique bien.
La conception que nous en avons est certes variable suivant les diverses croyances et religions. Elle sera différente pour le bouddhiste et l’hindouiste qui croient à une réincarnation dans un
cycle vital ; ou pour le chrétien qui espère une vie future au paradis, ou pour l’athée qui considère qu’il n’y a d’autre existence qu’ici et maintenant. Il n’en reste pas moins qu’à quelques
exceptions près, tous les humains tiennent infiniment plus qu’ils ne le disent à leur existence terrestre…
C’est pourquoi une réflexion complète sur la vie devrait intégrer trois périodes :
- Lorsqu’on aborde la maturité : c’est une période de préparation psychologique et la conquête d’une sagesse dont aucun senior ne devrait désormais faire l’économie.
- A l’approche de la mort : cet angoissant passage de vie à trépas nécessite un encadrement médical et altruiste pour être serein et digne.
- Après le décès : Un rituel nouveau peut être imaginé, soit par la collectivité ou la famille, soit, ce qui est beaucoup plus élégant : par celui qui aura anticipé le jour fatal. Si le défunt
n’est plus concerné, en revanche ses proches auront à faire leur deuil. Celui qui s’en est inquiété et qui a pris quelques précautions, pourra apporter à ceux-ci, une aide certaine, geste d’autant
plus louable, qu’il s’accomplira de manière post mortem.
Nous sommes tous concernés
S’il est un domaine qui nous concerne tous, c’est bien la mort. Nous redoutons la nôtre au point de tenter de l’oublier et nous déplorons celle de nos proches qui nous laisse désemparé.
C’est pourquoi inconsciemment nous tentons en permanence de l’occulter, comme si la fuir pouvait en écarter le danger. Cependant, le remède s’avère pire que le mal car la mort nous rattrape
toujours :
- De notre vivant : parce qu’ayant eu l’illusion d’être immortel, nous oublions parfois de bien vivre.
- Lorsque nous approchons de la fin : parce que nous sommes terrorisés et que nous nous accrochons désespérément à une existence qui inexorablement nous échappe.
- Quand la mort frappe nos proches : notre douleur est telle qu’elle ruine notre raison et nous paralyse. Elle nous laisse impuissants face au deuil, cette blessure de l’âme qu’on n’arrive pas à
cicatriser.
Les détours de l’imaginaire
Les psychologues et les philosophes ont souligné depuis toujours combien la conscience de la mort chez l’humain, est à l’origine de productions irrationnelles, sources de la plupart des croyances
et de nombreuses superstitions qui ont façonné nos civilisations, notre morale et notre droit. Quelles que soient les formes qu’elles prennent, ces manifestations de notre imaginaire constituent le
fondement de notre humaine condition.
Parce que nous restons souvent dans l’ignorance des ressorts qui nous font agir, il serait profitable d’essayer de favoriser les pratiques bénéfiques et rationnelles qui pourraient rendre
l’existence plus belle et plus précieuse. Pour schématiser, il vaudrait mieux favoriser celles qui encouragent plus les pulsions de vie que les pulsions de mort.
Pour profiter judicieusement de la vie, il faut avoir préalablement évacué la hantise de la mort et de la déchéance, en se méfiant de notre imaginaire, car ce n’est pas tant le trépas qui nous
effraie que la représentation, généralement irrationnelle, qu’on s’en fait.
Si notre inconscient nous joue d’aimables tours, par exemple à l’occasion de notre vie amoureuse, il n’en est pas de même quand il provoque une inhibition qui nous empêche de vivre pleinement.
C’est pourquoi, la précaution de tenter d’aborder complètement et lucidement le problème de notre fin reste une bonne thérapie pour réussir à bien vivre, car le bonheur passe par l’acceptation de
ce contre quoi l’on ne peut rien. Pour être moins vulnérables, il faut aborder tous les aspects de cette question.
La perte des repères culturels
Dans une civilisation fortement imprégnée par une religion, toutes les grandes étapes de la vie, de la naissance à la mort, sont ritualisées. C’est une manière de les officialiser pour qu’elles
soient prises en compte par la société et par les familles grâce aux cérémonies religieuses.
Dans une société laïque, comme celle dans laquelle nous sommes installés depuis le XX ème siècle, le problème se complique singulièrement car il n’y a plus de religion dominante. En France, nous
avons à la fois des catholiques, des musulmans, des protestants, des juifs. Certains pratiquant un peu, d’autres beaucoup ou pas du tout. Il y a de plus des agnostiques ou des athées, avec, là
encore, de nombreuses nuances dues à l’imprégnation culturelle du milieu dans lequel nous vivons. Comment sont intégrés, chez un même individu : la rencontre d’influences inconscientes chrétiennes,
des traces de communisme, plus la découverte, à l’âge adulte, des philosophies diverses qui donnent à la vie de ceux qui les rencontrent, un éclairage nouveau ?
C’est dans cette conjonction d’influences complémentaires et parfois contradictoires que réside une des richesses des sociétés laïques qui permettent à des individus de se construire aussi
librement que possible à partir des options culturelles qui fécondent leurs personnalités.
Le problème reste, qu’en période de profonde mutation sociale comme celle que nous vivons, nous ne savons pas comment, ni par quoi, les repères culturels que nous avons perdus seront remplacés.
La question de la laïcité
Les individus se construisent donc au hasard des influences familiales, religieuses, politiques, professionnelles et de tous les incidents de parcours, heureux ou malheureux qui jalonnent leurs
existences. Cependant, pour se structurer, ils ont besoin de repères, dont l’un des plus important, mais aussi désormais des plus problématiques a été la religion.
Descartes disait qu’il faut « choisir la religion de son roi et de sa nourrice ». Ceci est fort sage, lorsqu’on n’a qu’un roi et qu’une nourrice. Si le roi est remplacé par un gouvernement informel
et variable, et la nourrice par des institutions publiques qui vont de la crèche à l’université, en passant par l’école communale, il n’y a moins de repères simples et fondateurs.
Ce qui est déjà problématique pour les individus, le devient encore d’avantage avec les familles à l’intérieur desquelles les disparités s’accumulent. À Chaque fois qu’un couple nouveau se forme,
les deux individualités qui s’unissent, pour le meilleur et pour le pire sont parfois culturellement voisines, mais aussi souvent différentes. Les manières d’aborder la vie et la mort de chaque
conjoint ou de leurs familles respectives, peuvent être fort éloignées. Pourtant, si un de leurs proches vient à mourir, leurs disparités ne devront cependant pas s’opposer, mais se conjuguer.
Avant : pour que leur accompagnement au mourant soit le plus réconfortant pour celui-ci. Mais aussi après : pour que le deuil puisse s’accomplir le plus sereinement.
Reste une question fondamentale : l’appartenance religieuse modifie-t-elle la vision de la fin de vie ? Paradoxalement un sondage (Sofres Admd - février 2007) sur l’assistance médicalisée à mourir,
montre qu’il n’en est rien. Ce qui signifie que la conviction personnelle du croyant prévaut largement sur les consignes de l’appareil clérical qui les promulgue.
L’accompagnement et le rituel : des pratiques de solidarité
L’expérience montre que la détresse du mourant est réduite par une forte présence amicale ou la tendresse rassurante des proches. Malheureusement :
- L’existence médicalement prolongée rend impossible de prévoir précisément la durée de l’agonie, ce qui interdit que l’on fasse venir les proches du mourant au moment où il en aurait le plus
besoin (les trois quarts des agonies sont solitaires).
- On meurt donc « anonymement » et seul à l’hôpital dans un environnement étranger avec des soignants qui, aussi dévoués soient-ils, et malgré leur bonne volonté, ne font que passer et ne peuvent
se substituer à la famille.
- Souvent la mort intervient dans l’abrutissement final de la dépression, des drogues ou par le coma.
On constate de plus aujourd’hui une désacralisation croissante de la mort :
- Elle est occultée : plus de cortèges, peu de cérémonies dignes de ce nom, à l’exception d’un rapide passage à l’église devant un prêtre parfois débordé qui connaît à peine le nom du défunt.
- Le rituel est donc réduit à sa plus simple expression, pour ne pas dire escamoté. Car il n’existe pas encore de rituel laïc qui permettraient à des athées d’être honorés par une cérémonie comme
celle pouvant avoir lieu dans les maisons funéraires.
Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le rituel n’est pas fait, pour les morts, mais bien pour les vivants. Il entérine la survie du disparu dans les mémoires, assurant une continuité
sociale par-delà la mort avec ceux qui ont disparu. Ainsi le défunt ne mourra tout à fait que lorsque son souvenir disparaîtra de la conscience des vivants. On notera que l’hypothèse religieuse
d’une survie de l’âme contribue parfois à apaiser les vivants car elle donne un sens acceptable à la mort. Cependant, l’expérience montre que, à de rares exceptions près, ceux qui envisagent un
bonheur éternel dans un quelconque paradis n’y croient pas vraiment et souffrent tout autant que les autres. La perte d’un être cher reste pour tous une amputation à vif de l’univers affectif
personnel que nous avons construit.
Le rituel présente aussi pour les jeunes une vertu pédagogique importante : il apprend à ceux qui n’étaient jusqu’alors aucunement concernés, que la mort est une réalité dont chacun peut prendre
conscience, surtout pour essayer de mieux vivre.
Le piège : devenir en fin de vie « un mineur disqualifié »
Un « malade » entrant à l’hôpital, était souvent traité comme un « irresponsable ». Désormais, s’il en a encore les capacités, il peut faire valoir ses droits de malade (loi Léonetti de 2005 encore
largement inconnue). Dans le cas contraire, et sans l’intervention de proches, il risque de se trouver contraint de subir, qu’il le veuille ou non, des soins qui, par leur caractère palliatif n’ont
d’autre utilité que de rendre l’agonie aussi indolore que possible, afin que puisse s’accomplir la mort dite « naturelle ».
Si le mourant reste conscient, la douleur psychique, ainsi que celle liée à son éventuelle déchéance et à l’embarras qu’il provoque, persistera. Cette douleur est d’autant plus vive que le malade
sera entouré de secrets, ignorant s’il peut encore faire confiance à ceux dont il dépend, ce qui altère la relation avec le personnel soignant.
S’il a sombré dans un état comateux, on peut considérer qu’il est psychiquement absent. Rien de ce qui lui arrive ne peut plus lui importer : l’âme a déserté la dépouille.
Reste le problème de la dignité : a-t-on ou non le droit de choisir librement sa destinée, y compris à son ultime aboutissement ? A partir de quand n’est-on plus une personne humaine responsable
?
Si l’individu n’a pris aucune précaution et n’a formulé aucune exigence, tout sera décidé par le corps médical, la famille ou la loi. Or la principale dignité, pour tout homme, fut-il malade ou
dépendant, est de rester maître de son destin. Personne ne devrait donc avoir le droit de décider pour autrui, y compris et surtout sur la manière et le moment d’achever son existence.
La problématique des derniers instants
Avant les progrès de la médecine du XX ème siècle, les gens mouraient vite. Ce qu’on appelait un « coup de sang » mettait une fin brutale à la plupart des existences. À présent, la mort traîne en
longueur, tant que subsistent les fonctions vitales de la machine que constitue le corps. Désormais on meurt à petit feu, en se délabrant par morceaux que l’équipe médicale rafistole par des
bricolages successifs. Parfois, pour se donner « bonne conscience », la médecine s’acharne au-delà du raisonnable, ce que l’on justifie par le fait que celle-ci est faite pour soigner. Dans ce cas,
la mort représente un « échec thérapeutique ».
Il semble y avoir encore une profonde inadéquation entre la vocation du médecin et la réalité des fins de vie médicalisées. Apparemment, le serment d’Hippocrate ne correspond plus tout à fait à ce
que l’on demande au médecin et qui s’apparente plus au rôle du prêtre ou du chamane.
Comme il n’est souvent plus question de soigner, mais d’aider à mourir, la fin de vie pose des problèmes déontologiques au médecin qui n’est psychologiquement pas mieux armé que quiconque pour y
répondre. La grande question devient : s’il n’est plus question de soigner, qui devrait décider de la mort ? La réponse appartient aux seuls individus concernés dans la mesure où on les considère
comme des personnes responsables de leur propre destin (et aux familles lorsque la personne n’a plus sa conscience). Accessoirement on peut envisager le concours d’un prêtre, si tel est le souhait
du mourant.
Ce ne devrait pas aux médecins classiques de s’occuper de la mort, bien que l’hôpital soit en devenu, malgré lui et faute de mieux, l’antichambre, car la vocation du corps médical est de s’occuper
de la vie afin de la préserver.
L’idéal serait de pouvoir disposer de psychologues spécifiquement formés pour apporter une assistance aux personnes impliquées autant qu’à leurs familles . Ils pourraient offir un arbitrage
raisonnable entre : les désirs explicitement manifestés d’une part par les personnes d’éviter toute souffrance et acharnement thérapeutique, et d’autrepart le devoir des médecins ainsi que les
réalités économiques, dont il est toujours de mauvais goût de parler, comme si elles n’existaient pas.
La conquête d’une sagesse nouvelle
L’existence est faite de renoncements successifs : on perd l’insouciance de la jeunesse, la vigueur de l’adulte, sa mémoire, ou sa capacité d’apprendre… Si ces pertes ne sont pas compensées par la
sagesse, fruit de l’expérience, et de la réflexion, il peut en résulter un désarroi et une grave frustration. L’image narcissique que l’on a de soi-même sera durement altérée lorsque l’on perd sa
propre considération et celle des autres. Bien qu’on ne puisse pas être et avoir été, il reste difficile d’accepter les effets de l’âge, la perte des prérogatives de la jeunesse, et surtout
d’imaginer une mort qui s’annonce de manière inexorable au bout du chemin. C’est sans doute pour cela que l’on constate autant de dépressions chez le troisième âge.
Il y a pourtant des remèdes efficaces, fournis non seulement par l’action et le divertissement, comme nous l’avons évoqué, mais surtout par une philosophie pratique dont le but primordial est
d’apprendre à mieux vivre. Or, nous faisons tous de la philosophie, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Non pour « philosopher », mais pour approcher le simple bon sens. Ce n’est
d’ailleurs pas un hasard si, dans la quasi-totalité des civilisations, le gouvernement de la chose publique, et l’arbitrage des conflits étaient confiés aux anciens, réputés posséder une sagesse
utile à la collectivité.
Dans nos sociétés modernes où la performance économique, la réactivité, l’image, et l’éphémère dominent, le rôle public des anciens tend à diminuer. Cependant dans la sphère privée, leur présence
bienveillante, la mémoire qu’ils représentent est irremplaçable dans tous les groupes sociaux (familles, associations, villages…).
Enfin, individuellement, on peut considérer la retraite comme une période pendant laquelle on peut profiter de son expérience pour s’inventer une autre vie plus épanouissante que la vie
active car infiniment plus libre, calme, et récréative. On découvre alors une nouvelle arithmétique des plaisirs, en particulier ceux de l’esprit que l’on avait jusqu’à présent négligés, ou ceux de
la convivialité.
C’est ainsi que, jetant un regard sur sa vie, on peut avantageusement positiver en écrivant ses mémoires pour transmettre des souvenirs familiaux. Mêmes ceux qui ne sont pas experts dans l’art
d’écrire ou en informatique peuvent désormais bénéficier d’un « service à la personne » leur permettant d’intégrer sous forme de DVD, leurs photos, films, textes et commentaires afin de constituer
une biographie familiale, un testament spirituel ou un message pour leurs proches. Ce n’est pas un hasard si ceux qui se sont penchés sur leur existence pour écrire leurs mémoires, ont
rétrospectivement découvert que leur vie était digne d’être racontée.
Une responsabilité nouvelle nous incombe : prévoir
On peut parfaitement prévoir que l’on puisse être malade, dépendant, dégradé et finalement mort.
Compte tenu de l’allongement de la durée de la vie, il devient nécessaire que, même les gens dans la force de l’âge se soucient déjà de prendre toutes leurs dispositions pour :
- Se faire soigner, car les petites et grandes misères arrivent avec l’âge (intérêt des mutuelles).
- Mettre en ordre le patrimoine qu’ils veulent transmettre. Les notaires sont là pour ça.
- Être pris en charge en cas de dépendance. Il existe des assurances spécifiques.
- Décider de l’image qu’ils souhaitent laisser à leurs proches, en leur offrant un DVD de biographie personnelle est un cadeau irremplaçable.
- Libérer leurs proches de la corvée des funérailles et en assumer le coût. Il suffit, par exemple, de contracter une convention obsèques. Ils pourront ainsi organiser eux-mêmes leurs funérailles :
cérémonie, enterrement ou crémation, message à leurs proches. Un nouveau rituel est désormais possible pour intégrer toutes ces dispositions.
La loi Léonetti de 2005, qui précise les droits du malade, en particulier pour ce qui concerne la suspension des traitements jugés inutiles (par le malade en fin de vie ou sa famille), stipule
aussi que des dispositions anticipées doivent avoir été prises par le malade. Celles-ci préciseront quelles sont ses intentions, et l’identité d’une personne de confiance susceptible de prendre des
décisions à sa place dans le cas où il en serait incapable.
Il va de soi que celui qui néglige de prévoir de telles dispositions anticipées se condamne à accepter que d’autres décident à sa place, non pas conformément à ses propres désirs, mais selon des
lois et la déontologie du moment des praticiens.
Parmi les évènements prévisibles, la mort reste le plus certain. La seule chose que l’on ignore ce sont les circonstances et le moment. Tout ce qui ne sera pas prévu sera laissé au hasard ou décidé
dans l’urgence par des familles éplorées.
Recommandations pratiques pour maîtriser son destin
Certaines personnes semblent vivre dans l’indifférence totale de leur destin. Ils s’en remettent à un Dieu, au hasard, ou à la société. Ils s’étourdissent, se divertissent comme ils peuvent
avec un métier, des plaisirs, une position sociale, ou la recherche de quelques gloires éphémères. Cependant la vieillesse et la mort les rattrapent toujours. Plus sera tardive et désinvolte leur
prise de conscience et plus traumatisante et brutale seront leurs irruptions.
Lorsqu’on sait qu’il y a un peu plus de deux siècles l’espérance de vie n’excédait pas 27 ans et qu’elle dépasse désormais 80 ans (cumul hommes-femmes), on mesure combien la manière dont nous
pouvons vivre, d’abord une gratifiante vie active, puis une longue et belle retraite devrait en être bouleversée. Aussi est-il plus sage de prévoir quelques dispositions simples pour se construire
une retraite gratifiante et une fin honorable. Chacun pourra alors s’organiser à sa convenance pour jouir de la vie, le plus longtemps et le plus complètement possible et accomplir un destin
maîtrisé.
JN