Lundi 14 avril 2008
(Projet d’article)

La photo, le traitement de texte ou la vidéo sont autant de moyens d’expression qui permettent aux amateurs d’apporter à leurs proches un témoignage personnel. Le summum de la technique étant bien sûr le multimédia qui permet de combiner à loisir l’écriture (réflexion approfondie), les images fixes (qualité esthétique), les images animées (instantané vivant) et le son.

Si tout le monde connaît et utilise le support idéal du multimédia que constitue le DVD, rares sont ceux qui maîtrisent les techniques qui permettent de les fabriquer. Or dans l’élaboration d’un DVD, on peut distinguer deux phases : la définition du contenu et la fabrication proprement dite. Si cette dernière est du ressort des spécialistes, en revanche pour définir un contenu, il suffit d’avoir quelque chose à dire. Le seul frein qu’il convenait de lever pour l’amateur était de lui offrit une méthode simple efficace qui lui permette de donner libre cours à sa créativité et qui soit compatible avec les contraintes techniques des professionnels de la fabrication.

Voilà le problème que je me suis attaché à résoudre. Avant d’en détailler les grandes lignes, j’aimerais rappeler comment j’ai été amené à m’intéresser à cette question de méthode simplifiée mise à la disposition de tous. J’avais d’abord, il y a quelques années écrit une histoire de la vie mouvementée de mon père, que j’avais illustrée de quelques photos. J’ai ensuite écrit un testament philosophique sur un mode humoristique, enfin j’ai voulu entreprendre l’histoire illustrée de ma famille. J’ai donc cherché tous les prestataires et les techniques sur Internet. Voilà ce qui est disponible :
- Des écrivains vous proposent d’écrire à votre place le « roman de votre vie ». Sachant le faire moi-même, ceci ne m’a pas intéressé, d’autant que le prix demandé (parfaitement justifié) est relativement cher : entre 1500 et 3000 €, sans compter le prix des exemplaires.
- Des prestataires vous proposent de numériser vos documents (photos, films) sur DVD, c’est intéressant pour sauver des documents qui deviendront illisibles dans quelques années (surtout ceux qui sont en couleurs). Hélas ce service ne permet pas d’ajouter un minimum de créativité dans le choix, et l’agencement de ces documents. Il s’agit là principalement d’une copie de documents anciens sur un support numérique.
- On trouve également des cinéastes qui réalisent des vidéos chez les clients et qui font un montage avec quelques photos. Ceci est beaucoup plus intéressant, cependant cette prestation s’avère chère en raison du coût des prises de vues, des déplacements, et des préparations nécessaires. Le prix est du même ordre que pour le document papier.

Aucune de ces prestations ne correspondant à mes exigences ou au budget que je voulais consacrer, j’ai donc essayé de prendre le meilleur de chacune d’elles et de constituer moi-même un DVD. J’ai donc rassemblé mes documents, écrit un scénario succinct, des commentaires sympathiques, fait numériser quelques films anciens dont j’ai utilisé quelques séquences, et après un gros travail, j’ai remis à un monteur professionnel la totalité du dossier préparé de manière à ce qu’il passe le moins de temps possible. Je dois avouer sur ce point que j’ai été très aidé par ma petite sœur qui dirige à Paris une société de production audiovisuelle (Galilée Production) et qui a mis à ma disposition les moyens techniques qui me font défaut.

Le résultat fut un joli film sur DVD, que j’ai montré à mes proches et à quelques amis. Plusieurs m’ayant demandé comment j’avais procédé, j’ai été obligé de formaliser pour eux la méthode que j’avais utilisée. Je me suis ensuite pris au jeu et j’ai amélioré celle-ci pour qu’elle soit plus facilement compréhensible et qu’elle puisse leur offrir une grande liberté de création. C’est alors que j’ai pleinement pris conscience que la partie la plus coûteuse n’était pas la fabrication technique du DVD, mais bien sa préparation et conception. Or qui mieux que soi-même connaît autant l’histoire de sa famille, qui est sur la photo, quelles anecdotes sont les plus intéressantes, quels commentaires on peut apporter à une séquence de film muet, quel message on aimerait faire passer à ses proches ?

Si donc, on offre une méthode pour favoriser toute la créativité possible, et effectuer une préparation des documents (choix, repérage, classement, commentaires…) qui facilite le travail du monteur, il devient possible d’obtenir un DVD très personnel de grande qualité. La partie technique du montage vidéo et de la fabrication du DVD peut alors être confiée à un prestataire qui n’assume que ce qu’il sait bien faire : c’est-à-dire la partie purement technique. L’auteur du DVD ayant assumé lui-même le coût principal du développement, le prix du DVD sera réduit à sa plus juste expression.

Il y a bien sûr des gens qui peuvent dépenser 1500 à 5000 € pour apporter un témoignage ou écrire leur histoire. Cependant ils sont rares et ne constituent qu’une petite demande. Au contraire, faire la même chose, voir bien mieux, si l’auteur du DVD a quelque imagination, pour un investissement se limitant à 300 ou 600 €, devient abordable pour le plus grand nombre.

Galilée Production, qui s’était contenté de rendre service à quelques proches, s’est rapidement rendue compte qu’une prestation de fabrication de DVD personnels pouvait être proposée à ses clients et qu’il n’existait aucune offre permettant de rendre un service équivalent sur le marché. Il y avait donc là un besoin nouveau à satisfaire.

Depuis un an, cette petite entreprise, à la demande de ses clients, a fait évoluer le concept en proposant des « formules » concernant, outre les témoignages personnels, des DVD relatifs à des anniversaires, ou d’autres réalisés à l’occasion de mariages (courtes biographies plus ou moins humoristiques des familles), ou pour honorer des personnes chères. Enfin dernièrement, des entreprises qui ne disposent pas de gros budgets ou de services de communication ont avantageusement appliqué la méthode pour faire des films d’entreprises (anniversaire de leur création, emménagement sur un nouveau site, lancement d’un produit ou d’un service nouveau…), des associations l’ont également utilisé pour créer des DVD présentant leur activité et leur organisation. Des exemples de ces différents types de DVD sont accessibles sur le site www.galileeproduction.com.

Né par hasard pour rendre service à des proches, le projet m’a évidemment échappé pour répondre à des besoins nouveaux. Je reste cependant très fier d’avoir permis au plus grand nombre d’accéder, à moindre coût, à la création multimédia, même sans aucune formation technique. Je ne destine plus mes productions personnelles qu’à mes petits-enfants pour instaurer avec eux un dialogue inter génération qui s’avère très gratifiant.
Jacques NOZICK
Par JEN - Publié dans : DVD personnel et familal
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Samedi 12 avril 2008



- Vous qui venez d’une contrée lointaine, vous n’avez pas fini de voir ici des choses surprenantes. Savez-vous, par exemple, qu’il y a des gens assujettis à devoir absorber quotidiennement une dose d’un poison qui entraînera une mort prématurée au bout de quelques décennies. Sans doute penserez-vous que pour qu’un tel empoisonnement soit possible il faut que ces gens subissent des conditions de vie misérables, qu’ils soient condamnés à travailler dans des mines ou dans une pollution extrême. Non pas, ces personnes vivent comme vous et moi dans des conditions normales. Ce n’est pas pour survivre qu’ils mettent en péril leur santé. Bien au contraire, ce sont eux qui, volontairement, achètent leur poison quotidien.
- Ces malheureux ignorent peut-être qu’on les empoisonne…
- Par le passé, certains ont pu l’ignorer, cependant aujourd’hui il est distinctement mentionné sur les petits paquets qu’ils achètent : « NUIT GRAVEMENT A LA SANTE ».
- Cet avertissement est certainement écrit dans une langue étrangère, ou bien est-il illisible ?
- Aucunement, n’importe qui peut le lire et la plupart des gens qui s’approvisionnent de tels paquets savent lire. C’est en toute connaissance de cause qu’ils continuent à nuire gravement à leur santé.
- C’est tout bonnement incompréhensible. Il y aurait des gens qui nuiraient volontairement à leur santé alors que vous souffrez déjà de pollution ?
- Oh mais la pollution ambiante n’est rien en comparaison avec celle qu’ils s’imposent à eux-mêmes. Imaginez que vous soyez contraint de vivre dix heures par jour dans une atmosphère si enfumée que l’on ne puisse voir au-delà de deux mètres, que feriez-vous ?
- J’essaierai de m’échapper le plus vite possible de cet enfer.
- Eux non, et savez-vous pourquoi ?  Hé bien simplement parce que l’atmosphère en question n’est polluée que dans leurs poumons, ce qui ne se voit pas, mais peu à proximité immédiate de leur personne, sauf lorsqu’ils exhalent leur fumée. Autour d’eux, tout est clair et c’est précisément cela qui les abuse.
-  Vous me dites que ces malheureux fument ? Comme des machines à vapeur, comme des tuyaux d’échappement ?
- En effet, ils passent une grande partie de leur temps à consumer des petits rouleaux d’herbe qu’ils tiennent entre le majeur et l’index par une extrémité. Par l’autre, dans un mouvement de succion, ils aspirent avec leur bouche. La combustion produit un certain nombre de substances chimiques : du gaz carbonique, des goudrons, de la nicotine et une certaine odeur caractéristique.
- Ne trouvent-ils pas cette activité étrange voire ridicule ?
- Non, pour eux ce n’est pas étrange car ils sont conditionnés dès leur plus tendre enfance à voir des adultes brûler aussi des petits rouleaux. Pires, les adolescents se mettent à imiter leurs aînés. Ils achètent en cachette des rouleaux d’herbe et, bien qu’au départ ce soit très mauvais, ils persistent avec fierté. Bientôt tout leur argent de poche passe à l’achat de ces paquets sur lesquels il est inscrit : « NUIT GRAVEMENT A LA SANTÉ ». Évidemment les jeunes sont inconscients, la santé, ils ne savent même pas ce que c’est.
- Admettons, mais quand ils deviennent adultes, ils doivent bien prendre conscience que la santé, c’est la vie, notre bien le plus précieux !
- Oui, mais c’est trop tard. Ils sont irrémédiablement condamnés à brûler de l’herbe et à produire des milliers de mètres cubes de fumée. Sans compter d’autres petites nuisances : vêtements brûlés, doigts qui jaunissent, mauvaise haleine, ou le dérangement causé par leur pollution personnelle qu’ils imposent sans vergogne à leur entourage.
- C’est absurde, pourquoi n’arrêtent-ils pas ?
- Simplement parce qu’ils ne peuvent plus ! Ce que j’ai oublié de vous dire, c’est que cette nicotine est une drogue qui provoque une accoutumance telle que celui qui commence à la consommer en ressent bientôt un besoin irrépressible. Lorsqu’il veut s’arrêter, une douloureuse sensation de manque l’envahit. Il deviendra incapable de penser ou de travailler et n’aura plus qu’une idée : faire cesser le manque en consommant d’avantage de cette même drogue.
- Vous voulez dire que ces gens sont des drogués. Ne sont-ils pas honteux d’être les esclaves de cette nicotine ?
-  Aussi étrange que cela puisse paraître, ils n’ont pas honte car cette drogue est socialement admise. D’ailleurs quand ils sont ensemble, ils s’offrent des petits rouleaux comme ils le feraient de friandises. C’est là une pratique conviviale considérée comme normale.
- Normale ?  C’est quand même surprenant de voir des adultes drogués téter des petits cylindre d’herbe. Mais au moins, en retirent-ils un quelconque plaisir ?
- Certains le prétendent, bien que, pour la quasi-totalité, il n’y ait plus exactement de plaisir comme ils le pensent, mais le soulagement voluptueux du déplaisir engendré par l’accoutumance. Cette notion leur échappe, et tous vous diront éprouver du plaisir. Il serait humiliant qu’ils reconnaissent leur dépendance. Pire la plupart d’entre eux prétendent que s’ils consomment des petits rouleaux c’est parce que tel est leur bon vouloir, et qu’il leur serait aisé de s’en passer, s’ils le souhaitent, et qu’ainsi ils sont libres.
- Peuvent-ils croire à leurs propres mensonges ?
- Paradoxalement oui. C’est ce qui rend leur dépendance acceptable. Elle est comme celle d’un esclave qui, ne pouvant s’en délivrer, prétendrait aimer ses chaînes. En fait les plus accros ne se libèrent de leurs chaînes que lorsqu’ils commencent soit à devenir lucides, soit à avoir peur. La lucidité n’est hélas pas donnée à tout le monde car elle nécessite un minimum d’intelligence et de courage que le plupart des adeptes du petit cylindre n’ont pas. Si d’ailleurs ils les avaient eus, ils n’auraient jamais commencé à en consommer à outrance. Quant à la peur, elle arrive sournoisement quand il devient évident que la maladie s’installe. C’est hélas souvent trop tard : pensez qu’il n’est par rare de voir des amputés des jambes continuer à exiger de l’herbe, de même que des gens à qui l’on a enlevé une partie des poumons ou coupé la langue.
- Mais c’est du suicide !
- Non, car ces gens sont virtuellement morts. Le suicide, lui, il commence lentement, insidieusement, bien avant : dès que les petits rouleaux deviennent indispensables. Mais cela, les jeunes idiots qui veulent faire comme les grands ne le savent pas. C’est bien plus tard qu’ils comprendront s’être fait piéger. Tout était pourtant écrit sur les paquets, ou il est de surcroît mentionné : PROVOQUE DES MALADIES CARDIOVASCULAIRES.
- Des maladies cardiovasculaires… C’est quoi ?
- Oh, rien d’intéressant. Ce sont des maladies qui n’arrivent qu’aux autres.
- Mais… s’il y a autant d’inconvénients pour si peu d’avantages, pourquoi tous ces gens continuent ? Sait-on au moins à qui tout cela profite ?
- Oui. Tout le monde le sait. Cela profite à quelques entreprises commerciales florissantes. Des multinationales qui dégagent des bénéfices considérables qui font des publicités somptueuses dans les magasines pour que les gens pensent que les petits rouleaux confèrent la virilité et l’insouciance du beau cow-boy.
- Ils ne sont quand même pas assez naïfs pour se faire abuser de la sorte ?
- Ils le sont.  Les publicités sont  habiles. Mais il y a pire : ces gens sont assujettis à des impôts supplémentaires qu’ils paient sans broncher à chaque fois qu’ils achètent un paquet.
- Ceci est très honorable de leur part, au moins sont-ils de bons contribuables.
- Pas tant que cela, car les consommateurs d’herbe ne savent pas ce qu’ils paient. En outre, aussi conséquents que soient ces impôts, ceux-ci ne compensent pas le coût des soins médicaux supplémentaires que la collectivité devra supporter pour soigner les drogués du petit cylindre dès que les effets de leur empoisonnement apparaîtront.
- Vous voulez dire que des gens qui se rendent volontairement malades en inhalant des substances nocives comptent sur la collectivité pour les prendre en charge quand ils deviennent malades ? Ne devrait-on pas leur faire supporter les coûts de leur inconséquence ?
- Ce serait juste, mais difficile à mettre en œuvre. De plus il est fort improbable qu’ils comprennent parce qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas comprendre. Ne dit-on pas : « il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas entendre ».
- Ne pourrait-on au moins leur donner des chiffres ?
- Ils ne les croiront pas, pourtant les chiffres sont dramatiquement explicites. Tenez : pour les gros consommateurs, l’espérance de vie et réduite de 10 ans. Ce qui signifie qu’à chaque rouleau consommé, ils perdent de 20 à 30 minutes de vie !
- Tant que cela, et ils continuent ?
- Oui, car ils espèrent faire partie des exceptions qui vivront jusqu’à 80 ans. Hélas les exceptions ne font que confirmer la règle, et globalement personne n’échappe aux statistiques.
- On pourrait peut-être les atteindre par le porte-monnaie ?
- Pas davantage. Si vous leur dites, par exemple, que dans leur vie ils vont faire partir en fumée l’équivalent de 1000 bons repas au restaurant plus 3500 entrées de cinéma, cela restera encore abstrait. Ces chiffres entreront par une oreille et sortiront par l’autre. Leur dépendance est désespérément plus forte que leur raison.
- Alors il n’y a qu’un moyen : interdire cette intoxication généralisée !
- On n’interdit pas aux hommes de se comporter de manière stupide. Si cela était possible, on aurait déjà éradiqué les guerres, le racisme, le fanatisme religieux. Or si vous regardez autour de vous dans le monde, vous constaterez que ces maux prospèrent.
- Mais alors, on ne peut rien faire…
- Efficacement, non. La bêtise est inhérente à la nature humaine et, globalement, n’est-il pas assez indifférent que certains crèvent un peu plus vite que d’autres ? De toute manière, la mort est notre lot commun.
- Mais alors on ne peut vraiment rien faire ?
- On peut toujours modestement essayer de tendre la main aux plus lucides ou aux moins abrutis pour leur permettre de vivre un plus longtemps une plus jolie vie, surtout vers la fin.
- Tout cela est fort triste. Mais au fait, ces malheureux ont-ils au moins un nom ?
- On les appelle les « fumeurs ».
Par JEN - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : Apprendre et découvrir
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Jeudi 10 avril 2008
C’était un matin d’hiver à l’heure incertaine où le jour hésite à se lever. Dans son demi-sommeil, Emmanuel Dupont jouissait de la douce chaleur de son lit. Il s’accordait avec complaisance ces quelques minutes supplémentaires que l’on aspire à faire durer et pendant lesquelles on ne sait pas encore si l’on continue à dormir ou si l’on est déjà éveillé, lorsque soudain, il eut la sensation d’une présence dans sa chambre. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit, pointé sur lui un gros doigt et qu’il entendit une voix qui lui dit calmement : - C’est toi que j’ai choisi ! - Moi... répondit-il quelque peu surpris par cette intrusion - Oui toi, je t’ai choisi pour que tu apportes aux hommes ma parole - Heu... attendez, vous devez faire erreur... - Impossible, je suis infaillible, je t’ai sélectionné d’après des critères scientifiques. - Que me voulez-vous ? Excusez-moi, je ne comprends rien... - Je te l’ai dit : que tu portes ma parole à tes semblables - Vous devez vous tromper de personne - Non, tu es Emmanuel Dupont, fonctionnaire, tu as récemment écrit une critique de la Bible qui a retenu ma divine attention. Je sais aussi que ce texte était destiné à une de tes collègues en charge d’enseigner le catéchisme dans sa paroisse. - Je vois que vous êtes bien renseigné. Vous savez sans doute également que je ne crois pas en vous, et que cette collègue dont je suis hélas amoureux m’a négligemment éconduit. - Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Cette femme est prude, tu as eu bien tort de tomber amoureux d’une femme inaccessible. D’ailleurs ce n’est là qu’une histoire sans importance, en regard de ta mission. - Vous en parlez aisément, mais moi j’en suis malade... - J’ai dit « en regard de ta mission » qui est porter la bonne parole, comme tes illustres prédécesseurs de la Bible. - Attendez, moi cette mission ne m’intéresse pas ! - Comment Emmanuel Dupont, tu ne veux pas devenir un illustre prophète ? N’es-tu pas navré de voir combien notre pauvre Bible a vieilli, les bédouins de Palestine ont bien changé, les esclaves ont disparu, vos femmes ne portent plus le voile, et lorsqu’elles sont un peu légères, on ne les lapide heureusement plus et quant aux holocaustes de moutons, j’en suis devenu moins friand. Tu as conscience de tout cela puisque tu as rédigé une remarquable critique du nouveau et de l’ancien testament ce qui montre que tu as des prédispositions évidentes, et que tu pourrais être celui capable de réécrire cette pauvre Bible qui commence à vieillir. - Cette « remarquable critique », comme vous dites est surtout une remarquable connerie. Savez-vous exactement pourquoi je l’ai écrite ? Hé bien uniquement pour intéresser cette Claire à laquelle vous avez fait allusion. Pour la séduire, si vous préférez. Hélas le moins qu’on puisse dire c’est que ça n’a pas marché : elle n’a rien compris, je la soupçonne même de trouver sacrilège ma manière insolite de voir les choses. Alors vous comprenez que votre Bible, je n’en ai rien à faire, je vous avouerais même que je la trouve franchement illisible, archaïque, pleine de répétitions, elle ne suit aucun ordre logique. Vous avez beaucoup de chance que les gens considèrent votre Bible comme sacrée et lui accordent des vertus imaginaires. S’ils comprenaient comment elle fonctionne, ils en feraient beaucoup moins cas ! - Tu es sévère, Emmanuel Dupont, mais ta critique est intelligente, et tu es juste, c’est pourquoi je t’ai choisi. - Pourquoi ne choisissez-vous pas plutôt un bon chrétien, bien fidèle, qui écrira exactement ce que vous lui dicterez ? - Simplement parce qu’il faut accomplir cette mission avec une totale liberté d’esprit et un non-conformisme dont les religieux sont incapables. Leur liberté de jugement est assujettie à leur foi. On ne peut attendre d’eux aucune innovation. Alors qu’avec toi Emmanuel... à propos sais-tu ce que signifie ton prénom ? Cela veut dire : élu de Dieu, tu vois ce n’est pas un hasard. - Je vous remercie de votre confiance, mais je ne veux être l’élu de personne ! - Sauf peut-être de cette Claire, non ? D’ailleurs puisque nous parlons d’elle, reconnais que cette petite brunette à la maigre poitrine est une femme assez ordinaire. Comment a-t-elle pu te subjuguer ? En plus tu la connais depuis longtemps et tu tombes amoureux d’elle aussi soudainement. Tu ne trouves pas tout cela bizarre ? La seule chose que l’on puisse lui consentir ce sont ses yeux, d’ailleurs elle s’en sert assez bien pour te faire souffrir. Cependant mon pauvre Emmanuel, elle est insensible au romanesque, sans imagination ni ambition, seul le bonheur domestique l’intéresse... alors tu comprends, toi avec tes grands sentiments, tu n’avais aucune chance, cette petite femme n’était pas faite pour toi. Il était d’ailleurs prévu que tu échoues. - Mais pourquoi ? - Simplement pour que tu écrives ta critique, si tu n’avais rien eu à prouver, tu n’aurais rien écrit. Je suis sincèrement désolé de t’avoir fait subir les tourments d’un amour impossible pour en arriver où je voulais. Sache qu’avec les autres prophètes, et même avec Jésus, j’ai utilisé un procédé similaire. - Avec Jésus ? - Oui, ce pauvre garçon avait en horreur son charpentier de père. J’ai donc monté cette histoire de conception virginale. Pour Jésus tout valait mieux que d’être le fils de Joseph, alors évidemment fils de Dieu ça tombait bien. Malheureusement le pauvre a mal fini. - Il a pourtant bravé le romain Pilate, chassé les marchands du temple, et il est ressuscité ! - C’est ce que l’on a écrit plus tard. En fait, il a été crucifié comme un vulgaire agitateur qu’il était, et ce, dans l’indifférence générale. Ponce Pilate n’a prêté aucune attention à cet illuminé qui commençait à déranger les grands prêtres. Quant aux marchands du temple, il faut être naïf pour penser qu’ils se seraient laissé molester sans réagir par un simple va-nu-pieds. Enfin cette affaire de résurrection est un épisode qui a été ajouté par les rédacteurs des évangiles deux siècles plus tard, pour leur donner une fin un peu plus honorable, bien qu’un peu tirée par les cheveux... Je suis d’ailleurs assez mécontent de ces maladroits d’évangélistes qui n’ont même pas réussi à raconter une histoire identique. De cette confusion naissent aujourd’hui ce que les exégètes appellent fort heureusement des paradoxes... - Excusez-moi, tout ceci ne m’intéresse pas... vous auriez donc mis Claire sur mon chemin dans l’unique dessein de me faire écrire la critique de votre déplorable livre ? À cause de ce stratagème, je suis devenu amoureux d’une femme ordinaire incapable de partager mes sentiments, d’une bonne ménagère qui va à la messe tous les dimanches ? - Ne soyez quand même pas trop sévère, d’un point de vue professionnel, c’est une excellente collaboratrice, une remarquable exécutante... - Je me contrefiche de ses qualités professionnelles. La seule chose à laquelle j’aspirais était de l’attendrir par mes sentiments, et je me dis que peut-être elle finira par m’aimer un peu. Elle m’a d’ailleurs donné quelques preuves que je ne lui étais pas indifférent... - N’exagérons rien... dès le lendemain matin, elle se ravisait. Elle faisait semblant de ne plus rien comprendre à tes beaux discours. Tout était prévu comme cela. - C’est dégueulasse, vous nous avez manipulé... je lui ai offert mon amour pour rien, vous êtes ignoble ! - Sans doute, comme tu l’as si bien écrit dans ton joli texte : « Le Dieu de l’ancien testament est odieux, jaloux, inconséquent. Celui des évangiles est moins une caricature dans la mesure où il devient aussi un Dieu d’amour. Sa seule limite est d’être trop indisposé par ceux qui ne suivent pas ses règles et d’avoir la faiblesse de n’accorder ses faveurs qu’à ses courtisans ». Tu as la dent dure... - Puisque je suis manipulé, j’en suis donc irresponsable. Pourquoi ne l’écrivez-vous pas vous-même votre nouvelle Bible ? Pourquoi avez-vous besoin d’un pauvre type comme moi, aussi stupidement amoureux, bafoué par une petite femme prude, égoïste et peut-être même frigide ! - J’ai besoin de toi parce que je n’ai aucun moyen d’intervenir directement sur les humains. Je suis, comme vous autres humains, prisonnier des lois immuables de la physique et du temps que j’ai créés, et qui s’appliquent désormais à moi-même. J’ai de plus accordé aux hommes, bien inconsidérément je l’avoue, un certain libre arbitre contre lequel je ne peux plus grand-chose, ce qui m’oblige à les laisser se débrouiller tout seuls. Comprends bien, cher Emmanuel que si je pouvais intervenir de manière plus efficace ou spectaculaire, je l’aurais fait depuis longtemps. Je n’aurais pas été contraint d’utiliser comme intermédiaire des bédouins comme ce Moïse pour faire connaître mes commandements, ni ces pauvres prophètes illettrés incapables de s’exprimer autrement que par des paraboles auxquelles personne ne comprend rien. Combien j’aurais aimé écrire clairement mes ordres dans le ciel, faire de gigantesques campagnes d’affichage, intervenir à la télé à la place de la publicité ou accaparer le réseau internet ou les satellites... Au lieu de quoi je continue à utiliser ces misérables interprètes que sont les prêtres. - Vous êtes injuste avec vos serviteurs, c’est vrai qu’ils sont souvent fort bêtes, et lorsqu’il y a des clercs sensés nous les aimons, mais au moins sont-ils sincères, eux ! Quant à vos croyants, l’image de troupeau de Dieu leur convient assez bien, ils sont superstitieux, conformistes, querelleurs, grégaires, bref de vrais moutons humains comme vous les aimez. - Oh mais il y a encore pire que les prêtres, ce sont les types aussi butés que toi qui a eu la bêtise de tomber amoureux comme un collégien d’une femme inconséquente. - C’est une femme sérieuse... et c’est son droit de ne pas m’aimer, je ne suis quand même pas irrésistible ! - Reconnais pourtant, Emmanuel, que les femmes qui sont passées dans tes bras étaient physiquement plus... avantageuses et moins égoïstes que cette pimbêche. Dans quelques semaines tu ne comprendras même pas que tu aies pu l’aimer, et... tu seras heureux d’avoir enfin accepté mon offre. - C’est vous qui avez gâché le bonheur qu’elle aurait pu me donner, alors à cause de cela, je refuse ! - C’est incroyable ce que tu peux être têtu Emmanuel. Je vais te faire une dernière proposition : si tu acceptes de porter mon message, je mettrais Claire dans ton lit. Elle deviendra voluptueuse et insatiable. Tu en jouiras à ta guise. Alléchant... non ? - Vous voulez dire qu’elle sera entièrement soumise à toutes mes fantaisies, comme un simple objet de plaisir ? - Oui à toutes, tu en feras ce que tu voudras... petit veinard ! - Le problème c’est que maintenant, à cause de vous je ne suis plus très sûr d’avoir envie d’elle. Vous avez tellement essayé de me convaincre qu’elle ne valait pas l’amour que je lui porte... - J’ai sans doute exagéré, elle est quand même bien cette petite avec ses grands yeux noirs... - Ce qui me choque, c’est que vous vous êtes servi d’elle pour me piéger, que vous l’avez dévalorisé. Vous êtes un ignoble maître chanteur. Je refuserai toujours, qui que vous soyez je vous hais pour mon amour que vous avez saccagé ! L’Eternel resta quelques instants muet devant autant de détermination et d’arrogance. Puis la colère l’envahissant, il prononça d’une voix grandiloquente: - Misérable petit fonctionnaire, tu as eu tort de me braver, je te briserai comme j’ai brisé les autres ! On entendit un rugissement de rage qui dégénéra en un rire diabolique et le doigt se montra de nouveau pendant que ces paroles résonnaient : - Emmanuel Dupont tu as voulu braver ma volonté, je te le dis en vérité, ma colère sera terrible ! Le gros doigt se rapprocha, comme pour l’écraser, alors la panique s’empara d’Emmanuel Dupont. Il se mit à hurler. Soudain ce même hurlement qu’il venait de pousser l’expulsa de ce qui se révéla n’être qu’un cauchemar. Longtemps après que le gros doigt de Dieu eut disparu, Emmanuel Dupont continua de trembler. Lorsqu’il retrouva ses esprits, il se remémora ce que le Dieu de son rêve lui avait dit pour le détacher de Claire, et trouva dans ces paroles une certaine vérité. Puisqu’elle ne partageait pas ses sentiments, et surtout qu’elle n’avait aucun besoin de lui, il devait donc étouffer son ridicule amour. Il jura de s’y employer. Quelques jours plus tard, le temps avait fait son oeuvre. Il se rendit compte que la personne qu’il avait tant aimée n’avait plus rien de commun avec cette femme bien pensante et routinière employée à son ministère. Elle n’était qu’une pure invention de son esprit troublé par le jeu de quelconques homones. Lorsqu’elle se présenta devant lui pour faire signer un dossier, il fut surpris de découvrir qu’elle était plus maigre, plus petite et que, sur le visage, elle avait un bouton qui lui avait jusqu’alors échappé, de même qu’un tic inattendu, supposé remettre place une mèche de cheveux rebelle.
Par JEN - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : papierlibre
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Lundi 24 mars 2008
Abbé Jean MESLIER 1664 - 1729

Premier athée véritable

(article de Wikipédia, l'encyclopédie libre)


Né à Mazerny d'un père marchand en 1664, Jean Meslier devient curé d'Étrépigny dans ses Ardennes natales à l'âge de 25 ans. Il le restera jusqu'à sa mort le 17 juin 1729.

Il vit maritalement d'abord avec une femme de dix ans de moins que lui puis une autre qui a trente cinq ans de moins. Comme le concile n'accepte les gouvernantes agées de moins de quarante ans vivant chez le curé, l'Église le condamne à rester pendant un mois dans un monastère.

Les mauvais traitements que le seigneur de Touilly fait subir aux paysans de sa paroisse l'indignent et cet ultra en tout les dénonce un jour en chaire de vérité. Sévèrement tancé par l'évêché, il ne fera plus parler de lui de son vivant mais sa vengeance posthume aura des répercussions considérables.

À partir des essais de Montaigne et la Démonstration de l'existence de Dieu [1] de Fénelon qu'il annote frénétiquement dans les marges, il rédige ses propres Pensées et sentiments, volumineux mémoire manuscrit recopié en trois exemplaires qu'il lègue clandestinement à ses paroissiens.

Ce testament philosophique fait de lui un précurseur des Lumières de tout premier plan. Il y est le premier à professer un athéisme sans concession tandis qu'il développe avant la lettre un matérialisme rigoureux et il pose en précurseur les bases d'une philosophie anarchiste, ainsi qu'une conception communiste de la société.

De nouvelles copies circulèrent sous le manteau. Voltaire, d'Holbach, Frédéric II de Prusse, Jean-Jacques Rousseau, Diderot, d'Alembert et l'ensemble des encyclopédistes les liront clandestinement et subiront l'influence de Meslier. Tout en restant dans l'ombre, Voltaire fait publier en 1762 des extraits de cet œuvre qui est si corrosive qu'il en réécrit et édulcore certains passages jusqu'à les rendre méconnaissables. L'athéisme radical du curé s'y trouve travesti en un déisme prudent. D'Holbach, quant à lui, publia Le bon sens du Curé Jean Meslier suivi de son testament.

« Quand l'humble curé d'étrépigny meurt, en 1729, il a recopié en trois exemplaires le message destiné à ses paroissiens, somme philosophique distribuée en neuf “Preuves de la vanité et de la fausseté des Religions”, nourrie par un athéisme et un matérialisme fédérateurs qui débouchent sur une virulente critique sociale et politique. C'est le vécu, l'insertion trente ans durant dans un petit village de Champagne, qui portent la réflexion de Jean Meslier (1664-1729), donnent à son œuvre profondeur et originalité, font de cet homme isolé un précurseur. Mais son message restera longtemps occulté. De ces trois volumineux manuscrits et des douze copies retrouvées dans des bibliothèques privées, seuls des extraits seront connus, centrés sur la critique exégétique, bientôt truffés de commentaires adventices, voire même de passages d'œuvres du baron d'Holbach. Plus de cent exemplaires manuscrits circulaient lorsque Voltaire lui-même, alerté dès 1735 sur ce “curé de village [...] aussi philosophe que Locke”, allait participer à cette campagne réductrice en publiant en 1762, dans sa croisade contre “l'infâme”, un Extrait des sentiments de Jean Meslier, bientôt appelé “Testament du curé Meslier”. Une première édition complète, à Amsterdam en 1864, passa totalement inaperçue. Les extraits furent republiés plusieurs fois avant la magistrale publication de Jean Deprun, Roland Desné et Albert Soboul en 1970. »

Portée par la langue rugueuse de sa province, la pensée de Meslier annonce la Révolution française et, bien au-delà, le matérialisme, le communisme et l'anarchisme.

Extraits du texte original

"Mes chers amis, puisqu'il ne m'aurait pas été permis et qu'il aurait été d'une trop dangereuse et trop fâcheuse conséquence de dire ouvertement, pendant ma vie, ce que je pensais de la conduite et du gouvernement des hommes, de leurs religions et de leurs moeurs, j'ai résolu de vous le dire après ma mort.
Ce serait bien mon inclination de vous le dire de vive voix avant que je meure, si je me voyais proche de la fin de mes jours et que j'eusse encore pour lors l'usage libre de la parole et du jugement. Mais comme je ne suis pas sûr d'avoir, dans ces derniers jours, le temps ni toute la présence d'esprit qui me seraient nécessaires pour vous déclarer alors mes sentiments, c'est ce qui m'a fait maintenant entreprendre de vous les déclarer ici par écrit, afin de tâcher de vous désabuser, au moins tard et autant qu'il serait en moi, des vaines erreurs dans lesquelles nous avons eu tous, tant que nous sommes, le malheur de naître et de vivre.(...)
C'est l'égoïme et l'ambition brutale qui sont la source et l'origine de tous ces superbes titres de seigneurs, de prince, de roi, de monarque et autres tyrans qui nous oppriment. Et aussi la source et l'origine de tous ces prétendus saints et sacrés caractères d'ordre et de puissance ecclésiastique et spirituelle que s'attribuent les prêtres et les évêques. La religion soutient le gouvernement politique, si méchant qu'il puisse être, et à son tour le gouvernement soutient la religion, si sotte et si vaine qu'elle puisse être.
Plus j'ai avancé en âge et en connaissance, plus j'ai reconnu l'aveuglement et la méchanceté des hommes, plus j'ai reconnu la vanité de leurs superstitions et l'injustice de leur gouvernement(...)
J'ai vu, et on voit encore tous les jours, une infinité d'innocents malheureux, persécutés sans raison et opprimés avec injustice, sans qu'ils trouvassent aucun protecteur secourable pour les secourir(...)
C'est l'égoïsme et l'ambition brutale qui sont la source et l'origine de tous ces superbes titres de seigneurs, de prince, de roi, de monarque et autres tyrans qui nous oppriment. Et aussi la source et l'origine de tous ces prétendus saints et sacrés caractères d'ordre et de puissance ecclésiastique et spirituelle que s'attribuent les prêtres et les évêques. La religion soutient le gouvernement politique, si méchant qu'il puisse être, et à son tour le gouvernement soutient la religion, si sotte et si vaine qu'elle puisse être.
D'un côté, les prêtres recommandent, sous peine de malédiction et de damnation éternelle, d'obéir aux magistrats, aux princes et aux souverains, comme étant établis de Dieu pour gouverner les autres, et les princes de leur côté font respecter les prêtres, leur font donner de bons appointements et de bons revenus et les maintiennent dans les fonctions vaines et abusives de leur faux ministère, contraignant le peuple de regarder comme saint et sacré tout ce qu'ils font et tout ce qu'ils ordonnent aux autres de croire et de faire, sous ce beau et spécieux prétexte de religion et de culte divin.
Et ne croyez pas que je vise ici seulement les religions dites fausses, en exceptant au moins de ce nombre la religion catholique. Point. Elle n'est pas moins supersticieuse qu'une autre; elle n'est pas moins fausse dans ses principes, ni moins ridicule et moins absurde dans ses dogmes et maximes."


"Il serait juste que les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec les boyaux de prêtres. Cette expression ne doit pas manquer de paraître assez rude et grossière, mais il faut avouer qu'elle est franche et naïve. Elle est courte, mais elle exprime assez, en peu de mots, tout ce que ces sortes de gens-là méritent.(...)
Il n'y en a point qui aient poussé si loin l'autorité absolue, ni qui aient rendu leurs peuples si pauvres, si esclaves et si misérables; il n'y en a point qui aient fait répandre tant de sang, qui aient fait tuer tant d'hommes, qui aient fait tant verser de larmes aux veuves et aux orphelins que ce dernier roi Louis XIV, surnommé leGrand, non véritablement pour les grandes injustices, pour les grandes voleries, pour les grandes usurpations, pour les grandes désolations, et pour les grands ravages et carnages d'hommes qu'il a fait faire de tous côtés, tant sur terre que mer.(...)
Où sont ces généreux meurtriers des tyrans que l'on a vus aux siècles passés? Où sont les Brutus et les Cassius? Où sont ces généreux défenseurs de la liberté publique, qui chassèrent les rois et les tyrans de leur pays, en donnant licence à quiconque de les tuer? Où sont Jacques Clément et les Ravaillac de notre France? Que ne vivent-ils encore de nos jours pour assommer et pour poignarder tous ces détestables monstres et ennemis du genre humain et pour délivrer, par ce moyen, les peuples de la tyrannie? Non,ils ne vivent plus, ces grands hommes, et on ne voit plus maintenant dans le monde que de lâches et misérables esclaves!


Tous les hommes sont égaux par la nature, ils ont tous également le droit de vivre et de marcher sur la terre, et d'avoir part aux biens de la terre en travaillant utilement les uns et les autres pour avoir les choses nécessaires et utiles à la vie."
"Il n'y a rien de si abject, de si pauvre, de si méprisé que les paysans de France: ils sont les esclaves des grand et des nobles, sans compter ce que les ecclésiastiques exigent injustement de ces pauvres malheureux."
"On a bien raison de comparer ces gens-là à des vermines, car ils ne font que tourmenter, ronger et manger le pauvre peuple. La religion se fait leur complice. Elle menace les ignorants du diable, comme si les diables pouvaient être plus hideux que tous les beaux messieurs, grands et nobles, que toutes les belles demoiselles, parées, frisées et poudrées, qui sont les plus grands ennemis du peuple et lui font tant de mal."
"...cette quantité de riches fainéants qui, sous prétexte qu'ils ont de quoi vivre de ce qu'ils appellent leurs rentes, ne se livrent à aucun travail! De quelle utilité sont ces gens-là, riches fainéants et mangeurs de la substance du peuple? N'est-ce pas la misère que cette quantité prodigieuse d'ecclésiastiques et de prêtres inutiles, d'abbés, de prieurs et de chanoines, de moines et de moinesses, qui ne sont d'aucune nécessité? Quels services rendent-ils au public? Aucun. Et, cependant, ce sont les mieux rentés et les mieux pourvus de tous les biens et de toutes les commodités de la vie: ils sont les mieux logés, les mieux chaussés, les mieux nourris, les moins exposés aux injures du temps et des saisons. S'ils tombent quelquefois dans des maladies ou des infirmités, ils sont si promptement et si soigneusement secourus que le mal n'a presque pas le temps de les offenser.
Ils font des voeux de pauvreté et de renoncement, ils font profession de vivre dans la mortification du corps et de l'esprit."
"C'est pourquoi leurs couvents sont comme des maisons de seigneurs, comme des palais de princes, leurs jardins sont commes des paradis terrestres, leurs cuisines sont toujours abondamment fournies. Ils ont le bonheur de récolter abondamment là où ils n'ont rien semé."
"C'est une injustice, criante de faire manger ainsi à des fainéants la nourriture que, seuls, les bons ouvriers devraient avoir; c'est une injustice criante d'arracher de leurs mains ce qu'ils gagnent et ce qu'ils font venir à la sueur de leur corps pour le donner à des moines inutiles. Comme si on avait à faire de tous ces gens-là, de tous ces diseurs de messes et de bréviaires, d'oraisons et de chapelets! A quoi sert qu'ils se déguisent sous tent de diverses et ridicules formes d'habits, qu'ils s'enferment dans des cloîtres, qu'ils marchent pieds nus, qu'ils se donnent la discipline, qu'ils aillent à certaines heures du jour ou de la nuit chanter psaumes et cantiques? Les oiseaux sauvages chantent et ramassent assez dans les champs et dans les bois. Les peuples n'ont que faire de nourrir tant de gens pour ne faire que chanter dans les temples.""Quand tous les moines et tous les prêtres célébreraient chacun vingt, trente et même cinquante messes par jour, elles ne vaudraient pas à elles toutes un seul clou à soufflet, comme on dit. Un clou est utile et nécessaire, on ne saurait s'en passer en nombre de choses, mais toutes les prières, toutes les oraisons et toutes les messes ne sont utiles qu'à faire venir de l'argent à ceux qui les disent. Un seul coup de hoyau qu'un pauvre manouvrier donne en terre pour la cultiver est utile et sert à faire venir du grain pour nourrir l'homme. Un bon laboureur en fait venir avec sa charrue plus qu'il ne lui en faut pour vivre; mais tous les prêtres ensemble ne sauraient avec toutes leurs prières et tus leurs prétendus saints sacrifices de messes, contribuer à la production d'un seul grain."La profession des moindres artisans est utile et nécessaire dans les Républiques, celles même des comédiens et des joueurs de flûte et de violon ont leur mérite et leur utilité, car les gens de cette profession servent au moins à réjouir et à divertir agréablement les peuples. Il est bien juste que ceux qui, tous les jours, s'occupent utilement au travail et même à des travaux pénibles et laborieux, il est bien juste, di-je, qu'ils aient au moins quelques heures de divertissement. Mais la profession des prêtres et des moines n'est qu'une profession d'erreurs, de superstitions et d'impostures, et, par conséquent, bien loin qu'elle doive être censée utile et nécessaire dans une bonne et sage République, elle devrait, au contraire, y être regardée comme nuisible et pernicieuse, et ainsi, au lieu de gratifier si bien les gens d'une telle profession, il faudrait absolument les interdire e toutes les superstitieuses et abusives fonctions de leur ministère et les obliger à s'occuper à quelque honnête et utile exercice, comme font les autres."


"On a besoin dans toutes les paroisses de quelque berger ou de quelque porcher pour garder les troupeaux, on a besoin partout de fileuses de laine et de blanchisseuses de linge. Mais quel besoin a-t-on, dans une République, de tant de prières, de tant de moines et de moinesses, qui vivent dans l'oisiveté et dans la fainéantise?"
" Si les hommes possédaient et jouissaient également en commun des richesses, des biens et de commodités de la vie, s'ils s'occupaient unanimement tous à quelque honnête et utile travail, ils vivraient tous heureux et contents, car la terre produit assez abondamment pour les nourrir et les entretenir; personne ne serait en peine ni pour soi, ni pour ses enfants de savoir où il logerait, peronne n'aurait à se tuer soi-même par des excès de fatigue et de travail."
"Vous étonnez-vous, pauvres peuples, que vous ayez tant de mal et tant de peines dans la vie? C'est que vous portez seuls tout le poids du jour, c'est que vous êtes chargés non seulement du fardeau de vos rois et de vos princes qui sont vos premiers tyrans, mais encore de toute la noblesse, de tout le clergé, de toute la moinerie, de tous les gens de justice, en un mot e tout ce qu'il y a de gens fainéants et inutiles dans le monde."
"Les moines n'ont eu garde de renoncer aux avantages de la vie en commun. Aussi sont-ils toujours dans un état florissant, ne sentent-ils jamais les misères ni les incommodités de la pauvreté: leurs couvents sont aussi superbement bâtis que des palais, leurs maisons sont des réservoirs de tous les biens et de toutes les commodités. Que les hommes ne s'entensent-ils pas de même pour jouir de la vie en commun, dont les avantages sont évidents et incalculables?
Mais les grands et les nobles ont intérêt à ce que cet état ne s'établisse pas. Ils préfèrent la division des hommes qui leur permet de les pressurer, de les dépouiller, sachant leur inspirer une telle crainte que ceux-ci n'osent même résister, alors même que les princes les obligent à se précipiter sur les autres peuples pour des intérêts qui ne sont pas les leurs."
"L'ordre naturel est ainsi entièrement perverti dans le royaume. La France est victime de l'ambition de ses rois, tout s'y rapporte à une vaine image de gloire et ne rend que plus pesantes les chaînes sous lesquelles elle gémit."

"Sur quelles bases ont-ils fondé cette prétendue certitude de l'existence d'un Dieu? Sur la beauté, l'ordre, sur les perfections des ouvrages de la nature? Mais pourquoi aller chercher un Dieu invisible et inconnu pour créateur des êtres et des choses, alors que les êtres et les choses existent et que, par conséquent, il est bien plus simple d'attribuer la force créatrice, organisatrice, à ce que nous voyons, à ce que nous touchons, c'est à dire à la matière elle-même? Toutes les qualités et puissances qu'on attribue à un Dieu placé en dehors de la nature, pourquoi ne pas les attribuer à la nature même qui est éternelle?"
"Rien ne se crée. Rien ne se perd. Le temps ni l'espace n'ont été créés: car si un être avait créé le temps, il eût fallu qu'il fût hors du temps et rien ne peut être hors du temps. Pour créer l'espace, il eût fallu qu'il fût hors de l'espace, et rien ne peut être hors de l'espace. Enfin pour créer la matière, il eût fallu qu'il fût hors de la matière et rien ne peut être hors la matière."
"Le monde est un mélange confus de bien et mal; il s'ensuit évidemment qu'il n'a pas été créé par un être infiniment parfait, et, par conséquent, il n'y a pas de Dieu."


Que diriez-vous, Messieurs les Déicoles, d'un père de famille qui pouvant tout bien régler et gouverner, qui pouvant donner à ses enfants de belles perfections, voudrait néanmoins tout abandonner à la conduite du hasard et laisser venir les enfants beaux ou laids, sains ou malades? Serait-ce là un père parfaitement bon? Le berger qui n'a pas créé ses brebis s'efforce de les protéger contre les dangers, la maladie ou la dent du loup. Que diriez-vous de lui s'il prenait plaisir à les regarder aller à leurs risques dans les marécages pestiférés ou dans les antres des bêtes féroces?
Ah! l'autre vie! l'âme immortelle! Est-ce que nous ne sentons pas, intérieurement et extérieurement par nous-mêmes, que nous ne sommes que matière, et que nos pensées les plus spirituelles ne sont que de la matière de notre cerveau, qu'elles sont le résultat de sa constitution matérielle et que ce que nous appelons notre âme n'est en réalité qu'une portion de la matière, la plus délicate et la plus subtile?"
"L'âme n'est ni spirituelle ni immortelle. Elle est matérielle et mortelle aussi bien que le corps. Il n'y a donc point de récompense à espérer
ni de châtiments à craindre après cette vie. Il n'y a point de bonté souveraine pour récompenser les justes et les innocents, point de justice souveraine pour punir les méchants. Il n'y a point de Dieu."
"Mais il y a l'homme, il y a la terre, il y a la vie, il y a le sentiment de l'équilibre et de la justice, et c'est sur cette terre qui lui appartient, dans cette vie qui est sienne, que l'homme doit réaliser la justice, le bonheur, la solidarité et la fraternité universelles. Ce n'est pas en Dieu que l'homme doit chercher la puissance, la bonté, la perfection, c'est en lui-même: par l'instruction il deviendra savant, c'est à dire puissant; par l'éducation, il se fera juste, c'est à dire bon; par l'aide mutuelle et la solidarité, il réalisera sur la planète qui est son domaine la perfection possible. Il faut avoir le courage de rejeter toutes les idées préconçues et surtout d'effacer ce préjugé de la perfection des choses actuelles, comme ayant été créées définitivement par l'ordre d'un Dieu. Tout est en mouvement, tout se transforme, tout progresse."
" La matière a institué, par des modes de mouvement, tous les différents effets ou ouvrages que nous voyons dans la nature: il n'y a que des efforts naturels. La matière obéit à des lois qui, jusqu'ici, nous semblent toujours identiques à elles-mêmes, et ce pendant il nous appartient d'en modifier l'expression, par exemple, dans les plantes ou arbres sur lesquels nous pouvons mettre des greffes de différentes natures. La vie corporelle, soit des hommes, soit des bêtes, soit des plantes, n'est qu'une espèce de modification et de fermentation continuelle de leur être, c'est à dire de la matière dont ils sont composés, et toutes les connaissances, les pensées et les sensations qu'ils peuvent avoir ne sont, que diverses autres modifications et fermentations."


Bientôt je ne serai plus rien.

Levez-vous, unissez-vous contre vos ennemis, contre ceux qui vous accablent de misère et d'ignorance. Rejetez entièrement toutes les vaines
et superstitieuses pratiques des religions. N'ajoutez aucune foi aux faux mystères, moquez-vous de tout ce que les prêtres intéressés vous disent. car c'est là la cause funeste et véritable de tous vos maux...Votre salut est entre vos mains, votre délivrance ne dépend que de vous, car c'est de vous seuls que les tyrans obtiennent leur force et leur puissance."
"Unissez-vous donc, ô peuples! unissez-vous tous, si vous avez du coeur, pour vous délivrer de vos misères communes. Commencez d'abord par vous communiquer secrètement vos pensées et vos désirs. Répandez partout le plus habilement possible des écrits semblables à celui-ci par exemple, rendez odieux partout le gouvernement tyrannique des princes et des prêtres. Secourez-vous dans une cause si juste et si nécessaire et où il s'agit de l'intérêt commun de tous les peuples..."
"Retenez pour vous-mêmes ces richesses et ces biens que vous faites venir à la sueur de votre corps, n'en donnez rien à tous ces superbes et inutiles fainéants, rien à tous ces moines et à ces ecclésiastiques qui vivent inutilement sur la terre, rien à ces orgueilleux tyrans qui vous méprisent...que vos enfants, vos parents, vos alliés quittent leur service, excommuniez-les de votre société. Ils ne peuvent pas se passer de vous, vous pouvez vous passer d'eux et n'ayez pas d'autre religion que de maintenir partout la justice et l'équité, de vous aimer les uns les autres et de garder inviolablement la paix et la bonne union entre vous."
"Après cela, qu'on en pense, qu'on en juge, qu'on en dise ce que l'on voudra, je ne m'embarrasse pas. Que les hommes s'accommodent et se gouvernent comme ils veulent, qu'ils soient sages ou qu'ils soient fous, qu'ils disent ou qu'ils fassent de moi ce qu'ils voudront après ma mort, je m'en soucie fort peu. Je ne prends déjà presque plus de part à ce qui se fait dans le monde. Les morts avec lesquels je suis sur le point d'aller ne s'embarrassent plus de rien et ne se soucient plus de rien. Je finirai donc ceci par le rien, aussi ne suis-je guère plus que rien et bientôt je ne serai plus rien"

Christicole: adorateur/trice du Christ (Trésor de la Langue Française). Selon le TLF, le suffixe -cole (adorateur) a une « valeur parfois légèrement péjorative [qui] vient peut-être de chez Rabelais, p. ex. sorbonicole »
Par JEN - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : papierlibre
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Lundi 24 mars 2008
HISTOIRE DE DADOU


Avant-propos :
S’il est vrai qu’un ancêtre est toujours le maillon indispensable de notre généalogie, certains maillons de cette chaîne qui remonte à la nuit des temps ont, sans le vouloir, une importance particulière, tel est le cas de Jacques Isaac NOZICK que ses amis et ses parents appelaient « Sounia » et nous : Dadou. Celui-ci s’est en effet trouvé à la charnière de plusieurs mondes : historiques, géographiques, politiques ou religieux. Généralement les informations relatives aux communs des mortels ne survivent jamais beaucoup plus de deux générations. Celle des contemporains de l’individu et celle de ceux qui les entendent raconter ce qu’ils ont connu. C’est pour pallier cet inconvénient que nous avons rassemblé ici ce que nous savons de Dadou afin que cette histoire ne soit pas perdue puisse satisfaire la curiosité de ses petits-enfants et arrières petits-enfants. C’est enfin pour ceux qui l’ont connu et aimé une manière de lui rendre une marque de tendresse posthume.

Rassembler ces informations n’est pas une chose simple car Dadou était modeste et peu bavard. Il ne parlait donc pratiquement jamais de lui. Ayant par ailleurs vécu des aventures disparates dont il ne reste pas de témoins, beaucoup de périodes de sa vie nous sont mal connues.

HISTOIRE DE SA FAMILLE
Les parents de DADOU sont : LEV (Léon) NOZICK et DORA sa femme. Les frères de LEV ont tous émigré aux USA et au CANADA, ce dernier est le seul à être resté en Ukraine à l’époque. Ses frères sont à l’origine des branches NOZICK d’outre-Atlantique.

LEV est un riche industriel et homme d’affaire juif qui a fait sa fortune dans l’industrie métallurgique et dans le négoce de la chaussure. Il vit avec sa famille à Krivoîrog en Ukraine. À la révolution russe de 1917, il sera ruiné et décidera de partir pour l’Ouzbékistan à Tachkent. LEV NOZICK y ouvre une petite usine de cuir de bonne qualité. Il meurt à l’âge de 49 ans environ.

Sa femme DORA était très belle, plusieurs photos l’attestent. Elle fut orpheline vers l’âge de 8 ans, et élevée par son oncle. Elle est morte à l’age de 84 ans, en 1960. Dadou ne la reverra jamais.

Leurs enfants sont :
- DADOU (ils l’appellent Sounia) né en 1902, puis
- DACIA qui deviendra pédiatre à Tachkent (décédée en 1989), c’est la mère de LÉONID (émigré aux USA avec son fils) et d’ALIC (actuellement en Israël avec ses deux fils)
- EMMANUEL : il est ingénieur. Il sera tué à la guerre de 39D 45, lors de la bataille de Stalingrad. Il laisse une jeune veuve avec un fils.
- JACOB : il est ingénieur maritime, il sera tué le 20 mai 45 dans un accident de voiture. Il avait reçu de Staline la mission de transférer les installations du port de Dantzig. Il laisse aussi une veuve et un fils.
- (Voir arbre généalogique : branche Russe)

Anecdote : quand DACIA est née, Dadou, qui avait 2 ans, lui a asséné sur la tête un coup avec une chaussure. Elle en conservera la marque toute sa vie.

La raison d’émigrer à Tachkent est que la situation en Ukraine était devenue dangereuse comme l’illustre l’anecdote suivante : Dadou qui avait à peu près 12 ans a été pendu à une porte par des « houligans ». L’objectif des voyous était de rançonner les parents. Dadou qui apprenait l’espéranto avant d’être pendu s’est remis à son étude aussitôt après avoir été décroché (ce qui montre assez bien son caractère).

Il nous a raconté être allé à l’école à cheval quand il y avait de la neige.

Lorsqu’il était petit un voisin avait reçu un piano. Dans la caisse, les enfants avaient improvisé une maison dans laquelle l’un d’eux, fait « prisonnier » a été simplement oublié le soir.

Il a environ 16 ans, il est dans une école militaire (il fait si froid que les garçons sont obligés de coucher par deux pour mettre en commun leurs couvertures).

Vers l’âge de 18 ans, Dadou est bien allé à Tachkent avec ses parents, mais il n’y est resté qu’un moi. Il est directement parti en Palestine comme pionnier attiré par le sionisme. Ce n’est sans doute pas par pure idéologie qu’il émigre en Palestine, mais parce qu’il a la possibilité de rejoindre un ami : Youlik. Les conditions de vie y sont très difficiles (malaria, chaleur…). Dadou travaille dans un Kibboutz pendant environ 4 ans. Il fait de nombreuses photos d’Israël de l’époque (que nous avons conservé). Ce séjour en Palestine, alors sous protectorat Anglais lui vaudra d’avoir la nationalité britannique (alors qu’il n’a jamais su un mot d’Anglais).

VENUE EN FRANCE :
Dans les années 1925, Dadou arrive en France, il y a de la famille (Michel ou Pierre CHERDAKOFF, cousins du côté de sa mère). Il travaille la nuit chez Citroën et le jour étudie pour devenir ingénieur électricien (il dort dans le métro, et gardera toute sa vie la faculté de dormir n’importe où). Il vit en collectivité avec d’autres émigrés Russes pour partager les dépenses.
Anecdote : l’un de ses compagnons faisait la cuisine. Étant joueur, il avait malencontreusement perdu l’argent de la nourriture, ils mangèrent du lapin (tous les chats du quartier).

Dadou est naturalisé Français en 1928.

Sans doute à l’université, il rencontre Lydia LEVANDE sa première femme. Elle est polonaise son père est médecin, c’est le docteur Samuel LEVANDE. Ils se marient en 1930 à VILNO en Pologne (sur le Certificat de mariage signé par le rabbin : il est écrit NOZIK).
Ils habitent 69-71 rue de Vanves (appartement de 2 pièces : 3,50x3 et 4,15x2,5m nous en avons le dessin fait par Dadou écrivant à sa femme à Vilno). En 1932, ils ont une fille : Zina qui naîtra en Pologne chez ses grands parents. La jeune maman (à la fois scientifique et peintre) décéder un peu plus d’un an après la naissance de Zina (Renée), sans doute de tuberculose.

Dadou est alors artisan électricien. C’est Simone, sa secrétaire, qui recevra l’annonce du décès. En la lisant Dadou dira en pleurant : « elle est mouru ». Zina restera en Pologne pendant environ 2 ans. En 1934 Simone viendra la chercher et la ramènera à Paris. Quelques années plus tard, toute sa famille maternelle juive sera anéantie par les nazis.

En 1936, il épouse Simone LALANDE.

Dadou monte une entreprise d’installation électrique, de plomberie et de chauffage central. Cette entreprise deviendra prospère, mais en 1939 elle sera anéantie par la guerre.

LES ANNEES DE GUERRE :
Dadou fait de la résistance : réparation de radio ? Puis il travaille dans une ferme ce qui lui permet de servir de passeur de la ligne de démarcation. Il est pris lorsqu’il fait passer la femme d’un notable, beaucoup trop bien habillée pour être l’épouse d’un ouvrier agricole. Il sera pris comme résistant Français, prisonnier à Bordeaux, puis déporté à Dachau et Buchenwald. Il ne survivra que parce qu’il est ingénieur et parle allemand (il parle le yiddish). Ayant le scorbut, il sera sauvé par un médecin déporté Russe venant également de son pays (Krivoï rog en Ukraine), parce qu’en entendant celui-ci dire en russe « A la douche « (pod douchom) il s’est écrié en russe : « non pas à la douche ! » Dadou n’a jamais parlé de la vie au camp de concentration.
Seule anecdote : lors du voyage en wagon à bestiaux, il y avait eu un arrêt pendant lequel les prisonniers devaient descendre. Il avait tellement envie d’uriner qu’il n’a pas pu…

Pendant ce temps, un peu avant l’exode, Simone s’est réfugiée dans le Lot à Autoire près de Saint-Céré. Elle avait à charge Zina, puis Yvon Letiec. Simone a perdu un bébé quelques jours après sa naissance. La petite tombe de Pierre Nozick est toujours visible à Autoire.

En 1942 Simone et les enfants remontent à Nemours, elle travaille à l’hôpital. Zina ira à l’école à Nemours, puis sera pensionnaire à Fontainebleau.

AU RETOUR DE LA GUERRE :
Dadou revient des camps moralement et physiquement très affecté (il sera reconnu GIG : grand invalide de guerre et ancien combattant). Pendant longtemps il fera d’horribles cauchemars au cours desquels il pousse un cri particulier. Au début, il sera incapable de retravailler. Il récupère son local du 12 rue Pascal.
Bientôt, un de ses copains dénommé Chragin, lui propose une « bonne affaire ». Il s’agissait d’acheter aux Domaines 2 wagons de sonneries PTT réformées. (En fait il y a 2 bobines en série, en cas de surtension l’une sert de fusible à l’autre. Il suffit de « sonner » celle qui est mauvaise et de la remplacer par une bonne).
Dadou achètera des lots divers (pelles bêches, surplus de l’armée US, et même canot pneumatique, tente, masques à gaz…). Il aura l’opportunité de démarrer la société RECTEC (récupération technique).

LA PÉRIODE HEUREUSE :
La société RECTEC domiciliée au 12 rue Pascal dans le 5e se spécialise dans la récupération et le reconditionnement de matériel téléphonique. Dans les années 55 – 60, il y a encore des standards manuels à fiches, et les autocommutateurs téléphoniques sont constitués par des « boîtes à relais » que Dadou stocke dans un hangar avec des étagères en bois au 28 rue Broca 5e (cafarnaûm, véritable caverne d’Ali Baba). Tous les installateurs en téléphonie savent que, s’ils ont besoin de n’importe quoi, ils le trouveront chez le père Nozick qui devient une figure de la profession. Par la suite il ajoutera des activités de sous-traitance pour la CIT.

Zina se marie avec Michel BULOURDE en 1953. Il en résultera une brouille avec Simone.

Les autres enfants sont :
- Jean-Pierre né en 1942 (il décèdera à l’âge de 22 ans suite à une tumeur au cerveau provoquant des crises d’épilepsie)
- Lydie née en 1946
- Jacques né en 1947
- François né en 1950
- Pascale née en 1960
(Voir arbre généalogique branche France)

Jusqu’en 1951 la famille habite au-dessus de la société Rectec au 12 rue Pascal, et ensuite Dadou achète un pavillon au 45 rue du Génie à Vitry-sur-seine, qu’il aménagera plus ou moins lui-même.

L’été et les week-ends la famille se déplace à Saint Pierre les Nemours, soit chez la grand mère au 20 rue de la gare, soit au « camping » terrain près du bois dit du « Belvédère » à côté de Chaintréauville, sur lequel Dadou construit lui-même plusieurs baraques de récupération. C’est un paradis pour les enfants. Il installe des balançoires dans tous les arbres. L’été se sera la baignade dans le Loing. Dadou avait fait cadeau d’un morceau de ponton flottant qui y est resté pendant de nombreuses années. Dadou passera son temps à bricoler, planter des arbres. Quand il est content, il chante très fort en russe.
Il mènera une vie heureuse jusqu’en 1971 date à laquelle son chef d’atelier et homme de confiance, un pied noir dénommé ALTIT, créera une entreprise concurrente en débauchant la quasi-totalité de son personnel. Il en sera très affecté.

Jacques (25 ans) viendra l’aider à continuer l’activité, mais dès 1972 Dadou tombe gravement malade, on décèlera un cancer de la prostate en cours de généralisation (métastase au cerveau). Il décédera le19 janvier 1974.

TRAITS DE CARACTÈRE :
DADOU est un homme courageux, optimiste, cultivé, tolérant, athée convaincu, modeste, il est peu élégant. Son principal trait de caractère est la générosité, (faisant toujours des petits cadeaux il sera célèbre pour distribuer largement les premiers stylos billes publicitaires qui sortent sur le marché), après sa mort des « amis » à qui il avait prêté des sommes d’argent importantes (sans aucun papier) sont venus les rembourser...

Il adore les enfants. Il racontera chaque soir à ses enfants l’histoire d’enfants qui font un grand voyage. Il venait s’allonger sur l’un des lits dans la « grande chambre » (où tous les lits étaient rassemblés) et commençait par demander : « où en étions-nous ? » et continuait d’inventer au fur et à mesure son histoire. Son grand plaisir : s’interrompre pour que les enfants demandent ensemble : « et alors ? »

Il a le sens de l’humour juif «, « il faut toujours traverser dans les passages cloutés, parce que si l’on est tué, on peut se faire rembourser ». Il maîtrise mal l’argot et fait souvent des erreurs en l’employant. Il traduit aussi des proverbes russes, exemple : » celui-là il veut sauter plus haut que ses couilles ». Au théâtre, il comprend les blagues avait toujours un temps de retard, il commence à rire quand les autres ont fini. Ses enfants ne remarquent pas son fort accent russe, ils ne le décèlent que lorsqu’il parle au téléphone ou s’il enregistre sur un magnétophone. Il ne laissera que peu de lettre car il écrit mal le français.

Dadou n’est aucunement religieux. Il est si tolérant qu’il ne sera même pas offusqué que sa belle mère fasse baptiser tous ses petits-enfants (hantise de l’après-guerre pour les enfants de juif).

Il n’aura que peu de relations avec le milieu juif ou russe, si ce n’est par l’intermédiaire de la Franc-Maçonnerie, où il fréquente régulièrement la prestigieuse loge russe de la Grande Loge de France qui a longtemps rassemblé beaucoup de personnalités éminentes émigrées de l’ancienne Russie.

EN GUISE DE CONCLUSION :
Dadou a vécu et survécu à des aventures nombreuses qu’il est rare qu’un seul individu puisse connaître en une seule existence : révolution russe, pionnier en Palestine, émigration en France, décès d’une jeune femme, création d’une entreprise, résistance, déportation, retour à la vie, nouveau départ de zéro, création d’une autre entreprise, fondation d’une famille, sans compter un grand nombre d’aventures et d’accidents divers.

Même dans les circonstances les plus tragiques, voire désespérées, il a toujours montré un courage étonnant.

Sans doute ces épreuves sont-elles à l’origine de son apparence « réservée », un peu ours. Cependant ses proches ont pu apprécier ses remarquables qualités humaines, son esprit d’entrepreneur, et sa curiosité intellectuelle.

Merci à lui d’avoir contribué à faire de nous ce que nous sommes.
Par JEN - Publié dans : DVD personnel et familal - Communauté : Vos vies, les vôtres ...
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Vendredi 29 février 2008

La chaleur inhabituelle du début d’été avait guidé mes pas vers cette église où j’étais sûr de pouvoir me reposer un instant et profiter d’un peu de fraîcheur et de calme.
Ce n’est que lorsque mes yeux s’accommodèrent à la douce lumière ambiante que l’étrange personnage capta mon attention : c’était un grand crucifix. On aurait pu s’attendre à ce que le supplicié accroché au mur montre un visage ravagé de souffrance, un corps affaibli, meurtri par la flagellation et le coup de lance à son côté. Or il n’y avait là qu’un beau jeune homme triste et plein de douceur. N’étant recouvert que d’un minuscule linge autour de la taille, on pouvait admirer l’intégralité d’un corps qui n’avait pas encore subit les dommages du temps et dont la perfection faisait penser à l’harmonie des statues grecques.
Je fus surpris de ressentir à la vue de ce christ une sensation plutôt agréable, parfaitement inattendue face à ce qu’aurait dû évoquer une scène de torture. J’essayais de trouver une explication rationnelle à cette étrange impression. Je me dis que ce spectaculaire supplice de la croix n’était pas le pire. Le pauvre Jésus aurait tout aussi bien pu se faire lapider, écartelé, écorché vif et coupé en morceaux ou simplement empalé. Pendant un moment j’imaginais avec une absurde complaisance les « signes de croix » singuliers qu’aurait pu suggérer ces autres supplices et ne pus m’empêcher de sourire de ce à quoi l’on avait échappé avec le dernier de la liste.
J’observais de nouveau Jésus et constatais qu’il avait les chevilles d’une extrême finesse, ce qui me fit souvenir de la légende selon laquelle les femmes ont longtemps essayé d’occulter leurs chevilles, ces dernières étant supposées indiquer une propension amoureuse proportionnelle à leur finesse. Cette pensée m’apparut d’autant plus saugrenue qu’il ne s’agissait pas d’un corps féminin, mais bien de celui d’un homme dont le sculpteur avait reproduit l’harmonieuse musculature et les larges épaules mises en valeur par des hanches étroites. Il se dégageait cependant de cette représentation une douceur et une beauté inhabituelles pour ce genre de personnage et ce genre de lieu.
Je me dis que celui qui l’avait réalisé avait pu être dépassé par son œuvre, ou peut-être subjugué par la beauté de son modèle. Malgré cette évidente volupté, ce Christ était cependant parfaitement conforme aux critères de la décence et de l’orthodoxie : accroché irréprochablement sur sa croix, ses parties honteuses étaient parfaitement dissimulées sous un pagne, sa tête bien surmontée de la couronne d’épine.
L’émotion, sans doute purement esthétique que je ressentais, semblait provenir de la simple représentation d’un corps harmonieux et sensuel. Qu’un artiste de talent eut voulu rendre beau le fils de Dieu n’était pas anormal. Ne dit-on pas : « beau comme un Dieu » ? Qu’auraient pensé les fidèles d’un Jésus contrefait et laid ? Un nabot aurait-t-il conquis les foules ? Indiscutablement, ce Christ-là avait tout pour enchanter les honnêtes gens. Combien de jeunes filles avaient d’ailleurs pu être émues par les proportions admirables de ce corps si humain ? Avec quel enthousiasme, nombre d’entre elles avaient dû se presser à l’église pour ressentir ce petit frisson que, dans leur tendre naïveté, elles avaient pu prendre pour une manifestation de l’Esprit Saint. De plus, recevoir en elle le corps d’un tel Christ, ne fusse que par une insipide hostie, devait être une bien douce récompense à leur aimable piété.
Quelques jeunes garçons, à la sexualité hésitante, avaient-ils sans doute pu aussi être troublés par de timides érections. Alors dans une sorte d’innocent miracle Jésus leur avait laissé entrevoir les charmes de certains plaisirs réprouvés par les bonnes mœurs de leurs contemporains, mais que le Sauveur dans son admirable tolérance n’avait jamais critiqué. Lui qui comprenait si bien les désirs, les tourments et les faiblesses humaines. Pendant que je pensais intensément au message d’amour de ce Jésus des Evangiles, une question s’imposa à moi : que sait-on vraiment de lui ? A-t-on connaissance de sa vie intime, de la plus modeste aventure féminine? Pourquoi a-t-il occulté des aspects aussi primordiaux de son existence que, par exemple, ses relations amoureuses ? Sans doute avait-il précisément ici quelque chose d’important à cacher, mais quoi ?
Je restais à contempler l’œuvre d’art qui sans  la croix aurait été encore plus belle, quand j’eus soudain une révélation ! Je venais de comprendre que Jésus avait vécu un drame insoupçonné et que son silence sur sa vie privée était lourd de signification. J’eus la certitude que l’artiste avait lui aussi percé ce mystère que la magie de son art avait révélé avec une étrange impudeur. Tout devenait clair et « l’amour du prochain » que Jésus clame sans cesse prenait un sens nouveau. Cet amour n’était pas le piètre résultat d’une mesquine compassion chèrement marchandée par des Chrétiens ordinaires pour se donner bonne conscience. Non, cet amour était universel : hommes, femmes, Dieu devaient se joindre dans une jubilation infinie.
Je ne pus alors m’empêcher de sourire tristement en pensant à toutes les complications scolastiques qu’ont pu imaginer les hommes d’église parlant sans vergogne au nom et à la place d’un Dieu qu’ils ne connaissent aucunement. J’étais navré pour ce pauvre Jésus que les gens se complaisent à laisser toujours cloué sur sa croix comme une vulgaire chouette sur la porte d’une église. Dans quel but poursuivent-t-ils cette macabre mise en scène ? Pour sauver une humanité indifférente : c’est absurde, autant que de lui faire décrasser les pouilleux est répugnant, le faire naître d’une mère mariée mais resté vierge est farfelu… pauvre Jésus ! Comme doit-il être attristé que des gens prétendument sérieux puissent croire à de telles inepties et être passé à côté de sa vérité la plus évidente !
Tout est pourtant simple et lumineux. Quand il dit à son père : « pourquoi m’as-tu fait cela ? », il y a un énorme malentendu. Il ne reproche pas à son père son tragique destin : il en était parfaitement informé depuis le début. Non, ce qu’il reproche à son divin géniteur c’est uniquement de l’avoir fait… homosexuel ,  c’est-à-dire, pour l’époque, un monstre aux pulsions coupables !
On comprend alors que Jésus soit allé vers les exclus, les réprouvés et les marginaux : il l’était lui-même autant qu’eux. Quand, dans son message ,  il dit « aimez-vous les uns les autres » ses intentions sont claires et personne ne le comprend. Jésus doit être heureux que les homosexuels soient enfin reconnus comme des créatures du Bon Dieu, tout aussi estimables que celles qui copulent avec le sexe opposé.
Je restais encore un long moment à méditer, tout au bonheur de cette révélation surprenante que je remerciais le Seigneur de m’avoir envoyé. Puis je me levais et, m’avançant vers la sortie, je passais à côté d’une dame qui semblait mâchouiller une quelconque prière, et à qui je dis doucement en désignant le grand crucifix : « vous saviez, vous, que Jésus, en plus d’être juif était aussi pédé ? ».
Elle ne devait pas le savoir car elle me regarda d’un air hébété.                  JN
Par JEN - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : Apprendre et découvrir
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Vendredi 29 février 2008


Allo, Madeleine… sais-tu qui te parle ?

Bien sûr que c’est moi, par contre ce que tu ne sais pas c’est que je suis devenue une écouteuse. Oui ma chère : une écouteuse de l’Association des Dames du Bon Secours. Je t’en ai parlé, il y a quelque temps. Je réponds par téléphone à des gens qui ont des problèmes, les demandes sont renvoyées chez moi, et je peux répondre avec mon téléphone mobile, tout en faisant autre chose, c’est cool non ?

Alors, j’ai suivi un stage de formation. Premier jour : l’écoute passive, deuxième jour : l’écoute active, et troisième jour : comment faire le bonheur des gens malgré eux ! Bon, je vais te laisser car dans cinq minutes je serai opérationnelle sur la tranche 14 - 18.

Non, pas les anciens combattants, la tranche horaire de 14 à 18 heures, il paraît que c’est la plus facile pour débuter, allez Bisous !

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Pauvre Madeleine, elle m’a toujours un peu jalousée… mais en tant qu’écouteuse, je suis au-dessus de ces contingences. Une écouteuse s’efforce de comprendre, puis doit guider celui qui cherche la lumière dans les ténèbres.

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(Sonnerie)
Chic, mon premier appel !
Allo, les écoutes à votre service

Pardon ? Non monsieur, c’est une erreur (en aparté : un mauvais numéro… je vais en profiter pour m’entraîner un peu), je vous disais que c’est une erreur, mais que l’erreur est humaine…

Ne vous fâchez pas, je disais ça parce que vous avez l’air stressé, calmez-vous autrement vous risquez une attaque (en aparté : « en cas de pulsions violentes, laissez passer l’orage et reprendre la main avec le maximum de fermeté, dès la première accalmie »).

Bon maintenant permettez-moi de vous dire, cher Monsieur, que vous n’avez pas le monopole de la conscience professionnelle, d’ailleurs vous ne savez même pas qui je suis… comment ?

Non monsieur, je ne suis pas une petite pute de standardiste, je suis une écouteuse…non pas une écouilleuse, mais une é-cou-teu-se… non monsieur, la banque ne me paie pas pour faire chier les clients ! Je pense qu’il serait bon que vous vous calmiez afin que je vous explique à la fois votre erreur et le contenu de ma mission… Oh ! Il a raccroché.


En aparté : Je crois que je ne m’en suis pas mal tirée, pour une première fois. J’aurais quand même bien aimé lui dire, à cet abruti, que je ne suis pas …La Banque Populaire !
 
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(Sonnerie)
Allo, ici le service d’écoute de l’Association

Je comprends la situation ; votre mari couche avec sa secrétaire. Mais c’est très banal ces choses-là, ça arrive tous les jours. C’est  dans la nature des hommes d’être volages. Ils sont comme Dieu les a faits, et quelque fois pires… d’ailleurs cette petite secrétaire… elle rend peut-être un grand service à votre couple. Elle évite à votre mari d’être frustré, stressé, ce qui pourrait le rendre violent ou dépressif. C’est en quelque sorte comme une… soupape.

Mais oui, bravo, bien sûr ! Trompez-le, ça vous fera du bien, et ça ne lui fera pas de mal, surtout s’il n’est pas au courant.

Mais ne me remerciez pas, chère madame, entre femmes on doit s’épauler. Je n’ai fait que vous aider à trouver en vous-même les ressources pour combattre l’adversité… aurevoir, et… bien du plaisir !

En aparté : ça c’est fort : « trouver en vous-même les ressources pour combattre l’adversité ! »  Je me demande où je vais chercher des trucs pareils. Je crois que je m’en suis encore assez bien tirée. Il faudrait peut-être que j’améliore un peu l’entrée en matière…

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(Sonnerie)
Allo, bonjour, c’est Thérèse qui vous écoute…

Oui monsieur, c’est effectivement dramatique…elle a donc été supprimée, brutalement ?

Allez ne vous désespérez pas, les émissions de télé, c’est comme les femmes : une de perdue, dix de retrouvées, changez donc de chaîne !

Dans ce cas, je vous conseille de vous mettre au bridge ou à la pétanque.

Voilà une très bonne idée : jetez votre téléviseur !

Non monsieur, on ne se jette pas du quatrième étage avec son téléviseur, imaginez que quelqu’un passe en dessous.

Puisque vous me demandez mon conseil, je trouve qu’il serait plus raisonnable d’aller vous jeter dans la Seine, avec votre téléviseur, si cela vous fait du bien.

Tout le plaisir était pour moi ! Au revoir, cher monsieur, et … bon suicide !

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(Sonnerie)
Bonjour, c’est Thérèse qui vous parle.

Chère madame, ce que vous me dites me surprend. Comment Dieu pourrait-il se désintéresser de vous ?

C’est qu’il a beaucoup de travail en ce moment, et parfois, il n’a pas le temps de répondre personnellement à tout le monde, et puis… vous savez comment il est, Dieu, toujours très discret.

Dans ces conditions, s’il vous ignore, ignorez-le aussi, et nous verrons bien qui se lassera le premier !

Voilà, vous avez tout compris ! Plus de prières, d’église, plus de simagrées ! Faites de la marche à pied, de bons gueuletons, vous pouvez même dire du mal de vos amies, si ça vous fait du bien.

Mais, chère madame, réfléchissons : si le bon Dieu a créé les tentations, c’est bien pour que nous y succombions. D’ailleurs la gourmandise, la paresse… c’est merveilleux, non ? Et même la luxure… c’est un joli mot : luxure, il a luxe…

Désolée, alors chère madame, il vous reste quand même la gourmandise et la paresse !

Au revoir madame, profitez-en bien, et Dieu aura ce qu’il mérite.

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(Sonnerie)
Thérèse est à votre écoute…

Vous voulez toujours la Banque Populaire, vous êtes tenace !

Oui monsieur, c’est toujours moi, celle que vous avez traité d’écouilleuse, de petite pute de standardiste. Comme vous avez été impoli avec moi, je suis navré de vous dire que vous n’aurez pas votre carnet de chèque…

Vous redevenez poli, c’est hélas un peu tard. Ici à la Banque Populaire, on ne traite pas une employée méritante de « branleuse qui fait chier les clients », je suis obligée de prendre des sanctions à votre encontre. Non seulement vous n’aurez plus jamais de chéquiers, mais de plus je vous mets à la porte de notre banque !

D’abord, Monsieur, l’argent ne fait pas le bonheur. Et quant au solde de votre minable petit compte, je le verserai à une bonne œuvre, par exemple… à l’association des Dames du Bon Secours… Si vous saviez, Monsieur, combien ces dames sont étonnantes !

J. N.




Par JEN - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : papierlibre
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Jeudi 24 janvier 2008
Votre environnement de demande qu'à mieux vous découvrir !

Rendre son association ou son entreprise plus visible : rien de plus facile grâce à un DVD que vous pourrez réaliser vous-même pour :
- Soit  le diffuser directement dans votre environnement
- Soit le mettre sur Internet.
Tous vos contacts pourront alors le visionner avec un simple clic sur l’adresse du lien. Profitez-en, l’hébergement est gratuit !

Vous souhaitez expliquer votre action, ou communiquer un événement, anniversaire, animation d’un séminaire, formation…vous pouvez le faire en réalisant vous-même votre DVD.

Le service imaginée par Galilée Production pour les associations et les PME s’apparente aux formules proposées aux particuliers. C’est dire sa simplicité. Il est fondé sur une méthode de classement et d’organisation des documents les plus divers qui donne au concepteur des DVD une grande liberté de création, tout en libérant celui-ci des tracas de la technique.

 L’exemple ci-dessous montre comment remplir la grille en donnant un numéro à chacun de vos documents et en permettant d’ajouter à votre guise des légendes ou des commentaires vocaux.


Image-1.png

Vous pouvez trouver des idées de montages sur leur site  n’hésitez pas à donner libre cours à votre imagination… Vous pouvez aussi trouver sur mon blog (www.nozick.over-blog.com) beaucoup d'autres infos sympa sur ce sujet et beaucoup d'autres.
Bonne découverte !
Jacques NOZICK

Par JEN - Publié dans : DVD personnel et familal - Communauté : Apprendre et découvrir
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Jeudi 24 janvier 2008
Nous rêvons tous graver la trace des évènemente importants de nos vies ou de transmettre aux générations suivantes ces précieuses informations que nous détenons sur notre famille et sur une époque révolue…

Pour faire un DVD qui met en scène les photos, films documents et commentaires personnels, est désormais à la portée de tous, grâce à une méthode nouvelle.
Parce que vous assumerez l’essentiel du travail (classement et commentaires),  suivant une méthode simple, le coût du DVD sera très modeste. Il vous suffit de remplir, selon vos désirs, une grille comme ci-dessous :

Image-2-copie-1.png

Tous ceux qui ont eu recours au prestataire Galilée Production
, qui se charge à votre place de tous les aspects techniques, ont été enchantés  (vous pouvez découvrir sur leur site des exemples de ce que  vous pouvez faire). C’est un cadeau utile et apprécié de vos proches.
JN
Par JEN - Publié dans : DVD personnel et familal - Communauté : Racontez-le moi !
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Mercredi 23 janvier 2008

On serait parfois surpris de savoir les drôles de choses qui se passent dans la tête ou les alcôves des gens comme il faut, que l’on croise dans la rue. Rien ne laissait d’ailleurs deviner ce qui allait survenir pour Pierre et Nathalie que beaucoup n’hésitaient pas à considérer comme un couple modèle.

Alors que Pierre était ordinairement peu loquace à propos de ses journées de travail, Nathalie prenait toujours un vif plaisir à relater les moindres péripéties de la vie au bureau. Tant et si bien que Pierre avait fini par connaître la manière d’être de la plupart des collègues de sa femme, sans les avoir jamais rencontré. Certains d’entre eux avaient même fini par gagner sa sympathie, comme la pauvre Rosine à qui il arrive toujours des « tuiles », ou comme cette Juliette qui s’embarquent dans des affaires de cœur désespérantes.

Cependant, parmi les personnages de cet aimable feuilleton quotidien auquel Pierre prêtait une oreille complaisante, l’un d’eux, un certain Romain, semblait avoir gagné un statut particulier. Nathalie en parlait toujours avec un évident plaisir. Bien qu’aucunement jaloux, la curiosité de Pierre fût progressivement avivée. Il devint en particulier curieux de savoir pourquoi, ce charmant collègue, pourtant célibataire, ne répondait jamais aux avances très nettes de certaines femmes du bureau, qui, aux dires de Nathalie n’étaient pas les plus désagréables.

Un soir qu’il était venu chercher son épouse à son travail, pour aller au restaurant, Pierre fit enfin la connaissance de Romain. Il le trouva d’emblée fort sympathique et la conversation  s’engagea aussitôt :
- Vous êtes assez conforme à la description que ma femme m’a faite de vous, car sans que vous le sachiez, vous êtes l’un des personnages de mon feuilleton quotidien.
- Votre feuilleton ? Demanda Romain intrigué.
- Celui de votre bureau, avec ses intrigues, ses petites histoires… j’y ai droit tous les jours.
- Ça ne doit pas être très passionnant.
- Détrompez-vous, Nathalie raconte bien. Savez-vous que  j’en viens à vivre les malheurs de Juliette,  ou les doutes de Rosine… en ce qui vous concerne, je connais vos faits et gestes, mais… je me méfie un peu sachant combien ma femme vous estime.
- Vous a-t-elle dit que je suis tatillon, indécis, timoré, superficiel ?
- Jamais ! Dans son feuilleton, elle reste toujours bienveillante avec tous les personnages.

Tous trois se mirent à rire. Puis, comme s’ils se connaissaient depuis toujours, Pierre proposa à Romain, s’il n’avait rien de mieux à faire, de se joindre à eux dîner. Celui-ci déclina l’offre, promettant que ce serait avec plaisir pour une prochaine fois. Plusieurs semaines passèrent avant que cette promesse ne soit tenue. Cependant, le fait d’avoir rencontré le collègue de sa femme avait singulièrement modifié la manière dont Pierre recevait désormais le récit de Nathalie sur les menus évènements qui ponctuent la vie de bureau. Il sembla évident à Pierre que sa femme ressentait pour son collègue, un sentiment allant assez au-delà de l’estime. Il en eut même la preuve lorsqu’il s’ingénia à lui poser quelques questions ambiguës, amusé et excité de la voir se troubler.

Elle lui rapporta, un soir, une discussion au cours de laquelle certaines mauvaises langues, avaient décrété que Romain était homosexuel. D’autres contestèrent la chose au motif qu’ils l’avaient vu déjeuner dernièrement avec une jolie femme, preuve évidente de sa normalité. Mais les premiers ne désarmant pas, rétorquèrent que cette élégante inconnue pouvait très bien être sa soeur ou sa cousine, ce qui ne donnait alors aucun gage de normalité. Pierre suggéra qu’au bénéfice du doute, il faudrait s’assurer d’autres indices. Quelque temps après cette discussion, Nathalie lu  un intéressant article dans un magazine qui expliquait que tous les hommes sont naturellement bisexuels et que seules les règles sociales et religieuses les découragent de s’adonner à des pratiques dont le but ne soit pas la procréation. Il y avait ensuite une belle envolée journalistique sur les affres de la frustration et sur la tendance qu’ont certaines personnes à être attirées en secret par le même sexe qu’eux. Le texte citait alors des témoignages anonymes de gens respectables confirmant leur bonheur d’avoir découvert les délices des plaisirs interdits, et le fait que la transgression ne les empêchait aucunement d’être de bons pères de famille, des maris attentionnés ou des employés modèles. L’article concluait sur une profonde pensée de Woody Allen soulignant l’avantage pratique qu’ont les heureux bisexuels d’avoir deux fois moins de chance de revenir bredouille le samedi soir.

Pierre admit que l’article n’était pas si éloigné de la réalité, à propos de la bisexualité latente. En ce qui le concernait, la chose ne l’avait jamais troublé… du moins, avant d’avoir fait la connaissance de Romain. Un peu surprise, Nathalie rétorqua en riant :
- Sachant que tu risques… je n’aurais peut-être pas dû te le présenter !
- Je crois courir moins de risque que toi, car tu as déjà succombé, petite Sainte Nitouche !
- Tu exagères, j’avoue qu’il ne me déplait pas, reconnue Nathalie,
- Tu es honnête.
-  Hélas, si les choses sont… tu ne devrais courir aucun risque !
- A moins que tu ne te serves de moi comme appât.
- Comme appât, toi ? Ce serait un peu…
- Equivoque. Je ne serais pas le premier homme à être victime du machiavélisme des femmes.
- Pauvre Pierrot, tu as vraiment tout de l’innocent chevreau.
- Ma chérie, quel sacrifice ne ferais-je pas pour toi ?

Quelques jours plus tard, Nathalie eut l’occasion de rappeler à son collègue l’engagement qu’il avait pris de venir dîner un soir. Celui-ci accepta aussitôt, si bien qu’ils se retrouvèrent la semaine suivante dans un petit restau du Quartier Latin. Ce fut une très belle soirée. Pendant le repas, Nathalie, plus radieuse que jamais, se contenta d’écouter attentivement les deux hommes, son regard passant alternativement de l’un à l’autre, avec l’évidente satisfaction de découvrir leur parfaite connivence. Lorsqu’ils durent se quitter, il était déjà tard, aussi les deux hommes décidèrent-ils de poursuivre leur intéressante discussion le surlendemain autour d’une tasse de thé.

Sur le chemin du retour, Pierre ne cacha pas sa satisfaction tant pour le délicieux repas que pour l’agréable compagnie. Nathalie ne fit pas de commentaire, mais, dans l’ascenseur, elle se colla à son mari, puis sitôt la porte refermée, elle l’entraîna vers leur chambre. Pierre ravi de voir sa femme, habituellement si calme, dans de si bonnes dispositions, n’eut pas vraiment le temps de réfléchir devant une ardeur qui dépassait largement l’obligation conjugale. Une folie heureuse s’empara d’eux, comme si la soupape de la bienséance s’ouvrait pour déverser les fantasmes les plus incongrus. Ce n’est pas à deux qu’ils firent l’amour, mais à trois.

Avant de s’abandonner à la douceur du sommeil qui récompense les amants satisfaits, Pierre repensa en accéléré aux évènements de la soirée. Sans doute l’avait-elle jeté dans les bras de cet individu inaccessible au beau sexe, mais qui pourtant l’attirait tant. Par quelle naturelle habileté, elle avait encouragé sa bisexualité… Qu’espérait-elle ? Voulait-elle faire enfin, par sa personne interposée, la conquête de cet aimable collègue… ou bien avait-elle espoir qu’ après en avoir profité, il lui amène dans leur lit ce nouvel amant ?

Amusé et admiratif du génie manipulateur que les femmes les plus vertueuses savent si bien cacher, Pierre sombra dans un sommeil bienheureux.

Par JEN - Publié dans : Textes, essais, nouvelles, citations, romans - Communauté : Quadragénaires...
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