Approche logique du fait religieux
« La religion la meilleure est celle qui humanise le mieux » DalaÏ Lama
Comme les hommes qui les font, les religions sont capables du meilleur comme du pire.
Avertissement
Les religions sont généralement abordées sous l’angle de la foi, de l’histoire ou de leur impact social. Nous n’entrerons pas dans ces détails qui nous supposerons largement connus. Pas plus que
dans des discours partisans ou de refus qui nous sont étrangers et que nous n’évoqueront qu’à titre illustratif.
Autant que faire se peut, notre approche sera plutôt de nature humaniste et logique, considérant que l’histoire de l’humanité résulte d’une longue adaptation neurocognitive (acquisition de notre
cortex préfrontal, siège des actions conscientes et réfléchies), à la compréhension du monde qui nous entoure et de nous-mêmes.
Vocation des religions
Leur première vocation est de relier (religare) les membres d’une communauté autour d’une croyance établi par un corpus de règles et de dogmes qui régissent la vie des fidèles. Elles ont aussi une
autre vocation : celle de promouvoir une expérience mystique par la prière ou la méditation.
Sur le plan individuel, la plupart des religions aident leurs fidèles à mieux supporter le fardeau d’existences difficiles, par la promesse d’une vie future meilleure que celle connue ici-bas.
Elles permettent, en effet d’évacuer le stress résultant de conditions de vies difficiles et d’angoisses existentielles par des processus neuro-cognitifs que l’on commence à bien expliquer et qui
mettent en œuvre le duo fonctionnel conscient-inconscient empiriquement exploré par Socrate, et mis en lumière par les neurosciences.
Elles sont donc une réponse accessible au besoin de spiritualité et de religiosité inhérent à la nature humaine.
Sur le plan collectif, faisant partie intégrante de la culture et des civilisations, elles ont aussi pour fonction d’organiser un ordre social stable, souvent au bénéfice d’une classe dirigeante.
Le respect des dogmes et obligations religieuses assure, en effet, la passivité des fidèles. Cette soumission à l’ordre établi par la loi religieuse est encore très présente dans les sociétés
traditionnelles. Dans les pays démocratiques où l’instruction est plus développée et où il existe des lois civiques, ce sont elles qui règlent la vie de la société.
Dans un monde qui évolue de plus en plus vite avec une information instantannée et quasi planétaire, avec la mondialisation, avec la montée de la laïcité, de l’individualisme et de l’instruction,
on peut s’interroger sur la manière dont vont évoluer les religions. Et même, accessoirement, se demander si elles sont encore utiles pour apporter le bonheur et l’ordre social.
Cependant, avant de porter un regard prospectif sur les religions, il est utile de comprendre leur évolution historique, leurs combats, leurs doctrines, en essayant, autant que faire se peut de
garder une distance objective.
Les religions premières, polythéismes, animisme…
On constate que les différents environnements : culturels, sociaux, économiques ou écologiques ont produit au cours des temps, une diversité surprenante de religions, et de croyances. Certaines
existent encore, mais beaucoup ont disparu avec les civilisations qui les ont fait naître. Malgré le peu que nous en savons, il est primordial d’y faire allusion car, soit elles ont influencé les
religions actuelles, soit elles appartiennent à la production du génie humain.
On peut citer pour mémoire : les religions de la nature, les cultes des esprits, l’animisme sous toutes ses formes, les croyances des amérindiens, polynésiens, aborigènes d’Australie, etc.
Chacune, par ses spécificités, et ses dogmes mériteraient d’être honorée par un long développement. Cependant, sans vouloir les ignorer, nous sommes obligés de nous limiter aux religions qui sont
en rapport directe avec les religions dominantes du monde occidental, étant entendu que la quasi-totalité des religions ont des modes de fonctionnent assez similaires.
Parmi les religions « survivantes », nous retiendrons les croyances de la Grèce antique, recyclées par Rome, qui ont influencé tout le bassin méditerranéen, et la religion juive qui a
donné naissance aux grands monothéismes. Le polythéisme grec et romain a invité à son panthéon tous les dieux de l’époque, pour créer une mythologie et une philosophie dont on retrouve encore des
traces multiples aujourd’hui. Il n’est pas inexact de parler de civilisation gréco-latine. Cependant, si la grecque l’a inspirée, la latine l’a véhiculée, la juive l’a révolutionnée avec
l’émergence du christianisme.
Nous avons une certaine connaissance du judaïsme à l’époque romaine, avec ses influences et les diffèrents courants sectaires qui l’ont traversé. Si la plupart de ceux-ci sont oubliés de
l’histoire, l’un : le christianisme a connu une réussite considérable, suivie au 7e siècle d’une autre réussite non moins exceptionnelle ; l’islam. Si ces trois religions se sont par la suite
exclues les unes les autres, c’est pour des divergences dogmatiques ou d’intérêts personnels de leurs promoteurs, et par les mécanismes de la concurrence que nous évoquerons plus loin.
Le Judaïsme mérite quelques remarques, non seulement à cause de son rôle fondateur longuement décrit dans l’ancien testament, et par les historiens juifs et romains, mais aussi par ses
caractéristiques encore actuelles. C’est une religion qui a eu tendance, tout en étant dogmatique et contraignante dans ses rituels, à favoriser néanmoins l’étude, le raisonnement et parfois une
certaine dérision. En outre, sa diaspora l’a conduite à une vie largement communautaire, indispensable pour maintenir ses traditions, mais qui s’est enrichie des spécificités culturelles des
sociétés avec lesquelles elle a dû cohabiter. Ceci explique peut-être que, malgré une faiblesse numérique évidente (le judaïsme n’a jamais manifesté de prosélytisme comme les autres religions du
Livre, et la conversion à cette confession est toujours très difficile), et des conditions de survie difficiles, elle a montré, par nombre de ses membres les plus émancipés, une créativité
intellectuelle enviable. Cette qualité que l’on peut reconnaître au « peuple juif », pourtant très disparate, et au plus célèbre d’entre ses fils : Jésus-Christ, est indéniable. Pour autant cette
religion n’est pas exempte des travers des autres (dogmatisme, fanatisme…) dont nous allons débattre.
Une compétition acharnée pour survivre et se développer
Toutes les civilisations ont élaboré des religions variées et souvent incompatibles. Une approche globale et multiconfessionnelle du fait religieux commence à être possible au 21 ème siècle pour
comprendre le recul de certaines religions (catholique), le retour du fondamentalisme ou de fanatisme (islam), ou la redécouverte de certaines autres (bouddhisme, animismes africains). Ces
évolutions, bien que disparates et spécifiques à certains pays, ne sont pas dues au hasard. Elles nous incitent rechercher de manière rationnelle leurs causes, avec un souci d’universalité, et
d’impartialité permettant, autant que possible une mise en perspective de ce qui peut advenir dans un monde ouvert par la médiatisation généralisée.
La compétition qui a toujours existé entre religions rivales n’a jamais favorisé une réflexion œcuménique. S’il n’y a plus aujourd’hui de véritables guerres de religions, il n’en reste pas moins
que de nombreux conflits, sans doute aussi économiques, politiques ou idéologiques, se déroulent toujours sous la bannière de confessions religieuses.
La puissance des « églises » a cependant largement diminué au cours des siècles passés, dans la mesure où elle a été relayée par le pouvoir des états. Beaucoup de religions qui jouaient un rôle
temporel n’ont plus désormais qu’une vocation spirituelle. La principale exception restant l’islam avec un ancrage social particulièrement puissant et une « branche armée » : l’islamisme
fondamentaliste, sur lequel nous devons nous arrêter brièvement.
S’il est incontestable que la quasi-totalité des musulmans sont de bons pères de familles pacifistes et vertueux, il n’en reste pas moins qu’une application littérale du Coran et des hadiths,
permet à des extrémistes de justifier un terrorisme international d’une ampleur inconnue jusqu’à présent. Sans doute les Talibans sont animés d’une folie meurtière exacerbée par des traditions
guerrières et tribale, une haine des anciens colonisateurs et un nationalise arabe. Il n’empêche cependant, que le coran fournit indéniablement toutes les justifications à leurs exactions et à leur
endoctrinement, en les confortant dans une bêtise surréaliste (leurs combattants et kamikazes ne partent-t-ils pas à la mort avec la glorieuse certitude d’accéder à un paradis grotesque ?). Les
modérés disent évidemment que leur lecture du coran n’est pas la bonne, elle est cependant possible. La conséquence est qu’un doute est jeté sur l’Islam tout entier car il semble incapable
d’extirper de son texte sacré les prétextes de barbarie et de prosélytisme qui ont produit un Ben Ladden. C’est là pour l’islam et ses multiples obédiences un problème que les pays occidentaux se
sauront pas réduire avec des armes.
Les religions : productions humaines sous influence divine
On constate que toutes les religions utilisent des moyens similaires pour fonctionner et se transmettre. D’une part, elles offrent à leurs adeptes des raisons de croire et d’espérer (vie future,
paradis, réincarnations, bonheur…). D’autre part elles opposent, à tous les comportements jugés non conformes aux dogmes ou déviants, des sanctions ou des menaces (damnation, excommunication,
pénitence, brimades...). En plus de l’alternative de punition et de récompense, certaines religions ont créé des « pièges intellectuels » redoutables pour s’imposer de manière indiscutée et
indiscutable. Le premier, de loin le plus efficace, est celui de la « sacralisation ». Il concerne les prophètes, les textes sacrés et jusqu’au mécanisme même de la foi. Il consiste à leur
attribuer une valeur primordiale, ce qui leur confère une autorité indiscutable, et la vertu d’être intouchable.
Parée de ce qu’elle a sacralisé, chaque religion peut rester durablement persuadée que ses prophètes sont les plus fiables, ses textes sacrés d’inspiration la plus divine et la foi de ses croyants
est la plus véritable. Cependant, cette sacralisation ne vaut plus à l’extérieur de la croyance considérée. Elle ne concerne aucunement l’observateur qui n’y adhère pas. Celui-ci prendra la
liberté intellectuelle de considérer la qualité : historique, littéraire, sociologique d’un texte, ou le charisme d’un prophète, et ce d’une manière logique. Il pourra alors, sans même avoir besoin
de savantes exégèses, relever des anomalies, ou des invraisemblances qui échappent, malgré leur énormité, aux membres respectifs des religions soumis aux effets de l’inhibition du piège
précité.
Bien entendu, cette approche peut susciter de vives réactions de la part des croyants qui se voient extirpés de leur cocon mystique. Ceux qui se complaisaient dans un obscurantisme confortable,
agrémenté des certitudes de leur foi, réagiront le plus souvent par une attitude violente ou un repli sur leurs croyances. Parfois cependant, certains commenceront à réfléchir, ce à quoi nous
les invitons à présent, car si la connaissance ne règle pas tout les problèmes, ce n’est pas avec l’ignorance qu’on trouvera des solutions.
D’un point de vue strictement logique, chacun est, par exemple, obligé de constater que les prophètes sont nombreux, leurs messages discordants, les textes révélés incompatibles. Ceci pose un
énorme problème de crédibilité : qui est dans le vrai, qui est dans l’erreur ? L’autre, forcément. L’ennui c’est qu’on est toujours l’autre de quelqu’un. C’est pourquoi il est indispensable de se
placer à l’extérieur de toute chapelle, et s’il y a erreurs ou incohérences, on les trouvera dans la chaîne de communication suivante : Dieu – intermédiaire – message – transcription humaine –
corpus religieux – croyant.
Avant de rentrer dans les particularités des religions, essayons de réfléchir à chacun des maillons de cette chaîne :
Dieu :
Par égard pour les croyants, on peut postuler que Dieu existe et qu’il est, réputé infaillible, donc à priori, hors de cause. On ne saurait d’ailleurs connaître en aucune façon ses « intentions »,
terme sans doute impropre dans la mesure ou prêter à l’entité divine des « intentions » supposerait que nous ayons une idée de la manière dont il fonctionne, ce que ne sauraient appréhender aucun
de nos sens ou notre pauvre intelligence humaine. Reconnaissons humblement qu’en matière de divin, notre déficit informationnel est total.
L’intermédiaire : le prophète
Nous pouvons postuler qu’il a été inspiré par le divin. Mais nous pouvons tout aussi penser qu’il s’agit (surtout pour les autres religions : celles des impies, mécréants, païens et autres
infidèles…) d’un habile manipulateur, ou d’un illuminé. La mise en évidence d’incohérences du message de l’intermédiaire présumé, nous permettra de nous prononcer logiquement sur sa sincérité.
Seule précaution : nous ne devons pas être soumis aux interdits inhibants de la sacralisation, dont la fonction est de clore d’emblée, toute contradiction.
La transcription humaine :
Elle reste problématique car elle suppose que le langage divin, quel qu’il soit, puisse être traduit en langage humain On peut également s’interroger sur les intentions personnelles du
transcripteur, ses compétences, ses limites, sa personnalité, ses contraintes ? Voilà autant de questions que l’on doit se poser dès que des humains interviennent. On pourrait même se demander
pourquoi Dieu qui dispose de moyens considérables, n’est pas passé directement à une transcription écrite, tellement plus fiable et incontestable que l’orale.
Le corpus religieux :
Nous n’entrerons pas dans le détail des croyances ou de leur histoire, qui constituent la raison d’être des théologiens et autres docteurs de la foi. À l’intérieur de leurs religions, ce sont de
grands savants qui ont toujours mobilisé des trésors d’érudition et d’inventivité pour argumenter leurs croyances. Nous limiterons notre réflexion au stricte domaine de la logique.
L’expérience montre que les cultes s’élaborent sur de longues périodes pour constituer un corpus de textes, de légendes et de rites. Contrairement à ce que pensent le commun des croyants, leurs
religions ont subi de multiples évolutions, conséquences de querelles, opportunités diverses, erreurs ou mises aux points rendues nécessaires aux époques où elles ont prospéré. Beaucoup de
religions voient cependant leurs dogmes se fixer autour d’un contenu théologique et doctrinal qui, étant présumé parfait, proscrit alors toute modification ultérieure. L’ennui c’est que les églises
qui ne conservent plus les moyens de s’adapter engendrent de gros problèmes (cas de l’Islam actuel) ou, comme les civilisations, périclitent.
Les croyants :
Comme les langues maternelles, les religions s’apprennent. Les croyants reproduisent donc la religion où le hasard les a fait grandir. Personne n’échappe à cette prédestination, bien qu’il soit
possible, au cours d’une existence, et à la faveur d’apports culturels divers, d’embrasser d’autres croyances (par choix délibéré, ou par la contrainte de conversions forcées), voire, pour les plus
incrédules, de les abandonner définitivement.
Pour être croyant, il faut donc avoir reçu une éducation religieuse et s’adonner à une pratique rituelle dont le bénéfice incontestable sera de trouver des réponses aux questions existentielles que
se pose tout individu doué d’intelligence. Ces réponses, quelles qu’elles soient, auront pour effet de calmer les angoisses du croyant et de lui apporter un bien-être moral. La véracité des
réponses importe peu, d’autant que l’esprit critique du fidèle, inhibé par le mécanisme de la sacralisation décrit plus haut, l’empêche de douter. Comme le prétend Nietzsche « l’important n’est pas
ce qui est vrai, c’est ce qui aide à vivre ».
Pour que la chaîne de communication allant de Dieu au croyant fonctionne, plusieurs postulats sont néanmoins nécessaires. Il faut, en effet, non seulement que Dieu existe, mais aussi qu’il
soit compréhensible aux humains, et que les prophètes ou intermédiaires soient honnêtes et sains d’esprit. Ceci posé dans un souci de respect des croyants sincères, nous prendrons toute liberté de
soumettre leur corpus religieux et leurs attitudes, à notre esprit critique, en utilisant sans parti pris le bon sens et la logique. Il existe une alternative pour répondre aux questions
existentielles, mais elle implique un effort et des dispositions intellectuelles : c’est celle de la connaissance, de la recherche philosophique et de la sagesse dont le moteur est la raison.
Cependant raison et foi ne font pas bon ménage, la seconde ayant tout à redouter de la première qui déjoue les pièges de l’irrationnel et s’affranchi des mécanismes d’autosuggestion de la
foi.
Le paradoxe de la foi
Plus que les polythéismes ou l’animisme qui s’appuient sur une multitudes de divinités générées par de multiples superstitions, les monothéismes ont favorisé le concept de foi. Il s’alimente
de la sensation intuitive que l’on a d’une entité divine que le croyant pense être, non pas une suggestion de son propre intellect, mais le résultat d’une correspondance avec le divin ou d’un appel
de celui-ci.
La foi peut être graduée, elle commence par une vague sensation déiste, mais peut aussi donner l’impression d’une présence divine en soi et conduire jusqu’aux possessions mystiques de certains
saints. Pour le croyant la foi est un paradoxal don de dieu, rationnellement inexplicable, mais qui justifie sa croyance.
Il semble que la foi résulte d’un processus mental naturel qui peut être renforcé par des conditions d’autosuggestion comme : la prière, la répétition des rituels, la magnificence des lieux de
culte, la beauté de musiques, ou les miracles (la vierge n’apparaît qu’à ceux qui croient en elle).
Le bénéfice pour le croyant est une forme de quiétude et même d’euphorisme. Celui-ci ressentant une certaine jubilation, qu’il attribue à la grâce divine. La foi permet la dévotion à une cause
religieuse (voire politique) mais aussi l’acceptation sereine de la mort ou de la souffrance. De sorte qu’elle a été justement qualifié « d’opium du peuple », boutade de Voltaire sur la religion,
devenue pertinente depuis que l’on a découvert que notre organisme secrète lui-même ses endorphines qui déclanchent les sensations de plaisir et de bonheur en activant les zones appropriées du
cerveau.
Si la foi peut être un processus mental magnifique qui génère la compassion et la sainteté, elle peut être aussi un moyen de manipulation qui produit les « fous de Dieu ».
Les religions chrétiennes
Si l’on s’intéresse aux religions chrétiennes, nous constatons que toutes se fondent sur le double message d’amour du Christ. Pour admirable soit-il, ce discours ne saurait cautionner ce qu’en ont
fait ses instrumentateurs. Sous leur férule, l’amour de Dieu s’est plutôt transformé, par le passé, en crainte du châtiment, ou en règlement de comptes. Quant à l’amour entre les humains, il a
plutôt été remplacé par la recherche des moyens de les soumettre à une exploitation souvent cynique. On constate donc pour cette religion un grave détournement du message évangélique, du spirituel
vers le temporel, à l’origine de dissidences comme le catharisme ou le protestantisme, mais aussi d’une perte de crédibilité considérable (jusqu’au 19 éme siècle, l’état pontifical possédait un
vaste territoire, une police et une inquisition). Cette religion traverse maintenant une crise profonde dans les pays occidentaux, où pour ne pas devenir un « musée », elle doit
évoluer radicalement. Ses problèmes à résoudre sont le déficit alarmant de prêtres, dû à une idéologie obsolète autour du concept de sacerdoce datant du XII ème siècle (laisser ou non le
libre choix du célibat ou du mariage). Le danger, lorsqu’il n’y a plus de prêtres, c’est qu’il n’y a plus de pratique cultuelle, hors des sacrements basiques. Or il suffit d’une seule génération
pour que s’interrompent les liens et usages de la religion.
On notera cependant que certaines obédiences chrétiennes plus pragmatiques connaissent un évident succès car elles répondent de diverses manières aux besoins de spiritualité ou de divertissement de
leurs fidèles, en particulier en Amérique du nord, en Amérique Latine ou en Afrique.
Les religions de l’islam
Si on s’intéresse aux religions de l’islam, le tableau est assez différent et digne du plus haut intérêt. Le message du prophète Muhammad est en effet plutôt éloigné de celui du Christ. Non
seulement dans sa forme, mais surtout dans son contenu radicalement activiste, parfaitement explicite, autant que dans les exhortations du Coran ou dans les hadiths, ces témoignages des dires du
prophète, transmis par les disciples. La conjonction du Coran et des hadiths constituent les sources du droit islamique.
Ce qui est suspect, avec les fondements de l’Islam, ce n’est pas comme précédemment l’inadéquation entre le message et son utilisation, mais plutôt un problème de simple logique. Si Dieu a bien les
attributs que lui reconnaît l’Islam par les révélations même de son prophète, on pourrait être surpris qu’il ait fallu 22 ans à Allah pour délivrer le Coran à son intermédiaire. Compte tenu des
moyens divins, il est surprenant que Dieu ait procédé d’une manière si laborieuse, et hasardeuse. Ce qui révélerait un empirisme par trop humain.
D’autant que le nombre pléthorique de 6226 versets du coran ruine l’efficacité du message. Cette incohérence est encore aggravée par la présence de versets incomplets, incompréhensibles ou
contradictoires. Il y a là, pour le moins, une négligence incompatible avec l’infaillibilité supposée tant de l’inspirateur que de l’intermédiaire.
Mais, nous dira-t-on, le Tout Puissant, dans son infinie sagesse, a donné aux hommes les moyens de rectifier les erreurs, manquements et contradictions en éclairant le Coran, par l’apport des
hadiths. Cependant ce remède s’avére, d’un point de vue logique, pire que le mal. En effet, les hadiths sont également loin d’être irréprochables car ils résultent le plus souvent d’une succession
de témoignages répétés verbalement (chacun a pu expérimenter le peu de fiabilité du jeu appelé « téléphone arabe »). À telle enseigne qu’on a dû classer les hadiths en « sains » (leurs chaînes de
transmission depuis le prophète sont fiables et multiples), en « bons » (leur fidélité est aléatoire), et en « faibles » (leur fiabilité est douteuse, mais… ils auraient pu être dits par le
prophète).
Enfin sur le contenu général du Coran et sa clarté, parole de Dieu, on se demande comment le maître de l’univers (omnipotent et intemporel, régnant depuis des milliards d’années), sur des milliards
de galaxies, d’un univers allant de l’infiniment grand à l’infiniment petit… se serait adressé précisément à un marchand chamelier illettré. Pourquoi il lui aurait dicté si laborieusement des
injonctions aussi triviales (on se demande, par exemple comment un Dieu si universel et omnipotent, puisse s’intéresser sérieusement aux affaires sexuelles des humains, au moeurs, à l’adultère, au
commerce, ou a des querelles entre tribus aujourd’hui oubliées?). De plus pourquoi s’est-il limité aux mœurs de bédouins et de marchands du 7 ème siècle en Arabie ?
Il y a là un vertigineux décalage, une inadéquation logique absolue !
Le bouddhisme
Toutes les religions ne fonctionnent pas sur le schéma précédent. Le bouddhisme en est un bon exemple. On pourrait penser qu’il s’agit plus d’une philosophie que d’une religion, c’est ce qui le
rend attrayant pour les intellectuels occidentaux. Cependant l’examen des pratiques cultuelles, du corpus des textes sacrés et des légendes fantastiques, plonge l’adepte dans un mysticisme qui va
très au-delà d’une simple éthique limités à un discours proche du stoïcisme grec. La principale faiblesse du bouddhisme reste qu’il faut postuler le principe de la réincarnation, qui rejoint dans
ses effets, le mécanisme de sanction et de récompense des religions du Livre.
Malgré ses 227 règles monastiques, son ouverture d’esprit, ses exigences morales, et la recherche d’une perfection individuelle, font du bouddhisme une des religions les plus propices à un idéal
altruiste compatible avec les vertus démocratiques.
Le communisme
On ne peut passer sous silence cette religion d’état, ne serait-ce qu’à cause de son influence sur le 20 ème siècle et de la bonne centaine de millions de morts occasionnés lors de ses purges,
révolution culturelle, et autre « grand bond en avant ».
Tel que pratiqué par Staline ou Mao, qui en sont les prophètes, le communisme a tous les attributs d’une religion : doctrine sacralisée, hiérarchie, sanction (goulag) et récompense (promesse de
lendemains enchantés), culte de la personnalité, catéchisme (conditionnement de la jeunesse). Ce n’est pas un hasard si le communisme a tenté d’éliminer les croyances religieuses traditionnelles
concurrentes, réapparues en force depuis son écroulement.
On remarquera que certaines personnes entrent en politique comme d’autres entrent en religion. Leur foi pour le parti, leurs leaders ou la cause qu’ils défendent est, toute proportion gardée, du
même ordre que celle du croyant.
Le recyclage de l’impossible vers le symbolique et l’allégorique
Les textes sacrés de la plupart des religions ont été élaborés à une époque lointaine où la connaissance du monde était fort éloignée de celle dont nous jouissons de nos jours. Le recours à la
magie, au surnaturel, au légendaire ou au miracle était fréquent. Cependant au fur et à mesure du progrès des connaissances, un certain nombre d’affirmations, souvent péremptoires des textes
sacrés, ont été dénoncées comme inexactes ou invraisemblables. Bien entendu, ceux qui ont eu l’audace de s’attaquer aux dogmes ont toujours été lourdement châtiés comme dangereux blasphémateurs par
les hiérarchies religieuses. Démontrer que le soleil ne tourne pas autour de la terre, ruine la thèse par laquelle nous serions au centre du monde. Expliquer que Dieu n’a pas créé l’univers en 6
jours, il y a six mille ans, remet totalement en cause la genèse. Prétendre que les espèces évoluent par mutations et sélection naturelle, ruine la possibilité d’une création achevée. Expliquer que
le vol stationnaire des anges défie les lois de la mécanique et de la pesanteur, rend cette engeance improbable. Expliquer que nulle part on n’a trouvé le siège de l’âme fait douter sérieusement de
son existence…
Malgré toutes ces évidences, on trouvera toujours des « docteurs de la foi » pour soutenir des causes impossibles au plan de la logique et du simple bon sens, tout en faisant preuve d’une érudition
admirable. Cependant, à partir d’un certain niveau d’aveuglement, ce ne sont plus désormais que des idiots savants ou des monomaniaques de la foi. Les mêmes qui nous diront sérieusement dans leur
réthorique pour clore le débat, que rien n’est impossible à Dieu car : « Dieu fait ce qu’il veut », ou extirperont un verset où « il est écrit que… » pour justifier n’importe quoi.
Fort heureusement pour les textes sacrés, les impossibilités qu’ils contiennent passent plutôt inaperçues car elles ne sont révélées que progressivement (les chrétiens ont découvert depuis
longtemps ce genre de virages en douceur). De plus, et c’est d’une grande habilité intellectuelle : ce qui devient impossible pour tout contemporain raisonnable, migre habilement vers un état «
symbolique ». Le paradis, lui-même, auquel tout le monde croyait « dur comme fer », devient symbolique. Satan, qui a terrorisé des générations entières de croyants pendant des siècles, devient une
simple allégorie de la punition divine.
Tant que les religions s’adressent à des populations intellectuellement peu évoluée (ceci inclut le peuple, mais aussi les élites conservatrices), les dogmes s’appliquent, car les gens n’ont
pas envie ni besoin d’être curieux. Le mécanisme de la sacralisation fonctionne assez pour inhiber leurs velléités de remises en cause. La religion peut alors continuer à jouer son rôle fondamental
et fort bénéfique « d’opium du peuple ».
En passant du statut de vérité incontestable à celui d’histoires symboliques pour enfants, les textes sacrés, fondement des croyances et des dogmes, peuvent cependant être décrédibilisés. Or quand
le doute s’installe, l’esprit critique s’éveille.
Religion et spiritualité
Le terme « spiritualité » est ambigu car il peut revêtir des significations très diverses. Il concerne toute activité mentale : réflexion, prière, méditation, contemplation, extase, recherche de
connaissance, autosuggestion, ou simplement rêverie. On notera que ces activités et états psychiques sont fort différents et qu’il est fréquent que l’on passe de l’un à l’autre au cours des phases
successives d’une activité spirituelle. L’esprit vagabonde souvent d’une pensée à l’autre et il faut une grande motivation et une certaine maîtrise pour en régler le cours.
Si ces états correspondent bien tous à une activité intellectuelle, notre connaissance du fonctionnement du cerveau humain n’est pas assez avancée pour nous permettre de comprendre comment ils sont
produits. Chacun d’entre nous, pour les avoir personnellement expérimenté, peut cependant en avoir une idée assez précise. Il est par contre plus délicat de savoir où s’arrêtent les comportements
paroxysmiques, déviants ou pathologiques. Les limites entre une activité spirituelle « normale » et la folie, le délire ou l’obsession sont parfois vagues et fluctuantes, dans la vie courante et
plus encore en ce qui concerne les comportements mystiques. Ces limites peuvent varier en fonction de l’état psychique du moment (dépression, peur, mauvaise conscience, euphorie…), lui-même
tributaire de dérèglements endoctrinaux ou de l’influence de substances diverses comme les drogues ou l’alcool. Dans l’univers mental… rien n’est simple.
On associe cependant au terme spiritualité, une connotation positive de bien-être, de gratification personnelle, de réconfort, d’enthousiasme ou de joie. Beaucoup de fidèles ou de religieux
utilisent d’ailleurs largement ces termes pour décrire les effets jubilatoires de leurs pratiques.
Nous ne cautionnerons pas l’abus de langage concernant la « spiritualité divine » du genre : « le Saint-Esprit pénétre par sa grâce l’âme des croyants en leur insufflant la foi ». Ceci
sous-entendrait qu’il n’y a de spiritualité que religieuse, ou que le principe de la foi garantirait la spiritualité. Ce lieu commun est discutable, car la foi résulte d’une auto suggestion
apportant au croyant la certitude que ce à quoi il croit possède une réalité incontestable. Une foi religieuse irréfléchie procède plus du conditionnement psychique que de la spiritualité.
Dans le monde « profane », les individus peuvent, connaître les mêmes sensations troublantes que le croyant, face à : la beauté, l’altruisme, l’amour, la compassion, la recherche de la
connaissance, ou tout autre situation où est impliquée une quelconque activité intellectuelle, dont la moindre peut être une simple émotion.
On peut conclure sur ce point en soulignant que la spiritualité, marque de processus mentaux d’une infinie complexité, est la caractéristique qui distingue le mieux les humains des autres espèces
animales. Elle peut tout aussi bien être profane que religieuse.
Le licite et l’illicite
Cette question que l’on se pose rarement dans le monde profane est pour les religieux d’une importance primordiale, souvent supérieure à celle de la théologie. C’est aussi flagrant dans le Coran
que ce le fut pendant l’inquisition catholique. La vie quotidienne des fidèles est, en effet, balisée par une multitude de règles plus ou moins formelles dont on ne sait plus exactement si elles
sont simplement culturelles ou vraiment religieuses. Par exemple : se couvrir la tête (voile, kipa, burka, turban…), ne pas travailler (le vendredi, samedi, ou dimanche), ne pas manger
certaines viandes, se laisser pousser la barbe…
Certaines règles sont devenues absurdes ou ridicules (par exemple, vestimentaires : juifs orthodoxes habillés comme en Pologne, il y a 2 sècles). Cependant elles ne peuvent être abrogées en raison
des fondamentalistes, même si elles ne constituent plus un interdit pour le commun des fidèles. Les limites du licite et de l’illicite deviennent d’autant plus fluctuantes que les confessions
cohabitent de plus en plus, et que les croyants d’origines diverses doivent respecter les usages des pays qui les accueillent. Comment faire shabbat lorsqu’on travaille en équipe ou aux quatre
coins du monde. Comment exécuter ses cinq prières par jour, au bureau ou lorsqu’on conduit un avion ou un autobus ?
La question du licite et de l’illicite se pose également à l’encontre des profanes ou des autres confessions. Certaines religions sont encore intolérantes au motif qu’elles s’estiment détenir une
vérité universelle. Cette réaction est d’autant plus forte qu’elles sont soumises à des lois et rituels coercitifs. L’obéissance dogmatique et le formatage intellectuel sont en effet, des
nécessités vitales pour dissuader les « ennemis de l’intérieur ». Les religions dominantes craignent, plus que tout, la fuite de leurs ouailles vers des chapelles concurrentes. Les luttes entre des
confessions voisines que ne séparent que quelques légers points de doctrine (qui nous semblent aujourd’hui incompréhensibles) n’en ont pas moins provoqué des conflits d’une sauvagerie absolue.
Combien de bûchers et de massacres ont été perpétrés en invoquant l’hérésie ?
À mesure que recule la sauvagerie dans les sociétés civiles, se produit une moralisation des religions qui ne peuvent plus se laisser aller à des invectives trop injurieuses, à des anathèmes par
trop démonstratifs à l’encontre des concurrents ou des sectes dissidentes (chaque religion établie a d’ailleurs commencé par être une secte : aucune n’est sortie toute armée de la cuisse de
Jupiter). Les grands chefs religieux commencent même à se rencontrer, ce qui donne l’illusion de la reconnaissance mutuelle.
La raison principale de ces rapprochements plus médiatisés qu’effectifs, est que le respect minimum, propre à la paix civile, commence à s’imposer au monde religieux. Les lois laïques ayant
supplanté les lois religieuses (pas partout…) les premières deviennent nécessaires et suffisantes pour baliser les contours d’une morale acceptable par tous, sur la base de l’altruisme.
La transmission de la morale
La morale n’a jamais été le principal souci des religions. Leurs objectifs essentiels étaient plutôt de conforter la puissance de leur organisaton, de s’assurer la soumission des fidèles, et de
susciter le prosélytisme. Elles se limitent à une morale à minima correspondant à l’esprit des 10 commandements, c’est-à-dire au principe : « ne fais pas à autrui le mal que tu ne voudrais pas
qu’on te fasse ». De plus quand on se réfère à la Bible, au Coran ou à certains textes de l’Indhouisme, l’archaïque loi du Talion est largement présente.
Le seul progrès indéniable a été apporté par les Evangiles (compassion, amour du prochain), avec cependant une réserve concernant le dolorisme lié à la figure du Christ, rédempteur des péchés
humains au prix de ses souffrances et de sa vie. Ce dolorisme a induit un discours habile et pervers prétendant que plus on souffre ici-bas et plus on aura de jubilation au-delà. La douleur a
même été érigée en vertu salvatrice par Saint Paul et ses successeurs.
Dans beaucoup de religions, l’essentiel de la morale est contenu dans l’application scrupuleuse de la loi qui précise toutes les fautes et péchés et prévoit des sanctions rigoureuses : on coupe la
main au voleur, on lapide la femme adultère (ou simplement la malheureuse qui a subi un viol)... À l’évidence, il n’est pas possible, de nos jours, de qualifier de « morale » ce type de
conduite archaïque permise autant par la religion que par des coutumes d’un autre âge. Pas plus que l’on puisse tolérer, l’excision des fillettes, la lapidation non seulement des femmes adultères,
mais de celles qui ont eu le malheur d’être violées, la prison des burkas, la polygamie, ou le fait de traiter les femmes comme une espèce inférieure.
La morale est évolutive, celle du moyen-âge où la vie ne valait pas cher, n’est plus applicable deux cents ans après le « siècles des lumières », ou la déclaration universelle des droits de
l’homme. Pourtant aucune religion (franc-maçonnerie mise à part, mais est-ce la religion d’une morale universelle ?) n’a fait vraiment la promotion d’une morale fondée sur la tolérance,
l’altruisme, le respect de la personne humaine.
Parmi toutes les tentatives historiques, retenons la géniale doctrine d’Epicure. Elle n’a malheureusement pas trouvé de promoteurs assez charismatiques pour ériger cette philosophie du bonheur et
de la vertu jusqu’au rang de religion. L’humanité eut alors fait un grand pas qu’aucune des grandes religions n’est capable d’accomplir. Nous aurions alors une morale véritablement hédoniste dont
le principe serait : « fais à autrui le bien que tu voudrais qu’on te fasse ».
Quelle évolution ?
L’influence des religions dans le monde est diverse et fluctuante. En règle générale, dans les pays « intellectuellement développés », elle a tendance à diminuer. Il n’y a cependant pas de
corrélation absolue entre la richesse économique des pays et le degré de religiosité des populations. C’est ainsi qu’aux USA on trouvera des fondamentalistes chrétiens et parfaitement dépourvus de
sens critique (Créationnistes, témoins de Jéhovah, et autres sectes activistes) alors que ce pays connaît un PIB des plus élevés au monde.
Dans les sociétés traditionnelles où les populations sont peu instruites, les cultes restent fortement implantés et jouent encore un rôle considérable. Avec l’importance des flux migratoires,
différentes religions qui s’ignoraient jusqu’à présent commencent à cohabiter en se respectant (ou en faisant semblant).
Le seul phénomène inquiétant est l’existence de l’islamisme fondamentaliste, avec la folie du terrorisme qui peut frapper partout, autant dans les pays musulmans, qui le condamnent plus ou moins
mollement que dans les autres.
La grande question est de savoir comment remplacer chez eux le droit religieux, là où il perdure, par un droit laïc fondé, non sur la sanction du péché (cette coercition fonctionne de moins en
moins bien…) mais plutôt sur une incitation à respecter des obligations civiques, celles-ci impliquant la vertu démocratique du respect de l’autre, du bien commun, de la liberté, de l’entre-aide,
n’est malheureusement pas innée. Cette vertu nécessite une éducation, ainsi que l’exemplarité et la dissuasion de lois justes et consensuelles soutenues par un gouvernement légitime. Il faut se
rappeler que les religions, partie intégrante de nos civilisations ont un double visage : avec des intentions louables et de moyens criticables, ou avec des intenions criticables et des moyens
louables.
Le bilan restant terriblement négatif, sans mettre en cause une religion plus qu’une autre, on doit désormais reconnaître que la plupart des religions surtout les plus totalitaires constituent un
frein contre la raison et l’intelligence. Ceci est particulièrement douloureux à comprendre pour les croyants sincères et bienveillants, qui finissent par prétendre que ce n’est pas la religion qui
est mauvaise, mais l’humain lui-même, ce qui est une manière de confondre la cause et les effets. L’humain ne fait que des religions à son image.
Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir là où règne toujours une misère intellectuelle et un obscurantisme qui fait que les prêtres, oulémas, marabouts, gourous, astrologues, et tous les
exploiteurs de la crédulité humaine ont encore de beaux jours devant eux.
Cependant, malgré les imperfections inhérentes à notre nature humaine : belliqueuse, grégaire, égoïste et ayant une propension à la jouissance facile, il n’est quand même pas utopiste d’espérer une
certaine évolution intellectuelle et morale. Sans doute sera-t-elle lente, avec des regains de barbarismes. Néanmoins, lorsqu’on examine une longue période historique, on peut relever quelques
progrès. Non que l’homme lui-même ait pu évoluer en quelques milliers d’années (« l’homme est comme Dieu l’a fait, quelquefois pire »), mais parce que les conditions d’existence, les lois, le
respect de la personne humaine ont progressé. On peut donc espérer que nos semblables, à moins d’une grosse bêtise (utilisation d’armement atomique par des fanatiques religieux) qui les rayeraient
de la création, arriveront, avec ou sans Dieu, à se gouverner, de manière vertueuse, pour rendre notre monde « humanisé » et aussi vivable que possible.
JN